La France évalue le coût économique de la guerre en Iran à plus de 4 milliards d’euros

Le ministre de l’Economie et des Finances a réuni mardi plusieurs ministres avec le Comité d’alerte des finances publiques créé en avril 2025. Ce comité conclut que les recettes fiscales liées au carburant pourraient à peu près couvrir les aides déjà annoncées. Mais pas le coût économique total lié à la remontée de l’inflation, au ralentissement de la croissance et à la charge de la dette, évalué à 4,4 milliards d’euros.
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Roland Lescure, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique.  -  (Gouvernement)

Pour les finances publiques de nombreux pays, avec ou sans mesures budgétaires de soutien aux agents économiques, la guerre en Iran déclenchée par les Etats-Unis de Donald Trump le 27 février aura un coût non négligeable. En France, le Comité d’alerte des finances publiques créé en avril 2025 et composé de parlementaires, d’élus locaux et de représentants des caisses de sécurité sociale, des partenaires sociaux et des institutionnels (Cour des comptes, Banque de France, Insee, Haut Conseil des Finances publiques), a réuni plusieurs ministres du gouvernement mardi 21 avril à Bercy à la demande du ministre de l’Economie et des Finances, Roland Lescure.

Cette réunion avait pour but de «faire toute la transparence sur l’exécution budgétaire en cours», de «partager les données les plus récentes sur le coût de cette guerre sur les finances publiques et les leviers envisagés pour y faire face», alors que le déficit 2025 avait été ramené à 5,1% du PIB (au lieu des 5,4% initialement prévus).

Recettes et dépenses exceptionnelles équilibrées ?

Ce point d’étape indique que les recettes fiscales supplémentaires sur le carburant ont diminué depuis le début du mois d’avril. Ces recettes – en comparaison des mêmes périodes pour 2025 - avaient été de 270 millions d’euros en mars 2026. Elles n’étaient plus que de 170 millions d’euros (dont 80 millions perçus par l’Etat, le reste allant aux collectivités locales et à la sécurité sociale) pour la période entre le 1er mars et le 10 avril. Cette chute de 100 millions sur les dix premiers jours d’avril a été la conséquence d’une baisse de la consommation de carburant, les Français ayant notamment anticipé leurs pleins d’essence lorsqu’ils le pouvaient pour le week-end de Pâques.

En parallèle, le coût budgétaire des aides déjà annoncées pour accompagner les secteurs professionnels et les Français les plus touchés par la crise s’élevait à 150 millions d’euros à la date du 20 avril : 60 millions pour le chèque énergie, 35 millions pour les mesures de soutien aux agriculteurs, 5 millions pour les mesures de soutien aux pêcheurs, 50 millions pour les mesures de soutien aux transporteurs.

Le premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mardi dans la foulée de ce comité des aides supplémentaires ciblées forfaitaires et rétroactives pour les mois d’avril-mai-juin : l’équivalent de 20 centimes par litre de carburant pour les «grands rouleurs», automobilistes contraints d’utiliser leur véhicule à des fins professionnelles (au moins 8.000 km par an sur un mode déclaratif via le site des impôts). S’y ajoutent des aides sectorielles ciblées pour les petites entreprises (moins de 20 salariés) du BTP, les professionnels de la pêche, les transporteurs ainsi que les taxis, pour un coût total estimé à 170 millions d’euros par mois - au lieu de 70 millions précédemment. De quoi théoriquement équilibrer à peu près les recettes et les dépenses exceptionnelles hors charges de la dette et du coût économique.

Moins de croissance et plus d’intérêts

Ceci est compter sans le coût plus global de cette crise pour l’économie française, lié à la remontée de l’inflation annuelle de 0,9% à 1,7% rien qu’en mars, et au ralentissement de la croissance induit. Le Comité a déjà évalué ce coût économique à 4,4 milliards d’euros, dont 3,6 milliards au seul titre de la charge de la dette, puisque les taux français sont fortement remontés depuis le 27 février : de 2,11% à 2,65% à 2 ans et de 3,21% à 3,64% à 10 ans. La hausse de l’inflation oblige également Bercy à provisionner une hausse des charges de l’indexation sur les obligations indexées sur l’inflation (OATi et OAT€i), qui comptent chaque année pour environ 10% des nouvelles émissions de l’Agence France Trésor (AFT). Fin 2021, cette dernière expliquait qu’une variation de 1% de l’inflation avait un coût d’environ 2 milliards d’euros supplémentaires…
De nouveau interrogés par L’Agefi sur le sujet, les services de Bercy rappellent que le programme d’obligations indexées a été gagnant depuis sa création selon une analyse sur long terme, malgré certaines années d’inflation plus élevée. Notamment du fait que les provisions d’indexation ne sont pas décaissées immédiatement, mais seulement à l’échéance lors du remboursement du titre, ce qui induit des gains de trésorerie par rapport aux intérêts payés chaque année (voir encadré).

A lire aussi: Les obligations indexées sur l’inflation ont renchéri le coût de la dette française en 2021

En complément, le Comité ajoute que l’intensification de l’engagement des forces armées pourrait avoir un coût d’environ 1 milliard d’euros. «Au global, l’ordre de grandeur du coût total de la guerre en Iran avoisinerait 6 milliards d’euros en 2026 si tous les risques anticipés se concrétisent», conclut-il.

Dans ce nouveau contexte, les ministres du gouvernement ont déclaré se tenir prêts à freiner les dépenses pour continuer à maîtriser le déficit et à faire face aux crises. «Si les risques budgétaires liés à la crise se matérialisent, 4 milliards d’euros de dépenses pourraient être stoppés sur l’Etat et ses opérateurs, et 2 milliards d’euros sur la sphère sociale» afin de garantir le respect de la trajectoire des finances publiques adoptée par le Parlement, d’éviter une hausse de la fiscalité future, et de renforcer la capacité du pays à faire face aux chocs.

Un point positif, rappelé par Roland Lescure, reste que «la France résiste mieux que d’autres pays car nous sommes moins exposés et mieux préparés, notamment grâce à notre mix énergétique». Autre particularité des «économies de guerre» : si jamais le taux d’inflation devait repasser autour de 4% et au-dessus des taux nominaux, par exemple à 3,20%-3,60%, il augmenterait le PIB nominal et diminuerait le coût réel de la dette, ce qui permettrait aux Etats d’afficher un peu plus de déficit rapporté au PIB sans aggraver le ratio de dette sur PIB.

Le programme d’obligations indexées a permis des économies

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Le programme d’obligations indexées lancé depuis 1999 a permis de réaliser des économies importantes pour le contribuable, autour de 5 milliards d’euros cumulés à fin 2024. Sur le graphique, les économies liées à un gain de trésorerie permis par les obligations indexées par rapport à des émissions nominales apparaissent en bleu foncé, et se cumulent sur longue période. La somme des trois effets (provision pour indexation en jaune; moindres intérêts nominaux en bleu ciel; économies liées au moindre endettement en bleu foncé) est présentée par le trait vert, et le cumul de l’impact budgétaire brut depuis la mise en place de ce programme est symbolisé par la ligne bleue en pointillés. Mais l’absence d’obligations indexées aurait autrement dû être compensée par une hausse des émissions d’obligations nominales, avec une probable dégradation des conditions de financement nominales : un effet net par définition pas observable ici, mais estimé via les courbes en orange.

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