La croissance japonaise a déçu fin 2025
L’économie japonaise a renoué avec la croissance sur les trois derniers mois de 2025, mais celle-ci est sensiblement inférieure aux attentes. Il s’agit d’un test-clé pour le gouvernement de la première ministre Sanae Takaichi, alors que les pressions liées au coût de la vie pèsent sur la confiance et la demande intérieure. Tout juste auréolée d’une large victoire électorale, l’administration Takaichi s’apprête à intensifier les investissements via des dépenses publiques ciblées afin de soutenir la consommation et de revitaliser la croissance économique.
Les données publiées lundi mettent en lumière l’ampleur du défi pour les décideurs politiques, au moment où la Banque du Japon a réitéré son engagement à poursuivre le relèvement de ses taux d’intérêt et à normaliser sa politique monétaire après des années de coûts d’emprunt ultra-bas, sur fond d’inflation persistante et de faiblesse du yen.
«Les efforts de Sanae Takaichi pour relancer l'économie via une politique budgétaire plus accommodante semblent prémonitoires», a estimé Marcel Thieliant, responsable de la région Asie-Pacifique chez Capital Economics.
Le produit intérieur brut de la quatrième économie mondiale a progressé de 0,2% en rythme annualisé au cours du trimestre octobre-décembre, selon les données gouvernementales, soit bien en-deçà de l’estimation médiane d’une hausse de 1,6% issue d’un sondage Reuters. Il s’agit malgré tout d’un retour à la croissance après une contraction de 2,6% au trimestre précédent. Ce chiffre se traduit par une hausse trimestrielle, non annualisée, de 0,1%, contre +0,4% prévu par le consensus.
Le modeste rebond s’explique par une reprise des dépenses des entreprises, une légère contribution positive du commerce extérieur et la poursuite des dépenses publiques. En revanche, la consommation privée, qui représente plus de la moitié du PIB, a connu sa plus faible croissance en un an, sous l’effet persistant des pressions sur les coûts, notamment alimentaires, soulignant l’irrégularité de la dynamique de croissance du Japon à l’approche de 2026.
A lire aussi : La première ministre japonaise entame un exercice d’équilibriste
La première ministre sous pression
«Cela montre que l'élan de reprise de l'économie n’est pas très vigoureux», a déclaré Kazutaka Maeda, économiste au Meiji Yasuda Research Institute. «La consommation, les dépenses d’investissement et les exportations - des domaines dont nous espérions qu’ils tireraient l'économie - n’ont tout simplement pas été aussi solides qu’attendu.»
Cette dynamique étonnamment molle maintiendra les investisseurs en alerte concernant la promesse de campagne de Sanae Takaichi de suspendre la taxe sur la consommation, une question qui a provoqué des remous sur les marchés japonais, inquiets d’un dérapage budgétaire dans un pays affichant la dette la plus lourde du monde développé.
«En fait, la morosité de l’activité économique augmente les chances que Sanae Takaichi ne se contente pas de suspendre la taxe de vente sur les produits alimentaires, mais qu’elle adopte un budget supplémentaire dès la première moitié de l’exercice fiscal débutant en avril, plutôt que d’attendre la fin de l’année», a ajouté Marcel Thieliant chez Capital Economics.
Les actions japonaises ont fléchi à la suite des données du PIB (-0,3% pour l’indice Nikkei). Sur le marché obligataire, les taux à 10 ans sont restés stables à 2,21% et que les taux à 20 ans (3,08%), 30 ans (3,49%) et 40 ans (3,72%) ont gagné chacun 4 à 5 points de base (pb).
La courbe des taux japonais s’est globalement bien repentifiée depuis un an face aux inquiétudes budgétaires et aux perspectives de normalisation de la BoJ, dont les marchés attendent toujours une nouvelle hausse des taux au printemps, a priori pour la réunion du 28 avril.
(Avec Reuters)
A lire aussi : La Banque du Japon repousse la hausse de ses taux à plus tard
Plus d'articles du même thème
-
L’Allemagne est prête à signer son retour comme locomotive économique de l’Europe
Trois instituts de conjoncture, dont l’Ifo, ont revu en nette hausse leurs prévisions de croissance pour 2026 et 2027. Une bonne nouvelle pour le chancelier Friedrich Merz, à quelques jours d’une élection régionale à haut risque. -
Les mauvaises récoltes et la géopolitique tendent le marché des céréales
Alors que la situation en mer Noire est devenue bloquante pour ces marchés, un commentaire de Vladimir Poutine a permis un relâchement des cours de 3% jeudi. Cela n’enlève rien aux mauvaises récoltes constatées sur le blé et celles anticipées sur le maïs. -
La résilience de l’économie mondiale s’immisce dans la trajectoire des taux
L’indice de surprise économique mondiale a enregistré sa période la plus longue en territoire positif depuis le rebond qui avait suivi la crise financière de 2008. Cette résilience économique, grâce aux investissements dans l’IA et malgré le choc énergétique, explique aussi la hausse des taux.
ETF à la Une
Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Generali France rejoint le club des assurbanques
- Qonto fait le ménage dans ses comptes clients en pleine demande de licence bancaire
- Swift accorde un répit aux banques sur les adresses structurées
- Le pétrole bondit de plus de 3% après l’attaque américaine contre l’île de Larak
- John Ternus relève le défi de s’imposer à la tête d’Apple
Contenu de nos partenaires
-
Populisme en actionGiorgia Meloni : les dessous d'une stabilité record
Depuis 1 413 jours au pouvoir, la présidente du Conseil italien a dépassé le record de Silvio Berlusconi. Mais pour quel résultat ? Premier bilan d'un populisme scruté en Europe -
Tic tac« On peut toujours laisser passer un budget ... » : pourquoi le RN hésite à censurer
A huit mois de la présidentielle, le RN hésite à faire tomber Sébastien Lecornu sur son budget, craignant qu’une loi spéciale complique fortement ses premiers mois s’il arrivait au pouvoir. Mais la censure garantirait son image d’opposant -
Comment Giorgia Meloni s’est normalisée en Europe
La cheffe du gouvernement italien, jadis eurosceptique et toujours nationaliste, s’est fait une place parmi ses homologues de l'UE. Et ses troupes ont réussi à franchir le cordon sanitaire au Parlement européen. C’est aussi le signe que les institutions penchent plus à droite qu’autrefois.