L’Afer se trouve à un point de bascule pour son fonds euros
Alors que jusqu’à présent elle faisait partie de ceux qui donnent le ton en matière de taux, l’Association française d’épargne et de retraite (Afer) est cette année loin de dominer le marché. Elle se place même en dessous de la moyenne générale, estimée à 2,50% par Facts & Figures, avec un taux servi au titre de 2023 de seulement 2,22%.
C’est certes mieux que le taux de l’an dernier qui était de 2,01%, mais au regard du nouveau contexte de marché, c’est loin d’être l’offre la plus attractive. En 2022, la moyenne du marché se situait à 1,91% selon l’autorité de contrôle. Mais l’Afer n’a semble-t-il pas eu d’autre choix que celui de la raison. «On donne ce que l’on peut pour assurer dans le temps la sécurité de notre épargne», a admis Gérard Bekerman, président de l’association d'épargnants.
Retour de bâton
Historiquement peu encline à gonfler ses réserves, l’Afer en subit aujourd’hui les conséquences et se retrouve avec un niveau de provisions pour participation aux bénéfices très faible. «Notre philosophie a toujours reposé sur la redistribution à 100% des bénéfices, souligne Gérard Bekerman, avant d’ajouter : «combien de compagnies d’assurance ont pris aux anciens pour donner aux nouveaux ? A l’Afer c’est un taux pour tous !»
Il n’empêche, la situation de l’Afer est tendue. Alors que l’association y a puisé 115 millions d’euros pour servir le taux 2023, plus que l’an dernier (94 millions), il ne lui reste que 219 millions d’euros de provisions, soit 0,54% des encours du fonds euros (contre 5,4% pour les assureurs en moyenne !).
De plus, très largement majoritaire dans les contrats d’assurance vie de l’Afer, avec 40,9 milliards sur un encours total de 55 milliards d’euros, le fonds euros est en décollecte de 900 millions d’euros. Ce qui a des conséquences sur la gestion. «Une décollecte nous empêche d’être liquides, donc nous ne pouvons pas courir avec du nouveau papier alléchant, reconnait Gérard Bekerman. Cela nous impose de gérer les actifs autrement et de les conserver jusqu’à échéance.»
Nouvelle stratégie
Malgré tout, «cette décollecte qui est pour l’essentiel due aux décès plus nombreux cette année n’empêche pas la relution que nous sommes en train de mettre en œuvre, souligne Denis Bourgeois, directeur général délégué d’Abeille Assurances en charge de l’assurance vie, de l’actuariat et de la gestion du capital, partenaire de l’Afer. Les échéances qui arrivent au sein du portefeuille de 40 milliards du fonds euros nous permettent de réinvestir et de restructurer les portefeuilles.» En 2023, quatre nouveaux supports en unités de compte (UC) ont été lancés dont trois produits structurés et un fonds à échéance nommé Afer High Yield 2027.
A lire aussi : Face au Livret A, l’assurance-vie touchée mais pas encore coulée
Pour redresser la barre, l’Afer, avec Abeille Assurances, peaufine une nouvelle stratégie 2024 que Gérard Beckerman promet riche en innovations. L’association entend notamment se diversifier davantage. «Beaucoup reste à faire sur la gamme des UC et 2024 y sera consacré», a indiqué Gérard Bekerman. Sans en dévoiler les détails, le président de l’Afer a annoncé la mise en œuvre dans le courant de l’année d’une offre de fonds indiciels cotés (ETF) dans le cadre de la gestion sous mandat en épargne et en retraite. Il faudra au moins cela pour redonner des couleurs aux rendements de 2024.
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