Assurance-vie et livrets défiscalisés se disputent les bas de laine des Français. Si le Livret A est le produit d’épargne le plus détenu, ses encours sont loin derrière ceux de l’assurance-vie. Quant à l’immobilier, largement composé de résidences principales, il ne peut être considéré comme un placement financier.
Huit français sur dix détiennent un Livret A.
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Crédit DS 30/Pixabay
La flambée de l’inflation et la hausse des taux d’intérêt a provoqué son spectaculaire retour en grâce. Un temps délaissé à cause de son rendement famélique, le Livret A a enregistré l’an dernier une collecte de 27 milliards d’euros. Et de 15,5 milliards rien que sur les mois de janvier et février 2023. Malgré cet engouement, le petit livret rouge mérite-t-il vraiment le statut de «placement préféré des Français» dont on l’affuble souvent, jusqu’à la Banque de France qui le qualifie «d’instrument d’épargne préféré des Français» ?
En réalité, le Livret A n’est pas le seul placement à pouvoir prétendre à ce titre. L’assurance-vie et l’immobilier sont de sérieux concurrents. Et les départager n’a rien d’aisé. Tout dépend du critère retenu. Sur la base du taux de détention, le Livret A l’emporte haut la main. Selon la Banque de France, 80% des Français en détiennent un et 73,5% des ménages selon l’Insee. En comparaison, l’assurance-vie pointe à 40,5%. L’immobilier fait un peu mieux, à 61%, toujours selon l’Institut national de la statistique.
1.874 milliards pour l’assurance-vie
Si on raisonne en termes d’encours détenus par les Français, c’est toutefois au tour du Livret A de faire pâle figure. En dépit d’une collecte record depuis plusieurs mois, ils ne dépassent pas 400 milliards d’euros. Même en ajoutant les sommes détenues sur les LDDS, les encours n’ont franchi la barre des 500 milliards d’euros que récemment. L’assurance-vie pointe elle à 1.874 milliards d’euros, dont 1.300 milliards environ pour le seul fonds en euros. Encore loin derrière les 9.000 milliards d’euros de l’immobilier selon les données brutes à fin 2021 de la Banque de France. Même en retranchant la totalité des crédits à l’habitat, soit 1.200 milliards d’euros à la même période, la pierre pèse encore 7.800 milliards d’euros dans le patrimoine des ménages français.
Sur la base de ces critères, le placement préféré des Français semble bien être l’immobilier. Sauf que ce patrimoine est largement composé de résidences principales. A hauteur de 83% selon l’Insee. Or, le logement familial peut-il être considéré comme un placement ? Pour Philippe Crevel directeur du Cercle de l’épargne, la réponse est plutôt non. «Même si la résidence principale est un élément important de la construction du patrimoine des Français et qu’on peut estimer qu’elle verse un loyer fictif équivalent au loyer non payé, je ne la considère pas comme un placement à part entière car elle ne procure pas de réel rendement».
Selon lui, «c’est l’assurance-vie qui mérite le titre de placement préféré des Français» alors qu’il considère le Livret A comme «le produit d’épargne le plus populaire». «Le fonds en euros l’emporte car il a un avantage déterminant sur le Livret A : il n’est pas plafonné», rappelle Philippe Crevel.
Peu d’investisseurs en Bourse
Sans surprise, ce sont des produits sans risque, à capital garanti, qui triomphent. Les autres catégories de placement pointent en effet loin derrière les deux leaders. Selon l’Insee, le taux de détention de valeurs mobilières par les ménages français ressortait à 16,7% seulement début 2021. L’encours des actions et parts de fonds d’investissement est élevé – 1.900 milliards d’euros à fin 2021 selon la Banque de France sans compter l’assurance-vie – mais concentré dans une petite portion de la population. Malgré un rebond depuis deux ans, le nombre de plans d’épargne en actions (PEA) est ainsi toujours inférieur à 7 millions.
L’épargne retraite et ses encours estimés à 300 milliards d’euros «tout compris» par Philippe Crevel, pas plus que l’épargne salariale – «environ 150 milliards d’euros» – ne sont de taille à rivaliser. D’autant que le taux de détention de ces produits dans la population n’excède pas 17% selon l’Insee. Les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI), qui bénéficient d’une forte croissance de la collecte depuis plusieurs années, sont également loin derrière avec «un petit 90 milliards d’euros d’encours» selon le directeur du Cercle de l’épargne.
Au global et malgré les arguments en faveur de l’assurance-vie il semble difficile de remettre en cause le statut du Livret A alors qu’il est le seul placement financier à être détenu par plus d’un français sur deux. Mais pour construire un patrimoine, l’immobilier reste l’option privilégiée.
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