La société Dirham Express écope d’une amende de 80.000 euros
Dans une décision du 8 novembre 2017 solidement détaillée et argumentée, l’ACPR a infligé une sanction de 80.000 euros d’amende à la société Dirham Express. Dans le détail, il s’agit d’un établissement de paiement immatriculé au Royaume-Uni, exerçant son activité de transfert de fonds – principalement d’espèces à espèces – depuis la France vers le Maroc principalement.
Le contrôle diligenté visait certes sur la conformité du dispositif LCB-FT mis en place par la société mais qu’au-delà «un point d’attention particulier était porté sur le risque de financement du terrorisme».
- Sur les manquements dans le dispositif LCB-FT
,
Dirham Express a établi une classification des risques incomplète, ne couvrant pas l’activité qu’il exerce et la catégorie de clientèle à qui il s’adresse. Dans son organisation, la société ne retenait comme présentant un risque élevé que les personnes politiquement exposées (PPE), sans considérer les risques liés aux pays de de de destination des fonds. Ainsi, les virements à destination du Sénégal et la Côte-d’Ivoire – classés à risque par le groupement intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’ouest (GIABA) – et le Congo – faisant l’objet de mesures restrictives – devaient être intégrés dans la classification des risques établies par la société et nécessitaient une vigilance renforcée.
La multiplicité de virements internationaux et de crédits à la consommation ont été également considérés par l’ACPR comme des éléments qui auraient dû attirer l’attention de Dirham Express et qui exigeaient un contrôle renforcé.
En outre, les seuils quantitatifs de 3.000 euros par opération sur 90 jours et 7.000 euros sur 180 jours étaient bien trop hauts pour permettre une détection efficace des opérations à risques. «La plupart des opérations réalisées étaient très inférieures à ces montants» relève la commission de l’ACPR, échappant de fait à une vigilance renforcée. Les justificatifs de provenance des fonds et les motifs des opérations étaient trop généraux pour comprendre la justification économique des opérations étudiées par l’ACPR.
Troisième point, la société a été pénalisé pour n’avoir pas correctement vérifié l’identité de ses clients. La commission a détecté des erreurs de saisie dans les profils clients et l’absence de copies numérisées des pièces d’identité de 104 clients.
L’ACPR a conclu à une procédure LCB-FT de la «trop imprécise et incomplète au regard de l’obligation de connaissance du client en relation d’affaires» qui revenait à l’opérateur.
- Sur l’absence de désignation de déclarant et correspondant Tracfin
,
La société a commis l’erreur de désigner un correspondant Tracfin, salarié de Dirham Express Maroc, ne résidant pas par conséquent sur le territoire français. Dans ces conditions, l’autorité de contrôle a considéré que l'établissement situé en France n'était pas en mesure de respecter ses obligations déclaratives.
Mise à part la caducité de sa nomination, dans tous les cas le déclarant désigné n’a pas veillé au caractère adapté du dispositif LCB-FT de la société, ni au contrôle permanent de celui-ci. L’ACPR retient notamment qu’il n’a pas fait suffisamment usage de son pouvoir de contrôle a posteriori aux fins de détection d’opérations suspectes ou atypiques.
- Sur les défauts de déclarations de soupçon
,
Il est reproché à l’intermédiaire financier de ne pas avoir remonté à la cellule Tracfin une dizaine de dossiers jugés sensibles. Pour la plupart, il s’agissait de transferts de fonds en totale incohérence avec les éléments de connaissance clients dont disposait Dirham Express. L’ACPR a relevé d’importantes lacunes dans les éléments de connaissance clients recueillis par la société Dirham. La société a ainsi réalisé des transferts d’espèces sans connaître la profession, le domicile et le patrimoine de certains clients, ni l’origine et la destination des fonds. Des informations imprécises et non vérifiées ont amené Dirham a exécuté des transferts de fonds dont les montants excédaient les revenus du client ainsi que son patrimoine, Dirham Express n’ayant pas examiné l’existence d’une épargne préalable.
Les diligences de l’ACPR ont révélé que deux des destinataires de fonds étaient inscrits sur la liste WorldCheck soit comme narcotrafiquants, soit comme membres des cellules d’Al-Qaïda au Maghreb. Informations qui – comme le souligne la commission des sanctions – étaient disponibles sur Internet.
Toujours dans le domaine du financement d’activités illicites, la société a ignoré les mesures de gels des avoirs qui avaient été prises à l’encontre de certains de ses clients, «par manque de contrôle et de filtrage lorsqu’elle remboursait des fonds à ses clients à la suite d’opérations rejetées ou annulées».
L’argument de la société selon lequel les établissements bancaires teneurs de compte étaient soumis aux obligations de vigilance et de déclaration Tracfin a été écarté par l’ACPR, comme ne constituant pas une circonstance atténuante.
Pour l’ensemble de ces manquement la commission des sanctions de l’ACPR a prononcé un blâme à l’encontre de Dirham Express et une amende de 80.000 euros – tout en tenant compte de certains correctifs apportés par la société postérieurement au contrôle.
Lire la décision ici
Plus d'articles du même thème
-
L'Efama juge que les futures règles anti-blanchiment menacent la distribution de fonds européens
L’autorité de la lutte contre le blanchiment d’argent (Amla) vient de clôturer sa consultation publique sur le projet de standards techniques réglementaires européens (RTS) sur les obligations en matière de due diligence sur la clientèle. -
Le niveau de conformité des gestionnaires d’actifs jugé « satisfaisant » au niveau européen
Les autorités de régulation nationales ont mené avec leur superviseur européen, Esma, une action sur le sujet en 2025. -
Le Parlement européen propose un compromis bancal sur la titrisation
La Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a voté le 5 mai une proposition devenue très politique sur la révision de la titrisation, à tel point que les amendements adoptés ont pu faire reculer certaines avancées proposées par la Commission européenne. Le trilogue s’annonce compliqué.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
VanEck émet un nouvel ETF pour miser sur l’économie spatiale
- Philippe Zaouati quitte Mirova
- Bercy acte la fin du référencement des autres FIA en assurance-vie
- La déferlante IA menace l'équilibre des portefeuilles actions et obligataires
- L’AMF va se doter d'un plan pour renforcer l’investissement des femmes
- SCPI : une nouvelle solution de marché secondaire mise sur l'analyse des portefeuilles
Contenu de nos partenaires
-
La Fabrique de l'OpinionGénéral Charles Beaudouin: « L'édition 2026 d'Eurosatory est celle de la montée des périls »
Général Charles Beaudouin: « Dans moins de trois ans, une confrontation entre la Russie et l'Europe est possible. Les armées doivent s'y préparer » -
Un trajet, un billet : l'Europe dévoile son projet pour simplifier le train
Bruxelles - Bruxelles doit présenter mercredi son projet pour simplifier les trajets de train en Europe, grâce à une réservation sur une seule plateforme, en tentant de contraindre les compagnies ferroviaires à proposer les billets de leurs concurrents sur Internet. -
Israël poursuit ses frappes au Liban, qui ont fait au moins 380 morts depuis la trêve
Beyrouth - L’armée israélienne a poursuivi mardi ses frappes au Liban, tuant dans le sud 13 personnes, qui viennent s’ajouter aux 380 morts depuis l’instauration du cessez-le-feu le 17 avril, selon les autorités. Alors que le Liban se prépare à de nouvelles négociations avec Israël jeudi à Washington, le chef du Hezbollah pro-iranien, qui s’y oppose fermement, a affirmé que le désarmement de sa formation ne faisait pas partie des discussions et a promis de transformer «en enfer» la bataille avec l’armée israélienne. Celle-ci a indiqué avoir conduit une opération dans la zone du fleuve Litani et a mené mardi une frappe ayant tué deux secouristes à Nabatiyé (sud), où ils effectuaient une intervention, a annoncé la Défense civile. Le ministère de la Santé a confirmé la mort des deux secouristes qu’il a inclus dans un bilan de 13 morts, dont un soldat et un enfant, dans des frappes israéliennes ayant visé trois localités dans le sud du pays. «Une frappe sur la ville de Nabatiyé a fait cinq (morts) dont deux secouristes de la Défense civile et deux blessés», une autre dans la localité de Jebchit a fait quatre morts «dont un soldat et un ressortissant syrien», et douze blessés, et une troisième à Bint Jbeil a tué «quatre citoyens dont un enfant et une femme», et blessé deux autres, a indiqué le ministère. «Depuis le cessez-le-feu, 380 personnes ont été tuées et 1.122 blessées», a annoncé plus tôt le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, faisant état de 108 personnels de santé et secouristes tués depuis le début de la guerre. Plus de quatre enfants ont été tués ou blessés chaque jour en moyenne durant les 25 premiers jours de la trêve, a indiqué l’ONG Save The Children. Au total, les frappes israéliennes ont tué 2.882 personnes depuis le début de la guerre, dont 200 enfants, selon le ministère de la Santé. D’après le Hezbollah, ce bilan inclut ses membres tués. Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans la guerre régionale en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de l’offensive israélo-américaine contre Téhéran, le 28 février. Israël a répondu en menant des frappes massives et une opération terrestre dans le sud. «Nous ne nous rendrons pas» Beyrouth a demandé aux Etats-Unis de faire pression sur leur allié israélien pour qu’il mette fin à ses frappes. Le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des positions militaires israéliennes, y compris en Israël, aux frontières avec le Liban. «Nous ne nous rendrons pas», a affirmé le chef de l’organisation, Naïm Qassem. «Les armes et la résistance ne concernent personne hors du Liban (...) C’est une question libanaise intérieure qui ne fait pas partie des négociations avec l’ennemi», a-t-il ajouté. Dans un communiqué annonçant la reprise des négociations jeudi, le département d’Etat américain avait affirmé que la paix entre le Liban et Israël «dépendait du rétablissement complet de l’autorité de l’Etat libanais (sur son territoire) et du désarmement total du Hezbollah». Washington fait pression pour que les discussions aboutissent à un accord de paix, alors que Beyrouth veut d’abord consolider le cessez-le-feu et obtenir le retrait d’Israël du Liban. Après l’entrée en vigueur de la trêve, l’armée israélienne a établi en territoire libanais une «ligne jaune» à une dizaine de km de la frontière. Elle a indiqué mardi qu’au cours de la semaine écoulée, ses soldats avaient mené une «opération spéciale visant à retirer des infrastructures terroristes dans la zone du Litani». Interrogée par le bureau de l’AFP à Jérusalem, l’armée israélienne a indiqué ne pas pouvoir confirmer si les soldats avaient franchi le fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière, mais a publié des photos montrant des soldats marchant sur un pont le traversant. © Agence France-Presse