Engie doit maintenant trancher dans le vif
Veolia et Suez étant irréconciliables, Engie va devoir trancher. Le conseil d’administration du groupe d’énergie se réunit ce lundi pour examiner, une dernière fois, le projet d’offre de Veolia sur 29,9% du capital de Suez. La semaine dernière, Engie avait donné cinq jours supplémentaires aux deux groupes pour tenter de trouver une position amicale. Depuis, des discussions ont eu lieu avec toutes les parties, y compris avec l’Elysée ce week-end. Mais l’échec est consommé.
Veolia a annoncé dimanche midi accepter toutes les conditions d’amitié : pas d’OPA sans accord du conseil de Suez et engagements à renforcer la division Suez eau France avant sa cession à Meridiam. Mais Philippe Varin, le président de Suez, a rapidement fait retomber l’enthousiasme. Les propositions de Veolia « ne reprennent pas l’objectif de logique industrielle » , a-t-il répondu dans une lettre sèche. Dans ce contexte, le président de Suez considère « avec le conseil d’administration que l’opération proposée reste hostile ».
Dimanche soir, même si le ministre de l’Economie avait encore bon espoir de trouver un « accord amiable dans les heures à venir », Suez et Veolia campaient sur leurs positions. « Veolia se dit être prêt à ajouter des actifs autour de Suez Eau France pour faire un ensemble de 5 milliards d’euros. Mais le risque que Veolia laisse un groupe ‘croupion’ (sic) est bien réel », craint une source proche de Suez. « Philippe Varin a prévenu les pouvoirs publics qu’il dira non tant qu’Engie n’aura pas vendu le bloc de 29,9% à Veolia », réplique-t-on dans le camp adverse.
Ardian au centre
Pour appuyer son opposition et sa ligne de défense, Suez compte plus que jamais sur Ardian, prêt lui aussi à acheter à Engie 29,9% du capital « suivi immédiatement d’une offre publique en numéraire pour l’ensemble des actionnaires du groupe dans les mêmes conditions ». « Le conseil confirme que ce projet est dans l’intérêt social du groupe, de ses actionnaires, salariés, clients ainsi que l’ensemble de ses parties prenantes » et « permettra notamment d’atteindre l’objectif de Suez de doubler la part de l’actionnariat salariés », a-t-il insisté dimanche soir, après un examen du projet. Les syndicats de Suez y sont favorables.
Pas certain en revanche que la proposition d’Ardian fasse chavirer Engie. Un porte-parole du groupe a rappelé dimanche que son conseil d’administration n’examinera « une offre alternative » à celle de Veolia « que s’il s’agit d’une offre ferme et à un prix au moins égal à celui de Veolia ». Dimanche soir, Ardian n’avait pas dévoilé la nature et les conditions de son « projet ». Le prix pourrait être annoncé aujourd’hui.
Engie ne peut pas « lâcher la proie pour l’ombre », avait insisté Jean-Pierre Clamadieu, le président d’Engie, la semaine dernière, après avoir rapidement refermé une première lettte d’intention d’Ardian. Si son conseil d’administration venait à refuser l’offre ferme en cash de Veolia à 18 euros par action, pour un projet conditionnel, les actionnaires d’Engie pourrait lui demander des comptes, rappelait Jean-Pierre Clamadieu. Ces derniers jours, plusieurs actionnaires minoritaires de Suez et d’Engie ont déjà fait entendre leur mécontentement. Le cours de Bourse de Suez, toujours très en-dessous des 18 euros proposés par Veolia (16,07 euros vendredi soir), reflète l’inconfort actuel des actionnaires.
Si le conseil d’administration d’Engie venait finalement à dire « non » à Veolia ce soir, le match ne serait pas forcément terminé. « Le groupe reprendrait sa pleine liberté et pourrait alors lancer une offre sur tout le capital de Suez », souffle une source proche. Probablement sans aucune amitié...
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