Hausse des taux, le jour et la nuit
Ils en avaient rêvé, mais sans doute pas si vite, pas si fort. La violente remontée des taux d’intérêt en 2022, non contente d’abolir l’anomalie des rendements négatifs, sonne la fin de plus de trente années de paris gagnants sur les obligations. La direction est claire, la destination louable : que l’investisseur soit rémunéré à la hauteur des risques pris, que les établissements de crédit dégagent des marges d’intermédiation libérées de toute influence pernicieuse des banques centrales. Le trajet ne s’en annonce pas moins cahoteux.
Déjà des craquements apparaissent dans le système financier mondial. Du Fonds monétaire international aux superviseurs boursiers, les autorités sont sur le qui-vive. On ne passe pas impunément, avec une telle rapidité, de la nuit au jour, de moins que zéro à des niveaux plus conformes à la théorie économique. Les fonds de pension britanniques, qui ont frôlé la catastrophe fin septembre, ont été les premiers à en faire la douloureuse expérience. Ils n’ont dû leur sursis qu’à la Banque d’Angleterre, dont l’intervention en urgence a soigné le symptôme mais laissé le mal intact. Combien de ces acteurs sont encore hantés par le spectre de ventes d’actifs forcées, en raison de montages financiers trop agressifs ?
Transition délicate
C’est tout le paradoxe du nouvel équilibre que les marchés cherchent à trouver. A long terme, la hausse des taux diminue la valeur des engagements des fonds de pension et des assureurs (lire le Dossier). Elle laisse espérer, en France, un retour à meilleure fortune du fonds en euros, grand brûlé de la politique quantitative des banques centrales. Mais dans les mois qui viennent, la célèbre formule de Warren Buffett pourrait encore se vérifier. Ceux qui se baignaient sans protection dans l’océan de liquidités et prenaient des risques inconsidérés pour quelques dixièmes de rendement se retrouveront bientôt nus.
Pour les banques aussi, la transition n’est pas simple. Après avoir tant pleuré la ponction sur leurs marges, les voilà promises à une bonne bouffée d’oxygène. A condition que le prix des crédits s’ajuste rapidement sur le coût des ressources, et que la récession qui s’annonce ne dégrade pas outre mesure la qualité des bilans. En France, la polémique autour du taux d’usure témoigne des frottements que provoque le passage d’un régime à un autre – avec des effets bien réels sur la chaîne de valeur du crédit immobilier (lire Horizons). On pourrait en dire autant des entreprises, dont la gestion de trésorerie retrouve des horizons plus radieux, mais dont les conditions de financement s’assombrissent (lire L’Enquête).
Une catégorie d’acteurs, au moins, sait à quoi s’en tenir sans doute possible : les Etats. Pour eux, pas de clair-obscur. La hausse des taux signifie une flambée du coût de la dette dans les années à venir. Et la fin du droit à l’erreur, dès à présent.
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