La transmission familiale des PME, erreur ou vertu ?
La note du Conseil d’analyse économique (CAE), intitulée « Faire prospérer les PME », recommande « d’assurer la neutralité du régime d’imposition des plus-values de cession de parts sociales afin de ne plus défavoriser les cessions par des dirigeants d’entreprise actifs à des repreneurs hors de leur cercle familial ». Cette préconisation reviendraitde facto soit à aligner le régime général sur les conditions préférentielles accompagnant une transmission familiale, soit, plus probablement, à remettre en cause les dispositions du « pacte Dutreil » favorisant les cessions intrafamiliales. Les auteurs motivent cette proposition par les conclusions de plusieurs études empiriques montrant notamment que les PME reprises au sein de la famille seraient moins efficaces et plus risquées que les autres reprises. La promotion de la transmission familiale serait donc fondée sur un biais de perception et relèverait de l’erreur économique ?
Cette question est d’autant plus judicieuse que la transmission familiale des PME n’est pas un phénomène marginal en France. Selon les travaux de BPCE L’Observatoire sur les PME-ETI, elle représente en moyenne 2.000 opérations par an, soit environ 14 % des cessions. Existe-t-il une incitation coupable à orienter les dirigeants vers la recherche d’un repreneur au sein de leur lignée plutôt qu’en dehors ?
Dans la réalité, les dispositions du pacte Dutreil ne conduisent pas, ex ante, à une préférence héréditaire. Sur la base d’une enquête menée en 2011 auprès d’un millier de dirigeants de PME propriétaires de leur entreprise, il apparaît que ceux-ci envisagent plutôt pour leur succéder « un concurrent » ou « une personne physique hors famille » (41 % de citations pour chaque item) devant « une personne morale » puis, à 34 %, un membre de la famille (à égalité avec les salariés). De plus, quand leur horizon de cession se rapproche et que le projet devient plus concret, ils citent moins fréquemment la famille (25 %) et plus souvent un repreneur extérieur, bien que 93 % d’entre eux déclarent être parents. Enfin, l’analyse par âge des opérations montre que la transmission familiale concerne pour l’essentiel des cédants en fin d’activité déjà bénéficiaires d’abattements supérieurs. Statistiquement parlant, elle s’applique donc très peu aux « dirigeants actifs » ciblés par la préconisation du CAE.
La transmission familiale, dans la pratique française, ne constitue pas en soi un modèle de référence ou une préférence orientée par la fiscalité. D’une part, elle est soumise à la double condition de l’appétence et de la compétence du membre de la famille repreneur. D’autre part, elle doit rester compatible avec l’impératif, particulièrement sensible en France, de préserver l’équité entre les héritiers. Ces deux dimensions prévalent dans la décision sur l’attrait du pacte Dutreil. Il est donc excessif et peu conforme à la réalité d’assimiler ce dernier à un biais dans le choix du repreneur.
Il est vrai que, dans certaines entreprises (héritées, de très longue durée de vie…), la reprise par un membre de la famille est privilégiée. Ces entreprises « intergénérationnelles » avec une logique de démembrement implicite (la possession revenant à la lignée plutôt qu’à un individu) ne basculent pas pour autant dans une préférence héréditaire a priori : la moitié de leurs dirigeants craignent de ne pas trouver de repreneur familial (même en présence d’enfants). Ceux-ci évoquent aussi fréquemment la difficulté à concilier les intérêts des héritiers... que le pacte Dutreil peut aider à dépasser. En tout état de cause, même si le modèle de l’entreprise intergénérationnelle n’est pas dominant en France, faut-il pour autant y renoncer ?
Néanmoins, l’utilité de ce dispositif est plus large. Une analyse détaillée montre que la transmission familiale est marquée dans l’industrie, le commerce et le BTP entre 20 et 250 salariés et dans des zones géographiques spécifiques, souvent rurales, voire montagneuses, avec une base industrielle ancienne. A l’échelle des départements, elle se révèle beaucoup plus complémentaire que substitutive aux autres types de cession et permet d’assurer la pérennité d’entreprises, notamment industrielles, dont la reprise serait pour le moins aléatoire. Préservation de l’emploi, lutte contre la désindustrialisation, maintien d’activités économiques variées en dehors des grandes métropoles, levier de diversité des modèles de PME-ETI…, le bilan du dispositif semble tout à fait honorable et mérite davantage qu’une mesure de nivellement par le bas.
Enfin, sur la base des travaux empiriques de BPCE L’Observatoire, le suivi de la cohorte de 6.264 cessions PME-ETI en 2010 (dont 1.217 transmissions familiales) montre que le taux de survie à trois ans des opérations intrafamiliales est supérieur de plus de 12 points à celui des cessions non familiales.
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Beyrouth - L’armée israélienne a poursuivi mardi ses frappes au Liban, tuant dans le sud 13 personnes, qui viennent s’ajouter aux 380 morts depuis l’instauration du cessez-le-feu le 17 avril, selon les autorités. Alors que le Liban se prépare à de nouvelles négociations avec Israël jeudi à Washington, le chef du Hezbollah pro-iranien, qui s’y oppose fermement, a affirmé que le désarmement de sa formation ne faisait pas partie des discussions et a promis de transformer «en enfer» la bataille avec l’armée israélienne. Celle-ci a indiqué avoir conduit une opération dans la zone du fleuve Litani et a mené mardi une frappe ayant tué deux secouristes à Nabatiyé (sud), où ils effectuaient une intervention, a annoncé la Défense civile. Le ministère de la Santé a confirmé la mort des deux secouristes qu’il a inclus dans un bilan de 13 morts, dont un soldat et un enfant, dans des frappes israéliennes ayant visé trois localités dans le sud du pays. «Une frappe sur la ville de Nabatiyé a fait cinq (morts) dont deux secouristes de la Défense civile et deux blessés», une autre dans la localité de Jebchit a fait quatre morts «dont un soldat et un ressortissant syrien», et douze blessés, et une troisième à Bint Jbeil a tué «quatre citoyens dont un enfant et une femme», et blessé deux autres, a indiqué le ministère. «Depuis le cessez-le-feu, 380 personnes ont été tuées et 1.122 blessées», a annoncé plus tôt le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, faisant état de 108 personnels de santé et secouristes tués depuis le début de la guerre. Plus de quatre enfants ont été tués ou blessés chaque jour en moyenne durant les 25 premiers jours de la trêve, a indiqué l’ONG Save The Children. Au total, les frappes israéliennes ont tué 2.882 personnes depuis le début de la guerre, dont 200 enfants, selon le ministère de la Santé. D’après le Hezbollah, ce bilan inclut ses membres tués. Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans la guerre régionale en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de l’offensive israélo-américaine contre Téhéran, le 28 février. Israël a répondu en menant des frappes massives et une opération terrestre dans le sud. «Nous ne nous rendrons pas» Beyrouth a demandé aux Etats-Unis de faire pression sur leur allié israélien pour qu’il mette fin à ses frappes. Le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des positions militaires israéliennes, y compris en Israël, aux frontières avec le Liban. «Nous ne nous rendrons pas», a affirmé le chef de l’organisation, Naïm Qassem. «Les armes et la résistance ne concernent personne hors du Liban (...) C’est une question libanaise intérieure qui ne fait pas partie des négociations avec l’ennemi», a-t-il ajouté. Dans un communiqué annonçant la reprise des négociations jeudi, le département d’Etat américain avait affirmé que la paix entre le Liban et Israël «dépendait du rétablissement complet de l’autorité de l’Etat libanais (sur son territoire) et du désarmement total du Hezbollah». Washington fait pression pour que les discussions aboutissent à un accord de paix, alors que Beyrouth veut d’abord consolider le cessez-le-feu et obtenir le retrait d’Israël du Liban. Après l’entrée en vigueur de la trêve, l’armée israélienne a établi en territoire libanais une «ligne jaune» à une dizaine de km de la frontière. Elle a indiqué mardi qu’au cours de la semaine écoulée, ses soldats avaient mené une «opération spéciale visant à retirer des infrastructures terroristes dans la zone du Litani». Interrogée par le bureau de l’AFP à Jérusalem, l’armée israélienne a indiqué ne pas pouvoir confirmer si les soldats avaient franchi le fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière, mais a publié des photos montrant des soldats marchant sur un pont le traversant. © Agence France-Presse