La BCE et la malédiction de juillet
Les hausses de taux de la BCE constituent un bon indicateur avancé des crises financières. Juillet 2008, leurrée par la flambée des prix du pétrole, la Banque centrale européenne monte son taux directeur d’un quart de point. On connaît la suite : la faillite de Lehman Brothers précipitera quelques semaines plus tard un assouplissement monétaire alors sans précédent. Juillet 2011, bis repetita. Les faucons de Francfort procèdent à un deuxième resserrement en trois mois, alors que la crise des dettes souveraines couve en zone euro. Un gros trimestre plus tard, l’institution effectuera un douloureux demi-tour, avant que Mario Draghi n’en prenne les rênes et la mène dans une nouvelle ère.
Devant la flambée des prix, la BCE n’a d’autre choix que de mettre fin aux taux négatifs. Le relèvement annoncé pour le mois prochain, le premier en onze ans, laisse craindre en toute logique un été torride. Comme en 2008 et en 2011, les nuages économiques et financiers n’ont cessé de grossir à l’approche de ce tour de vis monétaire. La longue parenthèse de l’argent gratuit, dont les banquiers centraux ont promis de sortir, s’est en fait refermée l’hiver dernier. Les rendements obligataires remontent en flèche. Les Bourses plongent. La croissance cale. Le Covid joue toujours avec les nerfs de Pékin. Toute une génération de professionnels de la finance découvre un cocktail délétère : des niveaux d’inflation inconnus depuis les années 1980, des modèles d’allocation entre actions et obligations qui cèdent face à la correction généralisée des marchés, une géopolitique incertaine. Habitués à voir les indices monter et les banques centrales les sauver quoi qu’il en coûte, ils ont perdu leur boussole.
Le risque de fragmentation de la zone euro, que le fameux « whatever it takes » de Mario Draghi avait dissipé il y a dix ans, effectue donc un spectaculaire retour sur le radar des marchés. La dette italienne concentre les attaques, sans que les nouvelles venues de Rome justifient une telle hausse de ses taux d’emprunt par rapport à ceux de l’Allemagne. Et la BCE, faute de préciser avec quels outils elle pourrait contrer ces forces centrifuges dans un monde où l’assouplissement quantitatif n’a plus lieu d’être, laisse la situation empirer.
Si la malédiction se confirmait, le scénario des prochaines semaines prendrait alors un tour trop familier. Les investisseurs auraient tout le loisir de tester, chaque jour un peu plus, le seuil de douleur des banquiers centraux et des chefs d’Etat. Ceux-ci resteraient l’arme au pied le plus longtemps possible, politique oblige, jusqu’à ce que les conditions de financement des pays d’Europe du Sud deviennent insupportables ou que les tensions se propagent à l’ensemble du secteur financier. Il serait alors temps, pour la BCE, de trouver un moyen d’éteindre l’incendie. En espérant que la hausse des taux de juillet 2022 ne reste pas dans l’histoire pour de mauvaises raisons.
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