Mon bureau est nomade
Quitter le bureau plus tôt pour passer un moment en famille, puis se reconnecter le soir, ouvrir son ordinateur dans le train, traiter un dossier depuis un café disposant du wifi… Indéniablement, de nouvelles habitudes de travail apparaissent chez les salariés du secteur financier. En cause bien sûr, le développement des technologies, le « Byod », bring your own device, soit l’utilisation des outils personnels – le smartphone notamment – dans le cadre professionnel, qui s’accompagne à présent de la tendance « Atawad », any time, any where, any device, qui consiste à pouvoir se connecter n’importe quand, partout et avec tout type d’appareil. Ces évolutions poussent les employeurs à réfléchir à l’équipement en technologies mobiles de leurs collaborateurs. « Sur ce sujet, les entreprises de la finance se situent au milieu du gué, observe Jean-Philippe Poisson, associé chez Elia Consulting, qui a mené une étude en avril sur « les salariés de la banque-assurance face à la digitalisation ». « L’enquête montre que 46 % des sondés sont équipés par leur entreprise d’un ordinateur portable, et 26 % d’un smartphone, mais les populations commerciales et relations clients sont globalement moins équipées alors qu’elles pourraient en tirer un bénéfice direct. Il y a un véritable enjeu de performance. »
Les plus nomades utilisent à plein toutes les technologies actuelles. Laurent Valenti, 34 ans, manager marketing stratégique santé, prévoyance et dommage chez Swiss Life, voyage en TGV trois fois par semaine entre Roubaix, où sont localisés son équipe et son poste, et le siège de l’entreprise à Levallois-Perret. « Sur une heure et dix minutes de trajet, j’arrive à travailler pleinement cinquante minutes », se réjouit-il. Il utilise son ordinateur portable de 12 pouces et demi et son Blackberry, qui lui sert aussi de modem pour se connecter de façon sécurisée au réseau de Swiss Life. « Ces outils me permettent de gagner du temps et de vivre plus sereinement mon travail. Je ne suis pas gêné par le fait d’être itinérant, je peux répondre rapidement aux sollicitations, poursuit-il. Je suis manager d’un département stratégique, avec un poste partagé à parts égales entre Paris et la province et je ne pourrais pas être aussi productif sans ces équipements. »
Vie professionnelle et personnelle, plus de limites
Très nomade elle aussi, comme le laisse entendre l’intitulé de sa fonction : directeur du développement France, Genève et Monaco chez Henderson Global Investors, Patricia Kaveh a pourtant réduit ses terminaux technologiques au minimum : Blackberry et téléphone. « Je ‘squatte’ les ordinateurs dans nos bureaux de Londres, dans les hôtels, relate avec humour la jeune directrice de 37 ans. Je me transfère par mail les documents importants. » Exit donc l’ordinateur portable fourni par l’entreprise, jugé trop lourd, tout comme la tablette personnelle, qui reste le plus souvent à la maison. Ce qui ne l’empêche pas d’être connectée. « Dans une vie de cadre nomade, il n’y a plus de limites entre les temps réservés au personnel et au professionnel ; tout se mélange. Je reste connectée à mon smartphone pour le travail mais aussi pour être en lien avec mes proches. »
Sans être toujours mobiles, certains salariés sont amenés de temps en temps à travailler chez eux, chez leurs clients ou durant leurs déplacements. Chez EY, la direction des ressources humaines a décidé il y a peu d’encadrer ce travail occasionnel à distance. « Nous demandons aux collaborateurs d’apporter une forte valeur ajoutée dans leur travail, de respecter des contraintes réglementaires et de délais. Nous souhaitons leur apporter en contrepartie cette flexibilité, qui intéresse tous les salariés, pas seulement ceux de la génération Y », souligne Anne-Marie Husser, DRH d’EY. Environ 500 d’entre eux testent en ce moment le système, très souple. Un mail à son n+1, 24 heures à l’avance, suffit pour demander à travailler hors du bureau. « Nous ne voulons pas contrôler le salarié qui travaille à distance. L’engagement se mesure par le rendu du travail dans le respect des délais et de la qualité attendue, plutôt que par ce principe, franco-français, d’être au bureau et d’y rester tard », défend la DRH d’EY.
Cet état d’esprit convient bien à Guillaume Levrat, 29 ans, qui a rejoint le groupe d’audit il y a près de sept ans. « C’est très pratique, je peux par exemple prendre un train plus tôt dans la journée et y travailler, rester chez moi une demi-journée. Je ne me verrais pas travailler toute la semaine chez moi car je suis dans un métier de contact avec les clients, les équipes internes. Mais cela me permet de travailler dans une bulle quand c’est nécessaire », explique le jeune manager. Ordinateur portable, Blackberry, Webmail lui permettent de reconfigurer son espace de travail chez lui ou chez ses clients. Les connexions sont sécurisées par l’entreprise, un protège-écran évite les regards indiscrets dans les trains ou les espaces publics. Il n’a pas l’impression d’être prisonnier de ces appareils. « Je n’ai jamais eu de remarques suite à une non-réponse immédiate à un mail arrivé le soir tard ou le week-end. J’éteins habituellement mes outils à ces moments-là. »
Directeur général de la société de gestion M&G en France, Brice Anger, 48 ans, choisit volontairement de ne pas se déconnecter, y compris en vacances. « Ma fonction implique des décisions que moi seul peux prendre. Si je ne me connecte pas pendant mes congés, je risque de bloquer certains dossiers. Cela me permet aussi de gagner en efficacité : auparavant, lorsque l’on revenait de vacances, il fallait un jour entier de travail pour lire tous les mails. » Le dirigeant, qui voyage régulièrement en Angleterre, remarque que le travail à distance est couramment utilisé par les professionnels du secteur. « Beaucoup de financiers habitent loin de la City, c’est donc fréquent. » Un état d’esprit anglo-saxon qui n’a pas encore tout à fait gagné la France.
Plus d'articles du même thème
-
Schneider Electric indispose les investisseurs en ciblant l’américain PTC
Payée en numéraire, cette acquisition qui dépasse 20 milliards d’euros risque de peser sur la structure de bilan de l’équipementier électrique français. -
Le risque France se propage aux obligations d’entreprises
L’immunité pour le marché du crédit est terminée. Celui-ci s’écarte à son tour, affecté par la volatilité sur les taux. Les émetteurs français sous-performent alors que le spread entre la France et l’Allemagne a atteint un plus haut de près de quinze ans même si les groupes internationaux peuvent jouer les actifs refuges. -
Le gouvernement s’attaque aux avoirs en déshérence
Un prélèvement de 17 % sera appliqué de manière réversible sur les fonds en déshérence récupérés par la Caisse des dépôts et des consignations, qu’ils soient placés en assurance vie ou sur les comptes bancaires.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
- La France met le prix pour placer sa dette
- Le Crédit Agricole d’Ile-de-France se met en quatre pour ses clients patrimoniaux
- La dette française est sous la pression croissante des investisseurs
- A Patrimonia, l’opportunisme prime sur les inquiétudes
- L’Autorité des marchés rappelle à l'ordre les acteurs du financement participatif
Contenu de nos partenaires
-
Qui est Jay Clayton, le nouveau « tsar » de l’IA aux Etats-Unis ?
Nommé par Donald Trump pour piloter la Super Intelligence Force, le directeur du renseignement national hérite d'un domaine stratégique sans posséder d'expertise technique -
StratégieViolences, risques de récupération… : comment les syndicats veulent contourner les pièges du mouvement des lycéens
Face à la fronde des lycées, les organisations syndicales tentent d'encadrer la mobilisation prévue mardi à Paris, prudentes face au risque d'être accusée de faire de la récupération -
Têtes brûléesBlocage des lycées : la colère sans mode d'emploi
Après deux semaines de blocus lycéens, organisations lycéennes, étudiantes et syndicales manifestent ce mardi 6 octobre. Une tentative de structurer un mouvement jusqu'ici gazeux, souvent violent, et insaisissable pour le gouvernement