IFI : Le Sénat revient à la charge
Pour les locataires du Palais du Luxembourg, l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) constitue une forme d’imposition plus complexe encore que l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), ainsi que l’a mis en évidence le rapport d’évaluation de la commission des finances du Sénat. A cet effet, ils ont adopté, en séance publique, quelques assouplissements, dont la portée reste toutefois assez faible.
ARTICLE ADDITIONNEL APRÈS ARTICLE 2QUINQUIES
1/ Holding: légalisation de la notion d’activité prépondérante
L’IFI comporte différents régimes d’exclusion et d’exonération dont le bénéfice est généralement subordonné à l’exercice d’une activité opérationnelle par la société détenue par le redevable. Sur ce plan, les commentaires administratifs ont eu pour effet de renforcer encore la complexité du nouvel impôt.
Ainsi, lorsqu’une société exerce, en complément de l’activité éligible, des activités d’une autre nature, l’administration fiscale considère que l’activité opérationnelle doit présenter un caractère « significativement prépondérant » pour que la société puisse être qualifiée d’opérationnelle, ce qui implique de respecter un seuil de valeur vénale et de chiffre d’affaires de 80 %.
Pour les sénateurs, cette exigence apparaît excessive et plus rigoureuse que dans des dispositifs similaires. Ainsi, dans le cadre du régime Dutreil, la doctrine administrative se contente de vérifier le caractère « prépondérant » de l’activité opérationnelle, ce qui implique de respecter un seuil de seulement 50 %.
«L’interprétation retenue par l’administration fiscale en matière d’IFI est d’autant plus surprenante que la rédaction faisant référence à l’activité opérationnelle de la société est identique pour les deux dispositifs et qu’il n’a jamais été fait mention lors du débat parlementaire qu’une interprétation plus rigoureuse pourrait en être faite», souligne Albéric de Montgolfier.
Aussi, le présent amendement vise à inscrire dans la loi que le caractère «prépondérant » de l’activité opérationnelle est suffisant pour qu’une société puisse être qualifiée d’opérationnelle pour l’application de l’IFI.
2/ Exonération des participations des non-résidents inférieures à 1%
La situation est particulièrement problématique pour les non-résidents, dont les placements financiers étaient auparavant exonérés d’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) mais qui doivent désormais se rapprocher des sociétés et fonds dans lesquels ils ont investi pour évaluer leur patrimoine immobilier détenu en France.
Aussi, dans un souci de ne pas pénaliser l’attractivité de la France et de simplifier les obligations déclaratives, le présent amendement prévoit l’instauration d’une règle « de minimis » excluant de l’assiette de l’IFI les participations inférieures à 1% des non-résidents.
Cette exclusion s’inspire d’une tolérance analogue prévue à l’article 990 E du Code général des impôts pour la taxe de 3 % sur la valeur vénale des immeubles possédés en France.
Elle figure parmi les propositions de modification du cadre juridique de l’IFI formulées à l’issue d’un colloque organisé par l’Institut de recherche en droit des affaires et du patrimoine de l’Université de Bordeaux (IRDAP) et les Éditions Juristes & Fiscalistes Associés (JFA).
3/ Modification des modalités de calcul du plafonnement
Le présent amendement vise à modifier les modalités de calcul du mécanisme de plafonnement de l’IFI en fonction des revenus, afin de permettre aux contribuables plafonnés de bénéficier de la réduction d’impôt au titre des dons.
Les modalités de calcul actuelles aboutissent à ce que l’IFI des 2.326contribuables plafonnés reste le même, qu’ils aient ou non effectué des dons.
L’aménagement proposé permettrait ainsi d’atténuer les effets négatifs de la transformation de l’ISF en IFI qui a provoqué une forte baisse des dons (-134 millions d’euros, soit une diminution de 50 %). Même après prise en compte de l’augmentation concomitante des dons déclarés à l’impôt sur le revenu par les redevables, la diminution reste substantielle (-87millions d’euros).
Le Sénat demande à ce que le plafond de la réduction d’impôt sur la fortune immobilière au titre des dons soit portée de 50.000à 75.000 euros. Les sénateurs souhaitent également le report de l’excédent éventuel sur les années suivantes, par parallélisme avec ce qui est déjà prévu en matière d’impôt sur le revenu.
4/ Indexation du barème de l’IFI
«L’absence d’indexation sur l’inflation du barème de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) entre 2013 et 2017 avait favorisé l’entrée dans l’impôt de nombreux redevables qui ne disposaient pas de revenus suffisants pour pouvoir être qualifiés de fortunés», relèvent les sénateurs.
Alors que les prix de l’immobilier restent très dynamiques, l’absence d’actualisation du barème de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), dont 20 % des redevables présentaient en 2018 un revenu fiscal de référence inférieur à 62.000 en euros, risque de susciter les mêmes difficultés.
Aussi, le présent amendement propose d’indexer le seuil d’assujettissement et le barème de l’IFI sur l’évolution de l’indice des prix hors tabac de 2019 par rapport à 2018, soit 1 %, et d’adapter le mécanisme de décote en conséquence.
Plus d'articles du même thème
-
Les angles morts de la Contribution sociale de solidarité des sociétés
Exigible au 15 mai prochain, la C3S (ou Contribution sociale de solidarité des sociétés) reste souvent perçue comme une imposition marginale. Pourtant, c'est loin d'être le cas. Car des montants atteignant des centaines de milliers d’euros peuvent se retrouver en jeu. -
Le Parlement change de braquet contre la fraude fiscale
Un accord trouvé en commission mixte paritaire ouvre la voie à un arsenal renforcé contre la fraude fiscale, et élargit les obligations déclaratives en matière de lutte anti-blanchiment à de nouveaux acteurs. -
Bercy ajoute le Vietnam à la liste des Etats non coopératifs en matière fiscale
A contrario, les Fidji, les Samoa et Trinité-et-Tobago quittent cette liste.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
VanEck émet un nouvel ETF pour miser sur l’économie spatiale
- Philippe Zaouati quitte Mirova
- Bercy acte la fin du référencement des autres FIA en assurance-vie
- La déferlante IA menace l'équilibre des portefeuilles actions et obligataires
- L’AMF va se doter d'un plan pour renforcer l’investissement des femmes
- SCPI : une nouvelle solution de marché secondaire mise sur l'analyse des portefeuilles
Contenu de nos partenaires
-
Première!2025, l’année où les conflits ont fait exploser les déplacements internes de population
Publié mardi, un rapport d'organismes internationaux dévoile que les guerres et violences ont augmenté les déplacements internes de populations de 60 % à l'échelle mondiale. Un recensement alarmant que les coupes budgétaires dans les structures humanitaires compliquent -
Sous pressionInflation américaine à 3,8 % : mauvais timing pour Donald Trump
Les prix à la consommation ont augmenté en avril à un niveau record depuis trois ans, alors que Donald Trump poursuit sa guerre en Iran et que son candidat Kevin Warsh se rapproche de la présidence de la Fed -
Cellule dormante2027 : sur les réseaux sociaux, l'autre campagne qui vient
Entre mise en scène personnelle, stratégies d’influence et mobilisation de communautés en ligne, Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella et Gabriel Attal redéfinissent les codes de la présidentielle