L’ambition de Kraken dépasse la sphère crypto
La régulation des cryptoactifs en Europe et aux Etats-Unis nettoie le marché, écrasant les plus petites fintechs, et permettant aux plus gros acteurs d’entrer dans la cour des grands. C’est l’ambition de Kraken. La plateforme d'échange de cryptoactifs, lancée en 2013, affiche un chiffre d’affaires de 2,2 milliards de dollars pour 2025 et regroupe 2 700 salariés à travers le monde. En avril dernier, la société a atteint une valorisation de 13,3 milliards de dollars après l’entrée au capital de Deutsche Börse pour 200 millions de dollars.
La stratégie de la fintech repose d’abord sur le développement de son activité traditionnelle d’offre de trading crypto, allant des particuliers aux institutionnels. Celle-ci est désormais étendue sur plusieurs marchés : en ordre de taille, l’Union européenne et le Royaume-Uni, puis les États-Unis, l’Australie et l’Amérique latine. Des projets d’expansion sont en cours au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique.
« Nous allons maintenant plus loin que seulement notre offre initiale de cryptoactifs : nous sommes présents sur le marché des changes, ainsi que sur les marchés boursiers et les actions, dans les produits dérivés, les matières premières et les indices », se félicite auprès de L’Agefi David Ripley, co-CEO de Payward, la maison-mère de Kraken. L’année dernière, Kraken a lancé les xStocks, des représentations tokenisées d’actions et d’ETF. En moins d’un an, le volume total de transactions a dépassé les 30 milliards de dollars.
Acquisitions en cascade
Pour proposer ces différents services, Payward mise sur les acquisitions. L’année dernière, la fintech a mis la main sur Ninja Trader, un courtier spécialiste des contrats à terme, pour 1,5 milliard de dollars. Début mai, c'était au tour de Reap, une société de paiements, spécialiste des stablecoins et des infrastructures de paiement par carte, d'être rachetée pour 600 millions de dollars.
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« Nous voulons proposer différents produits à nos utilisateurs et intégrer les infrastructures des sociétés acquises directement dans Kraken », a détaillé David Ripley. La deuxième étape consiste à vendre cette infrastructure en marque blanche à d’autres sociétés de services financiers : fintechs, banques, courtiers ainsi que les sociétés de gestion d’actifs. « Ils peuvent être intéressés par tout ce que nous avons à offrir en termes de liquidité, d’exécution et de rails », ambitionne le dirigeant.
Nous sommes en discussion avec un bon nombre de grandes banques, aux Etats-Unis et en Europe, pour qu’ils utilisent notre infrastructure
« Nous sommes en discussion avec un bon nombre de grandes banques, aux Etats-Unis et en Europe, pour qu’ils utilisent notre infrastructure ; nous verrons beaucoup de grands acteurs financiers se lancer au second semestre de cette année », dévoile David Ripley.
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Il estime que ces nouveaux entrants ne constituent pas une menace sur l’activité traditionnelle de trading de Kraken : « une banque qui intègre une offre d’achat et de vente de Bitcoin, c’est très différent de notre offre complète de plus de 500 tokens et actifs », glisse-t-il.
Les œufs et la poule
Kraken fait partie des acteurs crypto qui veulent être à la fois fournisseur et concurrent des banques : la fintech ambitionne d’obtenir une licence bancaire américaine, comme c’est le cas de nombreux acteurs crypto. Circle, Ripple et BitGO ont notamment déjà déposé une demande au régulateur bancaire américain et obtenu un premier feu vert. « C’est la prochaine étape : nous y réfléchissons sérieusement », déclare David Ripley, sans mentionner de date.
La fintech a déjà une longueur d’avance : il s’agit du premier acteur crypto à être branché aux tuyaux de paiement de la Réserve fédérale américaine (Fed). Kraken en profite via sa filiale bancaire Kraken Financial : celle-ci a un agrément étatique de «full reserve bank», dans le Wyoming, qui ne lui permet pas d’accorder des prêts, mais seulement d’avoir un compte maître auprès de la Fed pour effectuer des paiements en passant par Fedwire, l’un des principaux système de paiement aux Etats-Unis.
« Nous avons l’ambition à terme de traiter directement avec la Fed sans passer par un partenaire : nous avons d’ailleurs largement recours à des partenaires bancaires pour proposer certains services », évoque David Ripley. Au global, Kraken travaille avec une trentaine de banques sur son activité de paiement.
Projet d’IPO maintenu
La fintech sait montrer patte blanche auprès des régulateurs : elle affiche aujourd’hui plus de 100 agréments et licences pour exercer sur ses différents marchés. En Europe, elle a obtenu l’agrément MiCA auprès du régulateur irlandais dès l’année dernière.
Un autre gros projet attend Kraken : son introduction en Bourse (IPO). Un premier dossier a été déposé auprès du régulateur des marchés américains, la SEC, en novembre. Après des rumeurs d’abandon du projet « à cause des conditions de marché difficiles », Arjun Sethi, co-PDG de Kraken, a confirmé que le projet était maintenu lors d’une table ronde en avril dernier.
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L’IPO pourrait voir le jour en 2027, soit six ans après l’entrée en Bourse fracassante de son concurrent Coinbase, dont la valorisation avait dépassé 85 milliards de dollars le jour de sa première cotation. Le titre, côté au Nasdaq et entré au S&P 500 en mai 2025, a perdu plus de 20% sur un an.
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