Hormis le rigorisme quasiment consubstantiel de la BCE – en dehors des années Draghi –, rien ne justifie aujourd’hui de prendre un tel risque. Olli Rehn, gouverneur de la Banque centrale de Finlande et membre influent du Conseil des gouverneurs, a déclaré que la BCE serait certainement amenée à remonter les taux d’intérêt pour « préserver sa crédibilité ». Autrement dit, pour éviter de reproduire l’erreur de 2022 quand la banque centrale avait réagi tardivement à la remontée de l’inflation. Mais la BCE est finalement prête à réitérer ses erreurs de 2008 et 2011, lorsqu’elle avait remonté les taux en pleine phase de ralentissement économique, avec pour seul motif ou presque la hausse du pétrole. Des erreurs bien plus préjudiciables qui avaient entraîné ou amplifié la récession, engageant l’Europe sur une décennie perdue en termes de croissance économique. Aujourd’hui, la situation actuelle n’a rien de comparable avec celle de 2022. Le choc d’offre ne se couple pas avec un choc de demande, le marché de l’emploi ralentit, le point de départ de l’inflation est nettement plus bas et les taux réels sont en territoire positif, alors qu’ils étaient encore très négatifs à la veille de la guerre en Ukraine. Les conditions d’une spirale inflationniste à cause d’effets de second tour de la hausse des prix de l’énergie sont loin d’être réunies. Elles le sont d’autant moins au regard de la très faible croissance en zone euro au premier trimestre et des perspectives d’activité et de consommation. En plus du discours restrictif de la BCE, la hausse continue des taux longs – avec un 10 ans allemand repassé au-delà des 3 % – et le durcissement à venir des conditions d’octroi de crédit vont en effet peser sur l’activité.