Hausse de taux, inflation et financement de projets : une équation à plusieurs inconnues
Bientôt un an après le début de la guerre en Ukraine, les multiples conséquences du conflit continuent de se ressentir dans les sphères économiques et financières. Depuis février 2022, et suite à une relance massive par les banques centrales post crise sanitaire, une hausse notable des taux d’intérêt intervient suite à une période incroyablement favorable aux financements de projets grâce à des taux réels (et même parfois nominaux) négatifs. Si de nombreux opérateurs de marché n’ont jamais connu une inflation supérieure à 5% et des taux réels positifs, il ne faut pas perdre de vue que les vingt dernières années ont été l’exception plus que la règle à l’échelle du siècle passé !
Il est aujourd’hui difficile d’évaluer la durée et l’intensité de cette hausse, mais les plus récentes déclarations de Jerome Powell et de Christine Lagarde indiqueraient que la lutte contre l’inflation restera la priorité des banques centrales jusqu’à ce qu’elle soit jugulée, et il n’y a pas d’éclaircie à attendre sur ce front en 2023, sauf résolution rapide de la crise ukrainienne. Cette incertitude pourrait renchérir l’émergence de projets d’infrastructures liés à la transition énergétique et environnementale.
L’urgence énergétique contre la prudence économique
Les fonds infra, et plus généralement l’ensemble des acteurs du financement de projets qui financent des actifs dont les revenus remboursent la dette, sont en effet doublement touchés par la hausse des taux. D’une part, en raison de la durée de vie du financement des infrastructures, qui peut aller jusqu’à 30 ans, voire au-delà. D’autre part au regard de leur recours à la dette pour financer leurs projets, avec un taux de levier de l’ordre de 70% voire plus. La hausse – mais aussi la volatilité – des taux a donc un impact certain sur la modélisation de la rentabilité des investissements dans les infrastructures, tandis que la raréfaction générale du crédit menace directement leur faisabilité même et conduit certains acteurs à privilégier la piste du refinancement après mise en service des biens compte tenu de la volatilité des taux.
L’inflation apporte également son lot de contrariétés et pose de nombreuses questions liées au rendement de l’exploitation de ces projets compte-tenu de la hausse globale des différents coûts par exemple de développement de construction ou de maintenance.
Malgré un recul perceptible de l’inflation ces derniers mois, il est aujourd’hui impossible de démarrer le moindre projet sans l’intégrer pleinement aux réflexions et équations. Face à ces différents périls, il est impératif de trouver des solutions innovantes pour poursuivre les actions entreprises en faveur de la transition énergétique et environnementale.
S’adapter à une nouvelle normalité
Il n’est pas pour autant question de sacrifier la profitabilité de ces projets. Il est au contraire essentiel de la préserver pour attirer l’investissement dans la transition énergétique et les technologies nouvelles liées aux infrastructures, ce qui passe par plusieurs leviers visant à la fois à protéger la rentabilité intrinsèque des projets, à inciter l’investissement en fonds propres, et à réduire le coût de la dette. De nombreux leviers pourraient soutenir le secteur comme l’assouplissement des normes prudentielles pour l’investissement dans les infras, la refonte de mécanismes de défiscalisation ou de subventions, ou encore l’élargissement du spectre des garanties publiques liées à certains secteurs. Une certaine bienveillance du capitalisme français d’Etat envers les orientations prises sur la transition énergétique est également un renfort bienvenu. Le soutien du financement de projet comme axe de développement de la transition devrait aussi s’étendre aux projets de développement de la filière minière et de production de produits nécessaires à la transition énergétique tels que les batteries ou l’ensemble des matière premières devenues incontournables dans cette révolution que nous traversons.
Le droit doit être un instrument au service de ces négociations favorables aux projets énergétiques et environnementaux ainsi qu’à la réindustrialisation. Chacun doit pleinement intégrer à ses réflexions et usages cette nouvelle normalité où se mêlent inflation et taux d’intérêts élevés pour trouver de nouvelles structurations contractuelles. L’urgence climatique et énergétique ne nous permet en effet pas d’attendre que les taux redescendent pour faire émerger de nouveaux projets.
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