«Il faut révolutionner le système de retraite par une fiscalité zéro»
Pourquoi un nouveau produit d'épargne-retraite ?
Didier le Menestrel* - Parce qu’aujourd’hui il n’y a pas de produit dédié à la retraite. Il y a bien les produits d'épargne substitués mais ils préparent mal : ils ne rapportent rien, et ils ne sont pas fabriqués pour le long terme. Les produits individuels ont été abolis pour des raisons obscures. D’abord le compte d'épargne à long terme, abandonné dans les années 70, puis le plan d'épargne retraite fin 1980. Il y a donc un manque sachant que les produits actuels, Madelin, Perp, Perco... sont liés à l’entreprise et à l’assurance.
Quel avantage le PERF aurait-il par rapport aux produits actuels ?
D’abord ne pas mentir sur le produit. Actuellement, l'épargne des Français est orientée vers des produits qui sont subissent énormément de fiscalité, en particulier de manière différée. De notre côté nous souhaitons tout simplement rendre chacun responsable de son épargne. On ne demande rien à l’Etat mais lui doit s’engager à ne rien imposer sur le PERF. Que cela reste une zone franche fiscale en résumé. Les enfants qui créent un PERF aujourd’hui auront demain à leur retraite de l’argent disponible. On individualise, on responsabilise. Même si l’individualisation et la non-fiscalisation sont un peu des gros mots en France !
Sur la fiscalité justement, pensez-vous qu’une telle mesure puisse être adoptée politiquement ?
Il y a une réflexion globale aujourd’hui et justement, le projet d’union des marchés de capitaux entend créer un produit de retraite individuelle. En Europe, où chacun à sa méthodologie en matière de retraite, l’idée serait de lancer un produit transversal. Si on le lance avec une fiscalité zéro au début c’est tellement plus simple et cela peut encourager les 28 pays de l’Union à accepter le plan individuel à la retraite. Mais plus largement, si on imagine un tel produit aujourd’hui c’est que le débat va forcément revenir. Il faut donc révolutionner le système de retraite par le biais d’une fiscalité zéro.
Comment serait placé l’argent épargné ?
L’individu est responsable, il le met où il veut. Notre première recommandation serait que la puissance publique mette en place un système de conseil, idem pour les assureurs. L’individu peut ensuite placer son argent en actions, en obligations, en fonds Ucits... En étant orienté. On peut par exemple lui dire qu’'à 1% de rendement (le Livre A par exemple), vous ne doublez même pas votre capital en 50 ans. Alors qu'à 5%, le rendement qu’offre généralement la Bourse, vous multipliez vos gains par 12. J’espère simplement qu’assez de gens avisés comprendront qu’il faut investir dans le risque durant ses années d’activités et moins lorsqu’ils s’approcheront de la retraite.
Vous proposez de rendre impossible à débloquer le PERF sauf en cas de primo-accession. N’est-ce pas une manière d’effrayer de potentiels souscripteurs ?
Nous préférons ne pas donner d’incitations à le débloquer. Et si nous lançons notre produit demain, l’engouement sera forcément faible. Mais au bout de 5 à 6 ans, il y aura de l’intérêt, un peu comme le PERCO aujourd’hui qui devient à la mode. Les Français comprendront que le produit propose un intérêt particulier : celui qui joue le jeu et met entre 5.000 et 10.000 euros par an, je vous promets qu’il sera beaucoup plus heureux en terme d’investissement que d’aller acheter une chambre de bonne à Paris. L'épargnant peut aussi s’il le souhaite prendre des parts de FCPI avec liquidité assurée. On revient à la responsabilité des individus.
Le modèle par répartition est bel et bien mort ?
C'était une très belle idée mais ce n’est absolument plus tenable. Tous les pays passent par ce biais-là d’ailleurs. Quel que soit le bout par lequel vous prenez le problème, la conclusion est la suivante selon moi : l’Etat assure un minimum décent à tous ceux qui n’ont rien et pour le reste de la population, nous instaurons une individualisation pour ceux qui préparent leur retraite.
*Didier le Menestrel est le président de la Financière de l’Echiquier
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