L’hiver de la crypto
Brothers d’un côté, «bros» de l’autre : à quatorze ans d’écart, Lehman et FTX partagent cette fraternité déchue et l’excès de testostérone propice aux faillites infamantes. La chute de l’éphémère empire fondé par Samuel Bankman-Fried plonge la planète crypto dans la stupeur et l’effroi. Et si, comme le prédisaient tous les contempteurs du bitcoin, cette finance décentralisée qui prétendait révolutionner le monde n’était en effet qu’un château de cartes ? Cette nouvelle faillite, la plus spectaculaire d’une série en cours, risque d’en appeler d’autres, mais fort heureusement dans un système clos que la majorité des banques traditionnelles s’étaient bien gardées de pénétrer.
L’affaire vient rappeler à propos quelques principes simples de gestion du risque pour l’investisseur particulier comme institutionnel. D’abord cette évidence, que les violents resserrements monétaires font toujours exploser les modèles d’affaires douteux, dopés aux stéroïdes des taux zéro : après les dotcom, l’immobilier subprime, place aux Spac, aux meme stocks et aux cryptos qui n’ont de monnaies que le nom.
Failles béantes
S’il reste à déterminer les parts respectives de l’incompétence et de la fraude dans l’effondrement de FTX, des signaux auraient aussi dû alerter les parties prenantes. Des comptes évanescents, l’absence de directeur financier désigné dans une société gérant des milliards de dollars d’épargne, des relations opaques entre deux structures liées au même dirigeant… Malgré ces failles béantes dans la gouvernance, des professionnels aguerris ont valorisé le groupe à 32 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds. Le phénomène FOMO (fear of missing out), cette peur de rater le train de la performance, a encore frappé. La personnalité même de Samuel Bankman-Fried, faux messie réfugié aux Bahamas, se piquant à longueur d’interviews de racheter Goldman Sachs et de coécrire la réglementation aux Etats-Unis, pouvait susciter la méfiance : où s’arrête la vision de l’entrepreneur, où commence son hubris ? Il suffit de lire le «complexe du sauveur», l’hallucinant portrait publié sur le site de Sequoia Capital fin septembre, et retiré depuis, pour comprendre la fascination qu’exerçait le jeune prodige de la tech sur ses bailleurs de fonds.
Voilà le petit monde de la crypto rappelé à davantage d’humilité et à ses limites conceptuelles. Il sera demain plus centralisé, plus régulé, purgé de la masse des spéculateurs qui croyaient que les arbres montaient jusqu’au ciel. Il pourra d’autant mieux se concentrer sur les autres usages potentiels de la blockchain et des jetons numériques, innovations technologiques dont on attend toujours qu’elles permettent de bâtir, à une échelle industrielle, des activités financières utiles et profitables.
Plus d'articles du même thème
-
Plus de 135.000 personnes possèdent au moins un million de dollars en cryptomonnaies
Le cabinet Henley & Partners révèle que le nombre de détenteurs d'actifs numériques atteint un record de 742 millions d’utilisateurs. Parmi eux, 135.694 personnes possèdent au moins un million de dollars en cryptomonnaies, avec une prédominance du Bitcoin. -
Coinhouse distribue les fonds monétaires de Spiko pour 1 euro
Les utilisateurs de l’application crypto ont désormais accès à la souscription de trois véhicules tokénisés par Spiko. -
Le Nasdaq mise 100 millions de dollars sur Payward, la maison mère de Kraken
Cet investissement renforce le partenariat entre l'opérateur boursier américain et l'infrastructure crypto. Le Nasdaq veut créer ses propres actions tokenisées, dans un nouveau cadre réglementaire.
ETF à la Une
Les particuliers français propulsent la collecte des ETF européens vers un nouveau record
- La donnée ESG s'impose comme un levier stratégique dans les entreprises
- Retraites : Eric Lombard propose d'injecter une dose de capitalisation à l'intérieur de la répartition
- Adia relève pour la quatrième fois en cinq ans sa cible en private equity
- La finance sous le regard de ses émissions carbone
- La Maif enregistre une sortie partielle de la start-up HomeExchange
Contenu de nos partenaires
-
France Inter : Charles Sapin renonce à y intervenir à la suite de la suppression de son édito par la direction
Directeur adjoint de la rédaction de « Valeurs actuelles », Charles Sapin a indiqué qu’une séquence de débat était envisagé suite à la suppression de son édito sur France Inter, sous pression des grévistes et syndicalistes. Il a refusé l’offre -
Arabie saoudite : des flammes et de la fumée noire visibles près de l'aéroport de Riyad
Des flammes et de la fumée noire s’élevaient dans les environs de l’aéroport international de Riyad, samedi 19 septembre. D’après Flightradar24, de nombreux vols sont annulés ou retardés. Deux fortes explosions ont eu lieu dans la nuit, après une alerte des autorités prévenant d’une « menace aérienne hostile » -
La stratégie du gouvernement pour faire avaler son budget
Montrer aux marchés que la France agit, aux Français que tout le monde doit faire des efforts, aux oppositions qu'elles n'ont pas intérêt à bloquer ce budget : le Premier ministre cherche à relever ce triple défi