L’application stricte de la formule de calcul devrait entraîner une hausse du rendement du petit livret rouge à 4,1%. Mais la Banque de France et le gouvernement pourraient tenir compte d’autres paramètres.
Depuis le 1er février dernier, le taux du Livret A s'élève à 3%
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Philippe Devanne / Fotolia
Dans quelques jours, les épargnants mais aussi les banques, les assureurs et la Caisse des dépôts seront fixés. Tous les six mois, mi-janvier et mi-juillet, la Banque de France est tenue de calculer le nouveau taux du Livret A. Et la flambée des taux d’intérêt depuis un an a redonné à cette décision tout le poids qu’elle avait perdu.
En théorie, le suspense est limité. Pour faire ses calculs, la Banque de France applique une formule dont les éléments sont publics. Elle fait la moyenne entre le taux d’inflation en France hors tabac au cours du semestre écoulé et le taux d’l’€STR sur la même période. Seul le niveau de la hausse des prix pour le mois de juin n’est pas encore connu – il sera publié le 13 juillet par l’Insee – mais en retenant une progression de 4,5% on obtient déjà un résultat qui ne devrait pas diverger de plus de quelques centièmes de point de pourcentage par rapport à la réalité.
4,1% selon la formule
Avec une inflation hors tabac estimée à 5,58% en moyenne au premier semestre et un taux de l’€STR moyen de 2,659%, le nouveau taux du Livret A applicable à compter du 1er août prochain ressortirait à 4,1%, contre 3% depuis février dernier.
Mais, en pratique, la Banque de France peut décider de déroger à la règle et proposer un taux différent de celui obtenu au ministre de l’Economie si elle estime «que des circonstances exceptionnelles [le] justifient». Le choix revient alors au gouvernement. Et il n’est pas exclu que, une nouvelle fois, la décision finale ne soit pas favorable aux épargnants.
De nombreux acteurs réclament en effet un maintien du taux du Livret A à son niveau actuel, estimant qu’une nouvelle hausse ne serait pas dans l’intérêt général.
Une augmentation serait par exemple pénalisante pour le financement des logements sociaux. La Caisse des Dépôts (CDC), qui acquitte environ 60% du paiement des intérêts du livret, a ainsi explicitement demandé à ce que le rendement demeure à 3%. «Les prêts de la banque des territoires de la CDC aux bailleurs sociaux sont évidemment octroyés à un taux variable indexé sur celui du Livret A (…). Comme l’encours des prêts de la CDC est à peu près de 170 milliards d’euros, une hausse du taux du Livret A, de 3% à 4,1%, coûterait 1,87 milliard d’euros de surcharge annuelle d’intérêts aux bailleurs sociaux», estime Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, dans une note publiée le 10 juillet.
Vers un compromis à 3,5% ?
Les banques françaises, qui assument 40% du coût du Livret A, militent aussi pour une stabilité. Une nouvelle hausse dégraderait leur profitabilité, notamment celle des établissements les plus exposés, comme BPCE ou la Banque Postale. «Les banques plaident qu’il est d’intérêt collectif de maintenir l[a] stabilité [de leurs bénéfices] et [ainsi] d’éviter qu’elles soient obligées à trop augmenter les taux sur leurs nouveaux prêts aux ménages et entreprises», indique Eric Dor.
Enfin, les assureurs s’inquiètent du potentiel effet d’une nouvelle hausse du taux du Livret A sur les encours des fonds en euros des contrats d’assurance vie. Nette d’impôt et de prélèvement sociaux, la rémunération nominale du produit d'épargne réglementée dépasse largement le rendement 2022 du fonds en euros.
Au global, Eric Dor estime que le gouvernement pourrait faire le choix du compromis et décider d’augmenter le taux du Livret A (et du LDDS par la même occasion) à «seulement» 3,5% le 1er août prochain. Au grand dam des épargnants qui devraient ainsi continuer à perdre de l’argent sur ce support une fois pris en compte l’impact de la hausse des prix. L’Insee anticipe en effet un maintien de l’inflation autour de 4,5% au second semestre.
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