Mazars et PwC sont sanctionnés dans le scandale William Saurin
Attendue initialement le 19 janvier, la décision du Haut conseil du commissariat aux comptes (H3C) dans l’emblématique dossier William Saurin est tombée en début d’après-midi. Alors que le rapporteur général avait notamment demandé une interdiction temporaire d’exercer la fonction de commissaire aux comptes avec sursis, dont la durée était laissée à la sagesse du H3C, et une amende de 1 million d’euros à l’encontre de chacune des sociétés de commissaires aux comptes, Mazars et PwC, le gendarme de la profession a finalement été moins sévère que prévu.
Mazars écope d’une interdiction d’exercer la fonction de commissaire aux comptes pendant 12 mois, assortie du sursis pour la totalité de sa durée, et d’une amende de 400.000 euros. Pour sa part, PwC Audit reçoit un blâme et une sanction pécuniaire de 50.000 euros. Tandis que le cabinet Michel Tamet et associés est interdit d’exercer la fonction de commissaire aux comptes pendant cinq ans avec sursis sur toute la durée. En outre, cinq commissaires aux comptes sont sanctionnées, deux sont radiés, un est interdit d’exercice pendant 18 mois avec sursis, un reçoit un blâme et le dernier un avertissement. Trois d’entre eux écopent en outre d’une amende de 100.000, 50.000 et 10.000 euros.
Le H3C reproche aux commissaires aux comptes « d’avoir émis plusieurs opinions non étayées, dont la majorité était en outre erronée, dans le cadre des missions de certification des comptes des sociétés, en violation de leurs obligations professionnelles ». Il fait également grief à Mazars de ne pas avoir mis en œuvre entre 2012 et 2016 des procédures assurant une évaluation périodique des conditions d’exercice de chaque mission de contrôle et à son commissaire aux comptes, Pierre Sardet, d’avoir réalisé, de juin à octobre 2016, « des prestations de conseil interdites » au profit de Monique Piffaut, dirigeante et actionnaire majoritaire du groupe Financière Turenne Lafayette (Madrange, William Saurin…). Le professionnel s’est ainsi trouvé, de mars 2011 à novembre 2016, « dans une situation d’incompatibilité générale susceptible notamment de générer un conflit d’intérêts et de compromettre son indépendance ».
Dans la foulée de cette décision, Mazars a annoncé qu’il interjettera appel devant le Conseil d’Etat. « Cette sanction reflète une interprétation des normes et procédures d’audit selon laquelle les commissaires aux comptes auraient une obligation de détecter les fraudes (y compris hautement sophistiquées et organisées comme celle dont Mazars a été victime), ce qui n’est pas la règle aujourd’hui », a déclaré le cabinet dans un communiqué. Il craint qu’une telle jurisprudence fasse peser sur les commissaires aux comptes « une obligation de résultats en matière de détection des fraudes, sans leur en donner les moyens ». Mazars rappelle être partie civile dans la procédure pénale parallèle, « c’est-à-dire reconnu victime d’un délit d’entrave de la part des dirigeants » de la Financière Turenne Lafayette.
Pour sa part, PwC « prend acte de la décision prise aujourd’hui par le H3C. Le respect des normes professionnelles et des règles déontologiques est une priorité pour PwC. Le cabinet est plus que jamais engagé afin de réaliser ses missions auprès de ses clients avec les plus hauts standards de qualité ». A ce stade, PwC ne s’est pas prononcé sur un éventuel appel, qui paraît peu probable au regard de la sanction.
Plus d'articles du même thème
-
L’assistance rendue nécessaire par l'état d'incapacité d'un époux relève des dépenses de la communauté
Dans une affaire récemment jugée, la Cour de cassation se prononce sur l’indemnisation d’un ex-conjoint aidant, marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, sur le terrain de l’enrichissement sans cause. -
Le régulateur suisse épingle les gestionnaires de fortune pour la commercialisation des certificats activement gérés
Cette mise en garde intervient après une hausse des signalements constatée en 2025 à l’encontre des intermédiaires, certains dossiers s’étant soldés avec des pertes importantes pour les clients. -
EXCLUSIFL’AMF s’apprête à clarifier les obligations des sociétés de gestion en matière de rémunération des distributeurs
Après plusieurs mois d’incertitude, les sociétés de gestion pourraient bientôt y voir plus clair. Le régulateur prépare une clarification des obligations de contrôle afin de sécuriser le versement de commissions aux distributeurs.
ETF à la Une
WisdomTree dévoile un ETF sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Belfius rachète Leocare et intéresserait le Crédit Agricole
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
- Garance s’ajoute à la liste des mutuelles dans la tourmente
Contenu de nos partenaires
-
Ecce écoPouvoir d’achat : un peu d’ambition pour la présidentielle !
Une vraie politique de pouvoir d’achat doit avoir pour ambition d’augmenter la taille du gâteau, c’est-à-dire de créer davantage de richesse -
TribunePourquoi Jean-Luc Mélenchon est l’antithèse de Jean Moulin
Pour le politiste, il y a « quelque chose d’obscène » à voir l'insoumis agiter le drapeau de l’« antifascisme », en faisant croire à une jeunesse authentiquement anti-RN qu’il s’inscrit dans la lignée des grands résistants. Une posture qui servirait, selon lui, à « couvrir une complicité bien établie avec le régime poutinien » -
Identités« Eux et nous », dépasser le manichéisme
Cette façon de poser le débat est caractéristique du populisme qui désigne des « ennemis du peuple », un peuple qu’il prétend représenter, un peuple pur, qui serait totalement homogène, qu’ils opposent aux élites qui l’ont trahi