- Conformité
- Tribune
IA et surveillance des marchés : un équilibre à trouver
L’intelligence artificielle (IA) trouve de plus en plus d’applications dans le secteur financier et notamment pour la surveillance des marchés. En effet, face à la complexité croissante et à l’augmentation du volume des opérations financières dans le monde, les méthodes de surveillance traditionnelles ne suffisent plus. L’IA ouvre la porte à de nouvelles possibilités dans ce domaine.
Une surveillance des marchés devenue obsolète ?
La Commission européenne a récemment lancé une série de travaux afin de recueillir l’avis des acteurs de la finance sur l’utilisation de l’intelligence artificielle sur les marchés financiers. Des ateliers pratiques sur l’IA sont en train de voir le jour, avant une deuxième phase, de consultation publique, visant à informer la Commission sur les possibles applications concrètes de l’IA. Avant de voir émerger une potentielle «Loi IA» pour les marchés financiers, il convient de faire un état des lieux des perspectives offertes par cette technologie, mais aussi de la manière dont elle doit être encadrée.
Historiquement, la surveillance des marchés s’est principalement appuyée sur des modèles simples et des seuils préétablis pour détecter de potentielles manipulations. Si ces systèmes ont été efficaces, ils font aujourd’hui face aux limites des paradigmes technologiques sur lesquels ils reposent. Leur principal inconvénient est de générer un taux de faux positifs élevé. Il en résulte un manque d’efficacité et une augmentation des coûts opérationnels pour les institutions qui les utilisent.
De plus, ces systèmes peinent à s’adapter à un marché en constante évolution. Ils peuvent uniquement détecter des comportements frauduleux déjà connus et documentés, mais ne peuvent pas découvrir de nouvelles formes d’abus. La perspective de nouveaux systèmes de surveillance plus dynamiques et plus robustes est donc largement plébiscitée par les institutions financières et les régulateurs.
A lire aussi: Trustpair complète son arsenal antifraude grâce à JPMorgan
Une solution nommée IA
L’IA, par le biais du machine learning, propose une approche transformatrice. Concrètement, à l’inverse des systèmes basés sur des règles préétablies, l’IA peut apprendre à partir des données, identifier des modèles et faire des prédictions, le tout avec une intervention humaine bien moindre. Cette approche devient nécessaire dans un environnement où les stratégies de négociation et les conditions du marché changent constamment.
La force des systèmes de surveillance pilotés par l’IA réside dans leur capacité à traiter de grandes quantités de données provenant de sources multiples (plateformes de négociation, flux d’informations, dossiers internes, etc.), leur permettant ainsi d’analyser et de détecter en temps réel des transactions extrêmement complexes. Les manipulations du marché qui peuvent se cacher derrière des volumes de transactions inhabituels ou des changements de prix ne correspondant pas aux schémas historiques peuvent ainsi être plus facilement repérées.
En outre, l’IA peut réduire considérablement le nombre de faux positifs en affinant les seuils d’alerte et les paramètres et permettre aux équipes dédiées à la conformité de se concentrer sur les activités réellement suspectes, améliorant ainsi l’efficacité globale des institutions. Ensuite, l’IA est capable d’apprendre à partir de données historiques et d’identifier des modèles qui lui permettent de prédire le comportement futur du marché, fournissant ainsi des informations précieuses pour la gestion des risques et les mises en conformité.
Enfin, l’automatisation de nombreuses tâches de surveillance et de conformité par l’IA aide à réduire les coûts. Les équipes peuvent en effet se concentrer sur les investigations complexes tandis que l’IA gère les tâches répétitives et nécessitant l’analyse de vastes corpus de données.
A lire aussi: Le tribunal de commerce de Paris condamne LCL suite à un virement frauduleux
Un potentiel soumis à de nombreux défis
Toutefois, le potentiel de l’utilisation de l’IA dans la surveillance des marchés pose un certain nombre de défis, à commencer par la transparence des modèles utilisés. En effet, de nombreux modèles d’IA, notamment ceux basés sur le deep learning, sont souvent qualifiés de «boîtes noires» en raison de la complexité et de l’opacité de leurs processus décisionnels.
La simple évaluation de la solvabilité dans le cadre d’une demande de prêt est un bon exemple d’une situation où la prise de décision par une «boite noire» peut avoir des répercussions légales importantes. Ce type de décision doit être libre de tout biais et transparent, documentable, faute de quoi l’institution s’expose à un risque juridique et des sanctions. Pour y remédier, la transparence et l’explicabilité des systèmes de décision de l’IA, doivent progresser. Ils doivent devenir vérifiables et «inspectables».
On ne peut aborder la question de l’IA dans le secteur de la finance sans aborder la question de la gestion de données, puisque les systèmes basés sur l’intelligence artificielle peuvent être exposés à des attaques sophistiquées. Les conséquences peuvent être graves dans un secteur où les enjeux financiers sont importants.
De plus, l’IA puise ses sources dans une grande quantité de données sensibles, y compris des données personnelles, et ce, particulièrement dans un secteur où sont conservés les informations financières, les identifiants de connexion ou les données de solvabilité des clients. Une fuite de ces données lors d’attaques peut exposer les entreprises à des risques réglementaires comme une violation du RGPD par exemple. Sur ce front également, l’IA représente un risque juridique.
Enfin, la mise en œuvre réussie de l’IA dans la surveillance des marchés nécessite une infrastructure technique solide et un capital humain qualifié. La sécurité des données reposant avant tout sur l’humain, même s’il faut aussi régulièrement effectuer des tests et des audits sur les modèles d’IA pour garantir qu’ils n’accèdent pas à des informations sensibles sans autorisation. Les entreprises doivent investir à la fois dans la technologie et dans la formation pour tirer pleinement parti des avantages de cette technologie tout en respectant les exigences réglementaires, or toutes ne disposent pas des budgets nécessaires.
A lire aussi: L’AI Act, texte pionnier pour réguler l’intelligence artificielle, entre en vigueur
Plus d'articles du même thème
-
Larry Fink juge qu’il n’y a pas de bulle dans l’IA
Larry Fink, le directeur général de BlackRock, estime qu’il n’y a pas de bulle dans l’IA, rapporte le Financial Times. « C’est l’inverse. Nous faisons face à des pénuries d’offre ; la demande croît bien plus rapidement que quiconque ne l’avait anticipé », a-t-il déclaré mardi lors de la conférence annuelle Milken Institute à Beverly Hills. « Nous n’avons pas encore commencé à explorer les opportunités de l’IA à travers le monde. Il y a une immense question géopolitique quant à savoir qui accède à cette technologie », a-t-il poursuivi. Larry Fink prévient que le boom de l’IA va entraîner une économie en forme de K dans chaque secteur. « Il va y avoir un, deux ou trois gagnants... dans chaque industrie ; et de nombreuses entreprises plus petites vont être contraintes de fusionner ou de faire autre chose », a-t-il conclu. -
Les lignes de swap et les monnaies numériques de banque centrale ne détrôneront pas le dollar
Dans cette tribune, Basile Marin et Léo Marin, respectivement PDG d'Expansion, un fonds d’investissement dans les technologies et infrastructures de la bioénergie, et directeur des investissement d'Expansion Partners, expliquent que ces outils ne s’attaquent pas à l’avantage central du dollar : un coût de transaction structurellement inférieur lié à son rôle de monnaie pivot. -
EXCLUSIFLe secteur du logiciel est en panne de croissance
Le rythme de croissance du chiffre d'affaires dans le secteur des logiciels a été divisé par deux en trois ans. Cette baisse est à imputer à l'intelligence artificielle qui a eu un impact aussi bien sur la valorisation de ces entreprises que sur leurs perspectives de développement.
ETF à la Une
La collecte a repris sur le marché européen des ETF en avril
- Un nouveau vent de fronde souffle sur les certificats d’investissement du Crédit Agricole
- La Société Générale tient bon grâce à la banque de détail
- La banque de détail porte les résultats du Crédit Agricole au premier trimestre
- La Société Générale affiche un résultat net trimestriel de 1,7 milliard d'euros
- Le gendarme de l'assurance suspend le courtier Jacques Pilliot
Contenu de nos partenaires
-
Droits de douane : face aux menaces de Trump, Macron appelle l’UE à activer son « bazooka commercial »
Emmanuel Macron a appelé l’Union européenne à recourir à son instrument anticoercition si Donald Trump relevait les droits de douane sur les voitures européennes. Bruxelles, de son côté, assure être prête « à tous les scénarios » -
Carburants : TotalEnergies menace d'arrêter son plafonnement en cas de taxe sur les « superprofits »
Paris - Pendant que le débat enfle sur l’opportunité de taxer les «superprofits» pétroliers liés à la guerre au Moyen-Orient, TotalEnergies prévient les politiques: en cas de taxes, il ne pourra «pas maintenir» son plafonnement du prix des carburants dans ses station-service françaises. Le PDG du groupe TotalEnergies Patrick Pouyanné, connu pour ses paroles directes, a fait cet avertissement mardi dans une interview donnée à Sud Ouest et à La République des Pyrénées. «En cas de surtaxe sur nos raffineries, qui sont par ailleurs souvent déficitaires, dans ce cas nous ne pourrons pas maintenir le plafonnement [des prix] dans nos stations en France», a indiqué le patron, accusé par la gauche de profiter de la guerre. «TotalEnergies ne va pas non plus s’excuser de performer et de réussir dans son domaine (...) Il n’y a aucune honte, cela signifie que l’entreprise fonctionne bien», a souligné le dirigeant. Les bénéfices exceptionnels réalisés par TotalEnergies grâce à la flambée du prix des hydrocarbures dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient ont relancé le débat politique sur l’opportunité d’une taxe spécifique, objet de propositions de loi à gauche, face à un gouvernement plutôt enclin à laisser le pétrolier «redistribuer» cet argent comme il l’entend. Le groupe a annoncé jeudi, au lendemain de ses résultats trimestriels, qu’il maintenait «le niveau des plafonnements en vigueur depuis le 8 avril (essence à 1,99 euro/L et gazole à 2,25 euros/L) (...) pour le mois de mai» dans ses 3.300 station-services, une initiative qu’il poursuivra «tant que la crise au Moyen-Orient durera». En place depuis février 2023, pour atténuer les prix élevés à la pompe en pleine crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, cette initiative leur avaient coûté «entre 400 et 500 millions de dollars» cette année-là. Mais le Premier ministre Sébastien Lecornu a aussi encouragé TotalEnergies à un plafonnement encore plus «généreux» des prix à la pompe», selon des déclarations rapportées par la Tribune Dimanche. «Est-ce qu’on demande à Total d’en faire plus? Oui», a déclaré mardi le Premier ministre Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement, tout en s’insurgeant contre «des mensonges et des contrevérités» qui circulent sur le groupe. «Total paye déjà des impôts», à hauteur de «2 milliards d’euros de prélèvements obligatoires» en France, a indiqué M. Lecornu, rappelant aussi que La France était le «seul» pays où TotalEnergies plafonnait ses prix. Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau avait quant à lui affirmé lundi que s’il fallait taxer les «surprofits» des groupes énergétiques, cette mesure devrait être ciblée et «temporaire». «Pas de pénurie» cet été TotalEnergies a annoncé le 29 avril de juteux bénéfices de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre (4,96 milliards d’euros), soit une hausse de 51% sur un an et un doublement par rapport au 4e trimestre 2025. En conséquence, le PDG a précisé qu’il était «fort probable» que son groupe soit éligible en 2026 à la surtaxe sur les grandes entreprises, en raison des marges exceptionnelles de son activité de raffinage depuis le début de la guerre. Cette contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, mise en place par le gouvernement en 2025 et reconduite pour l’année 2026, s’applique aux entreprises ayant un chiffre d’affaires d’au moins 1,5 milliard d’euros. Mais le groupe, qui empoche l’essentiel de ses bénéfices à l’international, n’y était pas soumis au titre de l’année 2025 car son activité de raffinage était déficitaire en France. Le PDG est aussi revenu sur ses propos très commentés de fin avril, y compris par Emmanuel Macron, sur une «ère de pénurie énergétique» si le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran durait encore «deux ou trois mois». «Je n’ai jamais parlé de pénurie en France parce que justement nous saurons l’approvisionner», a-t-il rectifié, interrogé sur une éventuelle crise d’approvisionnement estivale. «Il n’y aura pas de pénurie, mais cela aura un coût plus élevé», puisque «nous devrons acheminer des carburants en concurrence avec l’Asie vers la France, donc en payant plus cher», a-t-il tempéré. Selon le PDG, la consommation de carburants a reculé de 15% en France au mois d’avril. Nathalie ALONSO © Agence France-Presse -
Amazon annonce un investissement de plus de 15 milliards d’euros en France sur trois ans
Paris - Le géant américain de l’e-commerce Amazon a annoncé mardi investir plus de 15 milliards d’euros en France sur trois ans, avec à la clé la création de plus de 7.000 emplois en CDI, selon un communiqué de presse transmis à l’AFP. Ces montants seront injectés dans la construction de nouveaux sites logistiques, le développement des capacités de cloud et d’intelligence artificielle ainsi que la consolidation du réseau existant, a précisé Amazon. Cet investissement est «le plus gros» dans le pays "à date», souligne Amazon, qui rappelle que depuis 2010, l’entreprise a investi plus de 30 milliards d’euros en France. «Les créations d’emplois débuteront dès 2026, avec l’ouverture prochaine de trois centres de distribution», selon le logisticien: 1.000 CDI seront créés à Illiers-Combray (Eure-et-Loir), 1.000 également à Beauvais (Oise), et 3.000 autres à Colombier-Saugnieu (Rhône). Et fin 2027 sera lancé un centre de distribution à Ensisheim, dans le Haut-Rhin, entraînant la création de 2.000 CDI, indique Amazon. Ces investissements se traduiront «par des livraisons plus rapides, un choix plus large et des prix bas accessibles partout en France et une empreinte environnementale réduite grâce à un réseau logistique de proximité», a déclaré Jean-Baptiste Thomas, directeur général d’Amazon en France, cité dans le communiqué. Ils «bénéficieront directement aux territoires, avec plus de 7.000 emplois en CDI créés, et aux entreprises françaises qui s’appuient sur notre place de marché, nos technologies, et nos solutions cloud et d’IA pour se développer», s’est-il encore réjoui. Créé en 1994, Amazon mise depuis longtemps sur la France, le troisième pays à l’international où il s’est lancé en dehors des Etats-Unis, après l’Allemagne et le Royaume-Uni. © Agence France-Presse