- Union européenne
- Tribune
La compétitivité financière de l’Europe se heurte à Trump 2.0
J’ai longtemps défendu l’importance d’une coordination commerciale et financière transatlantique au cours de ma carrière : j’ai travaillé à Bruxelles en tant qu’attaché financier des États-Unis auprès de l’UE et à la Maison Blanche comme directeur de la politique économique internationale.
Voici quatre mesures que les dirigeants européens pourraient adopter pour rester en position de force et mettre en œuvre des changements significatifs à long terme qui renforceront l’Europe.
La fin de «l’Effet Bruxelles»
Tout d’abord, entreprendre une relance réglementaire sur plusieurs fronts. Le pendule a basculé trop loin vers une série de règles réflexives et rigides qui sapent les investissements commerciaux, financiers et technologiques. De graves conséquences se profilent à l’horizon : « l’effet Bruxelles », selon lequel l’UE projette sa puissance en fixant des réglementations rigoristes, provoque déjà un retour de bâton, poussant des entreprises américaines et asiatiques à commencer à contourner l’UE.
A lire aussi : Droits de douane américains : un air de déjà-vu pour le luxe
Une façon de signaler le sérieux de l’Europe à propos de ce nouveau départ : arrêter la proposition d’un nouveau niveau de réglementation «macroprudentielle» sur les fonds d’investissement classiques. À la place de cette mesure, l’Union européenne devrait s’appuyer sur sa stratégie d’investissement de détail (RIS) pour promouvoir l'éducation financière, notamment en facilitant la publication d’informations sur les rendements à la portée de tous.
Le processus Lamfalussy : un constat d’échec
Deuxièmement, il est temps de reconnaître que le processus Lamfalussy ne fonctionne pas et qu’il a besoin d'être réformé. Le nom technocratique fait partie du problème : ce processus nécessite quatre couches de bureaucratie à chaque fois que l’UE impose une nouvelle directive financière.
Alors que l’intention initiale était de fournir un système simplifié d'élaboration et de mise en œuvre de la réglementation, l’approche à quatre niveaux - associée à des examens réguliers des normes - a fini par exacerber l’incertitude pour le secteur privé.
Pourquoi ? L’effet cumulatif de Lamfalussy et le processus d’examen font que les règles ne sont jamais établies. Les entreprises dépensent trop de temps et d’argent en Europe à revoir en permanence leur conformité, et elles commencent à s’y refuser.
Flécher l'épargne des Européens
Troisièmement, s’il est juste de reconnaître qu’il faudra des années pour mettre en œuvre les recommandations du rapport visionnaire de Mario Draghi sur la compétitivité européenne, une idée importante qui peut être appliquée relativement rapidement est sa proposition de lancer des comptes d’épargne dotés d’avantages fiscaux.
A lire aussi : Le pari hasardeux d’un nouveau produit d’épargne européen
Tout comme cela s’est produit aux États-Unis, au Japon et ailleurs, les investisseurs européens trouveront ces comptes suffisamment attrayants pour y transférer une partie de leurs 9.100 milliards d’euros en dépôts bancaires vers les marchés de capitaux de l’UE.
Ouverture à l’investissement
La quatrième étape est symbolique mais tout aussi importante que les étapes matérielles. L’effet Bruxelles s’est progressivement transformé en un signal indiquant que l’Union européenne n’est pas un environnement commercial attrayant. Ceci est un mythe : l’Europe dispose d’un grand réservoir de richesses et d’une main-d'œuvre professionnelle talentueuse.
Pour contrer ce discours anti-entreprises qui commence à prendre racine, les dirigeants de l’UE devraient immédiatement lancer une campagne publique soulignant qu’elle est ouverte aux entreprises et à l’investissement. Dans ce contexte, le bloc devrait aussi signaler aux États-Unis qu’ils sont prêts à travailler ensemble sur une voie réglementaire à suivre pour les enjeux des marchés mondiaux comme la blockchain et l’IA.
Des désaccords et des divergences apparaîtront naturellement, mais il est préférable de trouver un terrain d’entente partout où cela est possible pour ces deux grandes zones économiques. L’Europe dispose d’un vaste marché à fort potentiel et a déjà savamment géré une relation évolutive et complexe avec les États-Unis. En prenant ces mesures, elle continuera à agir, plutôt que de réagir, sur la scène mondiale en 2025 et au-delà.
Plus d'articles du même thème
-
L’industrie automobile américaine hausse le ton contre la Chine
L’Alliance for Automotive Innovation (AAI) demande au Congrès d’interdire aux Etats-Unis de manière permanente les véhicules chinois connectés. -
Fed : communiquer mieux en communiquant moins ?
La volonté de Kevin Warsh de réduire les occasions de communication de la Fed, jusqu'à la possible réduction du nombre de réunions du FOMC, ne manque pas de perturber les marchés, du moins à court terme, fait valoir Hélène Baudchon, cheffe économiste adjointe, responsable de la recherche macroéconomique, département des études économiques groupe BNP Paribas. -
Les Etats-Unis ont créé nettement plus d'emplois que prévu en août
L'économie américaine a ajouté 162.000 postes alors que les économistes anticipaient un gain de 55.000. Les taux ont fortement rebondi en réaction.
ETF à la Une
Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Banques françaises : ce que le coefficient d'exploitation ne mesure pas
- Le pétrole bondit de plus de 3% après l’attaque américaine contre l’île de Larak
- Swift accorde un répit aux banques sur les adresses structurées
- Generali France rejoint le club des assurbanques
- John Ternus relève le défi de s’imposer à la tête d’Apple
Contenu de nos partenaires
-
La roue tourneDette américaine : le signal du fonds souverain norvégien à Donald Trump
Les investisseurs étrangers invoquent toutes sortes de raisons pour justifier une baisse de leur exposition à la dette publique américaine -
Couteau dans le dosVolkswagen : pourquoi les salariés ont soutenu la suppression de 50 000 postes supplémentaires
Le principal syndicat du groupe automobile estime que l'accord laisse la porte ouverte à une poursuite d'activités ou une reprise des quatre usines menacées outre-Rhin -
Le gouvernement américain a soumis une cinquantaine de hauts responsables militaires au détecteur de mensonges
L’administration Trump a mené une enquête avec des tests polygraphiques auprès de hauts gradés de l’Etat-major interarmées. Celle-ci fait suite à des révélations des médias concernant l’épuisement des stocks américains de munitions, en pleine guerre contre l’Iran