Suez rejette la nouvelle offre de Veolia
Veolia n’a pas convaincu Suez. Alors que son concurrent a dévoilé mercredi matin une nouvelle offre, avec un prix relevé à 18 euros par action, le conseil d’administration de Suez, qui s’est réuni dans la foulée, «a constaté que les propositions faites ce-jour par Veolia restent floues et qu’elles ne garantissent pas l’intérêt des actionnaires et parties-prenantes que le conseil est chargé de défendre». Selon lui, «rien ne garantit» que les actionnaires de Suez «bénéficieront d’une offre en numéraire au même prix et conditions qu’Engie». «L’OPA en numéraire évoquée par le PDG de Veolia depuis le communiqué du 30 août de Veolia n’est pas reprise dans le document diffusé ce-jour. Ce processus crée une rupture d’égalité dans le traitement des différents actionnaires», appuie le conseil de Suez.
Au niveau social, Suez rappelle qu’«Engie a refusé les demandes des instances représentatives du personnel de Suez de participer au processus d’information-consultation», et constate qu’«aucune garantie réelle et durable n’est apportée».
Dans ce contexte, le conseil de Suez rappelle «sa volonté de défendre les actionnaires et parties-prenantes du groupe et mettra, en particulier, tous les moyens à sa disposition pour éviter une prise de contrôle rampante ou un contrôle de fait, par son principal concurrent». «Le conseil poursuit activement ses travaux afin de permettre l’annonce, dans les meilleurs délais, d’une solution pour l’ensemble des actionnaires de Suez», conclut-il.
Du temps, Suez risque toutefois d’en manquer. Le conseil d’administration d’Engie se réunit mercredi en fin de journée. Hier, son président, Jean-Pierre Clamadieu, a soutenu le projet d’offre de Veolia, avant même le relèvement du prix.
400 millions de plus pour Engie
Veolia propose désormais un prix par action Suez de 18 euros par action, contre 15,5 euros auparavant, coupon attaché dans les deux cas. «Ayant pris en compte les préoccupations de l’Etat et d’Engie, Veolia a décidé d’améliorer sa proposition dans l’ensemble de ses composantes afin de présenter la meilleure offre possible en vue de la délibération du conseil d’Engie de ce jour», explique Veolia dans un communiqué. Cela représente un montant de 3,4 milliards d’euros pour le bloc de 29,9% détenu par Engie, contre un peu plus de 3 milliards auparavant.
Le prix proposé à Engie servira de référence au prix d’une future offre publique d’achat (OPA) sur le solde du capital de Suez, a rappelé mercredi le PDG de Veolia, Antoine Frérot, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes. A 18 euros par action, Suez est valorisé 11,31 milliards d’euros, auxquels il faut ajouter environ autant de dette.
Entre «amicalité» et potentielle hostilité
Autre point d’amélioration, celui de «l’amicalité et l’inclusivité», selon les termes d’Antoine Frérot. Celui-ci se dit prêt à donner un gage important : ne pas lancer d’OPA dans les six mois suivant l’acquisition du bloc sans obtenir au préalable un accord amical du conseil d’administration de Suez. «Cet engagement est conditionné à un effort comparable de Suez : celui de supprimer la fondation néerlandaise dans laquelle a été logée Suez eau France», a ajouté le PDG de Veolia. Il s’agit de la «meilleure offre que Veolia peut offrir à Engie», selon Antoine Frérot. Cette proposition sera caduque à minuit.
Antoine Frérot, qui disait avoir «bon espoir» d’obtenir le soutien du conseil d’administration de Suez pendant cette période, a été quelque peu douché par le communiqué publié par Suez. Veolia n’exclut pas de lancer une OPA hostile sur Suez si les six mois de discussions entre les deux groupes ne débouchaient pas sur une transaction amicale. Mais «ce n’est pas du tout l’esprit» de la proposition faite par le groupe de services aux collectivités, a déclaré Antoine Frérot.
La Bourse reste prudente
Suite à ces annonces, l’action Suez gagnait 4,83% en fin de matinée, à 15,64 euros, nettement sous le prix de 18 euros offert, signe que les investisseurs doutent encore de la capacité de Veolia et de Suez à s’entendre, après un mois de bataille à couteaux tirés. Engie prenait 0,93% à 11,38 euros.
Malgré le relèvement de son prix de près de 400 millions d’euros, Veolia s’adjuge 1,75% à 18,64 euros. Antoine Frérot a assuré la semaine dernière que son groupe avait les moyens de relever son offre sur Suez, avec une augmentation de capital et un endettement maitrisés.
Engagements sur l’emploi en France
Par ailleurs, Veolia a promis, dans le cas où il prendrait le contrôle de Suez, de maintenir l’ensemble de l’emploi des salariés en France, qui conserveront leurs régimes et avantages sociaux, individuels et collectifs. «Concernant les activités en France qui devront être cédées pour nous permettre d’obtenir les autorisations réglementaires, Veolia s’engage à ce que les repreneurs choisis prennent les mêmes engagements sociaux», a précisé Veolia.
Ces engagements sociaux ont déjà été pris par le fonds d’investissement Meridiam, à qui Veolia compte revendre les activités eau en France de Suez afin d’augmenter ses chances de faire approuver son OPA sur Suez par les autorités de la concurrence. L’accord avec Meridiam n’a pas évolué, a souligné Antoine Frérot.
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