Depfa tord gentiment le bras de ses créanciers obligataires
Alors que la mise à contribution des créanciers subordonnés dans les sauvetages bancaires est devenue fréquente, Depfa vient d’innover en la matière. La filiale d’Hypo Real Estate, renflouée par l’Etat allemand en 2009, a sollicité le 20 novembre l’accord des porteurs de trois lignes de titres tier one afin de modifier la documentation juridique et pouvoir ainsi racheter les obligations à 29% du pair.
La banque a déjà cessé de verser depuis 2009 des coupons sur ces instruments émis par trois véhicules, Depfa Funding II (400 millions d’euros), III (300 millions) et IV (500 millions).
La démarche du Crédit Local allemand est cependant originale. L’établissement a placé bas la barre pour décrocher l’accord des trois groupes de créanciers, soumis au vote lors d’assemblées générales le 20 décembre. Le quorum n’est en effet que d’un tiers, et la majorité requise de 50% - le feu vert d’un créancier sur six suffit donc - alors que la norme dans ce genre d’opérations est plutôt de deux tiers et 75% respectivement. Par ailleurs, les créanciers qui se porteront volontaires avant le 18 décembre se feront racheter leurs titres à 30% du pair, et non pas 29%.
«Même si Depfa parle d’une approche volontaire, il s’agit d’un moyen de lancer une offre de rachat coercitive sans avoir besoin de menacer de pénalités les récalcitrants, ce afin d’éviter les problèmes juridiques qu’a connus Anglo Irish Bank», indique Simon Adamson, analyste chez CreditSights. La banque irlandaise avait en effet lancé une offre de rachat à 20% du pair fin 2010, mais avec une clause dite de «sweep out»: ceux qui n’apportaient pas volontairement leurs titres ont dû se les faire racheter à l’euro symbolique après le feu vert de l’AG à la transaction. En août, la justice anglaise avait donné tort à Anglo Irish Bank face à un fonds de crédit allemand, Assenagon.
Depfa cherche donc à tordre le bras de ses créanciers mais en y mettant les formes. Le jeu en vaut la chandelle: un gain de 840 millions d’euros l’attend si la transaction, menée par JPMorgan, aboutit. Selon IFR, certains investisseurs se sont attaché les services du cabinet d’avocats Brown Rudnick. Moody’s a par ailleurs dégradé hier la note des titres à C, évoquant un «échange distressed».
Reste que pour Simon Adamson, «vu la situation financière de Depfa, un rachat des titres tier one à 30% du pair est le mieux que les porteurs puissent espérer».
Plus d'articles du même thème
-
Jerome Powell a su rester droit dans les tempêtes
Son mandat de président de la Fed se termine ce vendredi 15 mai. Il aura fait l’objet de critiques sur son biais plus «accommodant» en 2021. Des critiques cependant plus faciles a posteriori au vu de la complexité des chocs exceptionnels auxquels il a été confronté depuis 2020. Et que le banquier central a réussi à piloter en évitant les récessions. -
L’IA américaine se militarise
Le Pentagone a signé des accords avec huit géants de la tech pour utiliser leurs modèles d'intelligence artificielle à des fins militaires. La mise au service de l'IA pour la guerre n’est plus un tabou pour les firmes de la Silicon Valley. -
Alphabet et Amazon se financent aux alpine bonds
Après Alphabet, Amazon vient de boucler sa première émission en franc suisse. C'est un marché très domestique, en croissance, offrant une bonne liquidité, une diversification et de faibles coûts de financement.
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- Atos joue gros avec un refinancement à 1,25 milliard d’euros
- BofA clame sa prudence sur Renault et Stellantis
- Eric Larchevêque fait machine arrière sur son projet de «bitcoin treasury company»
- Wero pousse les feux sur son application
Contenu de nos partenaires
-
Royaume-Uni : potentiel concurrent de Keir Starmer, le ministre de la Santé démissionne
Wes Streeting, qui pourrait devenir un concurrent de Keir Starmer à la direction du Labour pour pouvoir ravir Downing Street, a annoncé sa démission du gouvernement, jeudi 14 mai -
Hantavirus : les 26 Français cas contacts ont été testés négatifs
Dans le détail, les 26 personnes se composent de quatre passagers du MV Hondius et de 22 cas contacts de la passagère néerlandaise du paquebot, décédée des suites d’une infection. Reste une Française de plus de 65 ans, positive au virus, qui est toujours en réanimation -
Présidence de la Fed : la nomination de Kevin Warsh approuvée par le Sénat américain
Il ne reste plus à Kevin Warsh, candidat de Donald Trump, que de prêter serment avant de prendre ses fonctions pour un mandat de quatre ans. Il devrait présider sa première réunion de politique monétaire les 16 et 17 juin