C’est la fête du slip à la Bourse de Paris

Après l’introduction en Bourse de SpaceX à New York, le grand public est invité à souscrire à celle du Slip Français à Paris. Pas à celle du groupe de défense franco-allemand KNDS, autrement plus significative pour la souveraineté européenne. Un deux poids deux mesures étonnant.
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Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L'Agefi  - 

Les Américains ont SpaceX, en attendant OpenAI et Anthropic. Nous avons Le Slip Français. A l’heure où la planète entière se précipite pour acheter les rêves de conquête spatiale dopée à l’IA d’Elon Musk, notre abondante épargne domestique a trouvé un projet bien de chez nous à financer. Le peuple est appelé à soutenir l’introduction en bourse du chantre des sous-vêtements made in France, prévue le jour de la fête nationale, le 14 juillet. Qui a dit que le textile était une industrie du passé ? Un centre de données sur Mars est-il vraiment plus utile qu’un boxer en coton élasthanne ?

Les esprits chagrins feront remarquer que l’enseigne fondée il y a quinze ans est meilleure en communication qu’en gestion financière. Qu’elle a dû, pour survivre, revoir de fond en comble son modèle économique en divisant ses tarifs par deux et en fermant ses boutiques au profit de la vente en ligne. Qu’elle a dégagé ses premiers bénéfices, quelques centaines de milliers d’euros, l’an dernier seulement. Et que les deux fonds d’investissement qui la contrôlent profitent de l’occasion pour sortir du capital et arrêter les frais.

Quitte à invoquer la fibre patriotique, il était plus tentant de miser sur un digne représentant de l’industrie lourde européenne, KNDS. Le groupe franco-allemand d’armement, à qui l’on doit les canons Caesar, va lui aussi s’introduire cet été à Paris et à Francfort. Mais les particuliers ne pourront pas tirer immédiatement les dividendes de l’effort de défense qu’ils financent par ailleurs grâce à la commande publique. Ils n’ont pas été conviés à participer à l’opération et se contenteront d’acheter au son du canon sur le marché secondaire. Il faut croire que leur épargne est jugée plus digne de s’investir chez un fabricant de caleçons aux couleurs du drapeau tricolore ou chez un mastodonte de la tech américaine.

La cotation de KNDS ne comprend même pas d’augmentation de capital. Pour les actionnaires existants, il est apparu plus simple et plus rapide de céder des titres à des investisseurs institutionnels. L’Agence des participations de l’Etat peut espérer au moins 1,5 milliard d’euros en vendant une ligne de 10% chez l’héritier de Nexter. Quant aux familles Bode et Wegmann, relayées par Berlin au tour de table du producteur des chars Leopard, elles mettront fin à une aventure entrepreneuriale entamée en 1882 outre-Rhin. Leur histoire aura épousé tous les méandres de celle de l’Allemagne, accointances avec le nazisme comprises.

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