Bolloré réduit sa décote de holding en redistribuant 4,2 milliards d’euros à ses actionnaires
L’action Bolloré signe la plus forte hausse de l’indice SBF 120 mercredi et réduit ainsi sa décote de valorisation, alors que le groupe diversifié a décidé de choyer ses actionnaires.
Vers 13h30, le titre s’envolait de 9,4%, à 4,78 euros.
Bolloré a annoncé mardi soir qu’il comptait verser cette année un dividende exceptionnel de 1,50 euro par action, afin de redistribuer à ses actionnaires une partie du produit de la vente de ses filiales Bolloré Africa Logistics et Bolloré Logistics. Ces deux entreprises ont été cédées en 2022 et en 2024, respectivement, pour un montant total d’environ 10 milliards d’euros.
Cette distribution extraordinaire représente «un montant de l’ordre de 4,2 milliards d’euros, pris sur le report à nouveau des exercices antérieurs, résultant des plus-values de cession réalisées», a indiqué le groupe dans un communiqué.
Bolloré compte également verser cette année un dividende ordinaire de 0,08 euro par action, au titre de l’exercice 2025, dont un acompte de 0,02 euro payé en septembre dernier.
Le versement de ces deux dividendes sera soumis au vote de l’assemblée générale des actionnaires du 27 mai prochain. En cas d’approbation, ils seront tous deux détachés le 23 juin et payés, exclusivement en numéraire, le 25 juin.
La société d’investissement Compagnie de l’Odet, qui détient 71% du capital de Bolloré, a indiqué de son côté son intention de verser au second semestre de 2026 un acompte de nature exceptionnelle sur dividende représentant au moins les deux tiers du dividende exceptionnel qu’elle percevra de la part du groupe diversifié. Alors que Compagnie de l’Odet pourrait ainsi reverser au moins 2 milliards d’euros à ses propres actionnaires sous la forme de dividendes exceptionnels, son cours de Bourse s’adjugeait 10,6% vers 13h30, à 1.214 euros.
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Jusqu'à 2,3 milliards d’euros de retour de liquidités
Ce jeu de redistribution entre les différentes sociétés constituant la cascade de holdings de la famille Bolloré a un effet particulier: une partie de l’argent versé remonte la structure faite de participations croisées, puis revient en partie chez Bolloré. Selon les calculs d’Oddo BHF, ce circuit pourrait permettre au groupe de récupérer jusqu'à 2,3 milliards d’euros. Autrement dit, Bolloré rend des liquidités à ses actionnaires tout en conservant une situation financière robuste.
En plus de permettre la remontée de liquidités vers Bolloré Participations, qui ne perçoit historiquement aucun flux, cette stratégie laisse à l’entreprise cotée Bolloré des moyens importants pour investir. Avec une trésorerie nette qui pourrait atteindre près de 3,8 milliards d’euros à la fin de cette année, d’après les estimations d’Oddo BHF, le groupe pourrait réaliser des acquisitions ou augmenter sa participation dans le capital des sociétés de médias Canal+, Louis Hachette Group et Havas.
C’est précisément cet équilibre qui retient l’intérêt les investisseurs. Les sociétés d’investissement comme Bolloré sont souvent pénalisées en Bourse par une décote, c’est-à-dire que leur capitalisation est inférieure à la valorisation totale de leurs actifs. Dans le cas de Bolloré, cette décote dite de holding est estimée entre 40% et 50% en moyenne par les analystes. En redistribuant une partie importante de ses liquidités, le groupe cherche à réduire cet écart et à rendre son profil boursier plus lisible.
Le contexte de marché renforce l’enjeu. La valeur de plusieurs participations du groupe a en effet reculé ces derniers mois: l’action Vivendi accuse une baisse de 18,1% depuis le début de l’année à la Bourse de Paris, tandis que le titre Universal Music Group abandonne 23,7% à Amsterdam et que Canal+ reflue de 24,8% à Londres.
Entre redistribution immédiate et capacité à investir, Bolloré tente ainsi de répondre à une équation classique des holdings: convaincre le marché de la valeur de ses actifs tout en préparant la suite.
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