De l’agriculture en ville
Les Français n’aimeraient plus la ville. Deux tiers d’entre eux déclarent que ce mode de vie ne les attire pas et lui préféreraient la campagne, selon une étude Harris Interactive de 2021 (1). Même si 90% des Français vivent en zone urbaine, montrant bien que le fossé est toujours grand entre une déclaration dans un sondage et une réalité de terrain, le stress, la pollution ou le manque d’accès à la nature ne peuvent qu’alimenter ce désamour revendiqué des citadins pour leur environnement.
Les sociétés de gestion immobilière sont les premières concernées par ce défi. Un immeuble n’est pas un actif financier comme les autres mais un cadre de vie qui doit être désirable pour ses occupants. C’est dans ce sens que Curiosity is Keys, le véhicule de R&D et intelligence immobilière de Keys Asset Management, étudie les modes de vie urbains de demain et s’est penché dans sa dernière étude sur l’agriculture urbaine.
L’agriculture urbaine pour réconcilier lesFrançais aveclaville
L’agriculture urbaine a le vent en poupe : l’année dernière, la Mairie de Lyon a alloué 1,2 million d’euros à son plan «Ville comestible» tandis que la startup française Jungle levait 42 millions d’euros pour implanter ses fermes verticales en ville. Le marché mondial du secteur devrait peser 286milliards de dollars en 2026, dont 7 en France, selon une étude Allenvi de 2020 (2).
Pourquoi un tel engouement pour une production alimentaire d’appoint ? Si Paris utilisait l’ensemble des espaces éligibles à l’agriculture, sa production couvrirait à peine 3 à 5 % des besoins alimentaires des Parisiens. Mais les retombées positives de l’agriculture urbaine sont en réalité à chercher ailleurs, dans la manière dont elle peut améliorer la qualité de vie des urbains.
La docteure Véronique Saint-Ges, responsable de l’équipe de recherche «Agricultures Urbaines» de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (l’INRAE), avec qui nous avons mené notre étude, recense plusieurs externalités positives de l’agriculture en ville : elle génère des bénéfices environnementaux, en augmentant la biodiversité en ville ou en luttant contre les îlots de chaleur par exemple.
Mais surtout, l’agriculture urbaine améliore la qualité de vie permettant de créer de la valeur pour toutes les parties prenantes de la ville. En offrant aux urbains un accès à la nature, un loisir «anti-stress» ou du lien social (on pense par exemple aux jardins associatifs partagés), l’agriculture en ville répond aux besoins des citadins et rend la ville plus agréable. C’est ainsi qu’elle contribue à la valorisation de l’immobilier, conclut Véronique Saint-Ges.
Des solutions concrètes pour des villes plus attractives
Pour un investisseur immobilier, la question de la viabilité économique de l’agriculture urbaine ne peut évidemment pas être éludée.
Il est vrai que l’équation est délicate à résoudre : si certaines fermes high tech offrent une productivité élevée (Michael Baron, directeur recherche et développement de Aerofarms, revendique une productivité par mètre carré 130 fois supérieure à une ferme conventionnelle !), ces technologies requièrent des investissements importants sans économies d’échelle possibles car les surfaces cultivées en ville restent de taille limitée (500 à 1.500m² en moyenne).
Des solutions permettraient pourtant de pérenniser les modèles d’affaires des fermes urbaines. Dans notre étude, nous en identifions plusieurs : de l’obtention de subventions publiques à la formation ou l’événementiel, en passant par l’éco-pâturage et la production de cultures à très forte valeur ajoutée, comme le safran ou les micro-pousses, qui boosteraient la rentabilité des exploitations.
Les investisseurs immobiliers disposent donc de pistes de réflexion concrètes pour déployer dans leurs actifs des initiatives qui peuvent contribuer à rendre les villes plus durables, plus humaines et plus agréables.
(1) Les Français et l’immobilier, Harris Interactive, octobre 2021
(2) Agriculture urbaine : marché, acteurs et recherche, Alliance nationale de recherche pour l’environnement, 2020.
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