Orpea lance une restructuration de dette géante
L’action Orpea accuse une lourde chute mercredi à sa reprise de cotation, après que l’exploitant de maisons de retraite a annoncé avoir obtenu l’ouverture d’une procédure amiable de conciliation auprès du président du tribunal de commerce spécialisé de Nanterre.
Cette procédure doit permettre à Orpea d’engager avec ses créanciers financiers des discussions relatives à la restructuration de sa dette, à l’obtention de moyens financiers et à l’ajustement de ses engagements bancaires, ou covenants, dans un cadre sain et juridiquement encadré.
«L’environnement économique fortement inflationniste et les conséquences de la revue stratégique et financière en cours de finalisation menée par la nouvelle direction depuis les dernières publications d’Orpea, conduisent la société à devoir renégocier sa dette y compris les covenants contenus dans de nombreuses lignes de financement, qui risquent de ne pas être respectés en l’état au 31 décembre 2022», a indiqué le groupe dans un communiqué.
Dette en capital ?
Au 30 septembre 2022, la dette brute d’Orpea s'établissait à 9,53 milliards d’euros, dont 2,44 milliards d’euros dus au 31 décembre 2023. A ce stade, les possibilités envisagées dans le cadre de la procédure en cours incluent notamment la conversion en capital de la dette non sécurisée d’Orpea, qui représente 4,3 milliards d’euros. Un chiffre à comparer à la capitalisation boursière de l’entreprise, qui ne dépassait pas 650 millions d’euros le 26 octobre en milieu de journée. «Le marché doit se préparer à une forte dilution», glisse un analyste basé à Paris.
Hélène Bourbouloux a été désignée conciliatrice. Elle invite d’ores et déjà les créanciers financiers concernés à se manifester via une adresse mail indiquée dans le communiqué. Orpea a par ailleurs nommé Rothschild & Co et Perella Weinberg Partners comme conseils financiers et les cabinets d’avocats White & Case LLP et Bredin Prat comme conseils juridiques.
«Cette nouvelle étape, qui a reçu l’accord et le soutien unanime du conseil d’administration, est une condition indispensable à la mise en oeuvre du plan de transformation d’Orpea, qui sera présenté le 15 novembre prochain», a précisé l’entreprise.
«Ces annonces constituent une étape très importante mais sans doute pas suffisante», remarque Oddo BHF, pour qui il ne faut toutefois pas sous-estimer «l’inertie associée à la restructuration» et les dommages collatéraux en matière de ressources humaines. Aussi, «la visibilité sur le plan de transformation n’est pas assurée», complète l’intermédiaire financier, qui reste à «neutre» sur l’action Orpea en confirmant son objectif de cours de 16 euros.
En revanche, Société Générale a abaissé sa recommandation de «conserver» à «vendre» sur la valeur, tout en réduisant son objectif de cours à 7 euros, contre 18,50 euros visés précédemment.
De nouvelles dépréciations en vue
En outre, le contexte actuel affecte la performance opérationnelle et le programme de cessions d’actifs tel qu’envisagé dans le plan de financement agréé avec les principaux partenaires bancaires en mai dernier et visant à assurer la liquidité du groupe, a ajouté Orpea.
Dans le cadre de l’établissement de ses comptes au 31 décembre 2022, la société pourrait également être amenée à constater des dépréciations d’actifs complémentaires à celles mentionnées précédemment. Ces dépréciations supplémentaires pourraient porter sur un montant compris entre 2,1 et 2,5 milliards d’euros, avant impôts, dont 0,8 à 1 milliard liés à la réévaluation du patrimoine immobilier du groupe.
Plus bas de 18 ans
En prévision de ces annonces, la cotation de tous les instruments financiers d’Orpea avait été suspendue lundi, à la demande de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Les négociations ont repris ce mercredi peu après 9h15, l’action ouvrant sur un plongeon de plus de 40%. Après être tombée jusqu'à un nouveau plus bas de plus de 18 ans à 8 euros, elle limitait un peu ses pertes, à -35%, à 13h22. Au cours actuel, le titre accuse une baisse de 89% depuis le début de l’année, plombé par les révélations sur la gestion des établissements d’Orpea contenues dans le livre-enquête «Les Fossoyeurs» paru en janvier dernier.
«Les malversations et les manquements éthiques, conjugués au développement immobilier et international excessif engagé par les précédents dirigeants ont fortement affecté la situation financière d’Orpea. L’ensemble des éléments se rapportant à ces agissements ont été et continueront à être portés, à la connaissance du Procureur de la République, en complément de la plainte déjà déposée par la société en avril 2022, et le moment venu de façon nominative», a déclaré Laurent Guillot, le directeur général de l’exploitant de maisons de retraite, cité dans ce même communiqué.
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