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La filière sport, combien de divisions ?
A moins d’un an de l’ouverture des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris et alors que débute la Coupe du monde de Rugby, la place du sport dans l’économie est trop souvent réduite aux enjeux financiers et médiatiques des grands événements sportifs internationaux et du sport professionnel. Cette représentation est en fait limitée à une fraction réduite des activités et des acteurs concernés par la filière. Elle projette également l’image déformée d’un secteur s’appuyant sur la pratique d’une élite et dont la valeur ajoutée serait principalement indirecte.
Depuis une vingtaine d’années, la transformation de la place du sport dans la société, notamment au regard des enjeux de santé publique ou d’inclusion, et son hybridation croissante avec de nombreux univers (bien-être, tourisme, nouvelles technologies…) ont diversifié les besoins, fait émerger de nouveaux acteurs et élargi son assise économique. Dès lors, la dimension économique du sport ne se réduit plus à la question de son financement externe (subventions publiques, droits de retransmission…). Il constitue aujourd’hui un secteur à part entière, apte à générer de la richesse de façon autonome, avec la particularité d’associer des acteurs économiques très différents.
Un fort engagement associatif et public
Le sport spectacle n’est certes pas négligeable, mais il constitue davantage la pointe émergée de l’iceberg que le cœur de la filière. A titre d’illustration, le budget pluriannuel des JOP de Paris, événement exceptionnel par son ampleur et son audience, est de l’ordre de 7,5 milliards d’euros quand les dépenses des collectivités locales consacrées au sport sont de l’ordre de 12 milliards par an et le budget annuel des associations sportives est évalué entre 9 et 13 milliards. La massification de la pratique sportive (60% des Français pratiquent régulièrement un sport), la diversification des profils (femmes, seniors…), des motivations (santé, convivialité, lien à la nature…) et des usages (coaching, nouvelles disciplines, instruments connectés…) ont produit une demande collective à laquelle le secteur non marchand a largement répondu.
360.000 associations, dont environ un dixième sont employeuses de quelque 110.000 salariés, assurent, avec l’école, l’essentiel de l’initiation et de la formation des jeunes et soutiennent la pratique sportive de 20% des Français.
Côté administrations publiques, malgré le rôle structurant du ministère en charge des sports et de l’agence nationale du sport, les collectivités locales apparaissent comme le premier financeur public du sport. Les communes et intercommunalités, axées sur le sport de proximité, prennent en charge l’essentiel de cet effort, principalement via la maintenance et la mise à disposition d’équipements (81% des équipements sportifs appartiennent à des collectivités territoriales) et le soutien aux associations et aux manifestations sportives.
Un secteur marchand dynamique
Pour autant, l’essentiel de la consommation des ménages en biens et services sportifs, ou de l’emploi de la filière relève des entreprises privées. Avec 10.000 à 15.000 créations par an, leur nombre a plus que doublé en une décennie. Ce nombre est toutefois sujet à débat.
Quelque 100.000 entreprises relèvent de la filière si l’on s’en tient aux catégories de la comptabilité nationale, mais ces dernières ne correspondent plus à la configuration du secteur. Elles excluent une grande part des principaux acteurs et des pans entiers de la filière : médias spécialisés, événementiel sportif, conseil et marketing, commerce de gros, centres équestres, tourisme sportif et centres de soins dédiés…
Après reclassement dans le cadre des travaux de BPCE L’Observatoire, 128.500 entreprises ont le sport pour champ d’activité principal et emploient près de 330.000 actifs. Leur profil est néanmoins très hétérogène. En effet, 101.000 entreprises sans salarié, principalement dans l’enseignement et le coaching, représentent moins de 10% du chiffre d’affaires total tandis que 3.500 PME, ETI et grandes entreprises, pour l’essentiel dans le commerce, le sport spectacle et la fabrication, assurent 51 milliards d’euros de ventes sur les 71 milliards du secteur.
La filière sport : 2,6% du PIB
Le panorama des acteurs étant presque exhaustif, il est possible de procéder à une évaluation de la contribution du secteur, stricto sensu, au PIB. La consommation des ménages y tient une place déterminante. Elle se compose aux deux tiers d’une consommation «directe» de biens et services marchands (articles de sport, location d’équipements, billetterie, abonnements, jeux) et, pour un tiers, d’une consommation «indirecte», sous forme de transferts et de prestations assurées par les collectivités publiques et les associations.
La deuxième dimension importante est l’investissement, consenti surtout par les entreprises de la filière, les collectivités territoriales et l’Etat. Au total, le poids du sport dans le PIB serait de l’ordre de 2,6%, soit l’équivalent de l’hôtellerie-restauration. L’écart entre cette mesure et les évaluations traditionnelles (autour de 1,7% du PIB) tient surtout à la prise en compte ici d’activités relevant dans la pratique du champ du sport, mais qui, n’étant pas répertoriées comme telles, n’étaient pas prises en compte auparavant.
Toutefois, faute de valoriser les externalités positives produites par le sport (bénévolat, santé publique…), cette mesure par le PIB ne rend pas totalement justice à la place du sport dans la société. Pour autant, elle illustre bien les spécificités, mais aussi les raisons pour lesquelles l’économie du sport peut aujourd’hui être considérée comme un secteur à part entière en France.
Achevé de rédiger le 7 septembre 2023
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