Les acteurs crypto veulent séduire les banques
L’étape des ponts discrets entre finance décentralisée (DeFi) et finance traditionnelle (TradFi) est passée. Désormais, place à la convergence. C’est le mot à retenir de la 7e édition de la Paris Blockchain Week (PBW), qui s’est déroulée mercredi et jeudi au Carrousel du Louvre.
Selon les organisateurs, plus de 10.000 personnes se sont réunies pour échanger autour des actifs digitaux, de la tokenisation, des stablecoins et la technologie blockchain. Et plus de 220 établissements bancaires étaient également présents, notamment Caceis, la filiale du Crédit Agricole, celle de la Société Générale, SG-Forge ainsi que le consortium bancaire européen Qivalis.
« Un partenaire de distribution »
Alors que les acteurs crypto originels diversifient leurs offres pour offrir IBAN, comptes bancaires et cartes de paiement à leurs clients, les banques multiplient les pas vers la finance décentralisée (DeFi) en travaillant sur le sujet des stablecoins, des fonds monétaires tokenisés et, timidement, commencent à offrir du trading de cryptoactifs à leurs clients particuliers. Mais plutôt que tendre vers la concurrence frontale, les acteurs crypto font le choix du partenariat.
« Chez eToro aujourd’hui nous proposons tout, de la DeFi à la TradFi, du trading à l’investissement. Nous avons également une assurance-vie en partenariat avec Generali. Mais la plupart de nos clients ont un compte bancaire dans une banque traditionnelle et ils continueront d’en avoir un pour recevoir leur salaire et faire des prêts immobiliers », estime Yoni Assia, PDG d’eToro.
A lire aussi: BBVA rejoint le consortium européen Qivalis sur le stablecoin
« Les banques doivent surtout nous considérer comme un partenaire de distribution. C’est déjà le cas de BlackRock et de Franklin Templeton : nous travaillons avec eux, car ils veulent proposer différents produits à leurs clients de la génération Y et de la génération Z », ajoute-t-il. La plateforme propose 7.000 actifs et regroupe 40 millions d’utilisateurs dans 75 pays.
La régulation permet la convergence
Les partenariats apportent aux deux côtés de l’écosystème : les banques cherchent à rattraper le retard pris sur la tokenisation et accèdent ainsi à un marché sans problème de liquidité ou de profondeur. De leur côté, en devenant partenaires bancaires, les acteurs crypto enterrent leurs frasques du passé et peuvent entrer dans une phase d’institutionnalisation, en visant une audience plus large, et moins cryptonative.
La régulation a permis cette fameuse convergence entre les deux mondes. Le règlement européen MiCA, dont la date couperet est au 30 juin en France, a fait le tri entre les petits acteurs qui ne pourront pas survivre – de nombreux mariages se préparent en coulisses, dans les couloirs de la Paris Blockchain Week – et les plus grands, qui entrent dans une nouvelle ère de reporting et de licences.
A lire aussi: Les acteurs cryptos entrent dans la dernière ligne droite pour l'agrément MiCA
Une des plus grandes plateformes d’échange au monde, Binance, dope son offre à destination des institutionnels depuis des années, avec notamment le lancement d’un service OTC (over-the-counter, l’exécution des ordres d’achats de gré à gré) et de Binance Wealth. « L’année dernière, notre activité à destination des institutionnels a augmenté de 21 %, nous voyons de plus en plus de demandes depuis l’approbation des premiers ETF bitcoin. Nous avons accéléré le déploiement de nos offres, car nous nous sommes rendus compte que le marché était de plus en plus prêt », détaille Catherine Chen, responsable de l’activité VIP & Institutional chez Binance.
Sur les revenus globaux de Binance, la part de marché dédiée aux acteurs bancaires reste infime, la part belle étant surtout réalisée sur le trading aux particuliers. « En réalité, cela fait quatre ans et demi que je suis dans le secteur crypto et les grands noms d’acteurs traditionnels ont toujours été dedans, c’est juste qu’ils l’ont fait jusqu’à présent plutôt discrètement », estime Catherine Chen.
La plateforme travaillerait notamment avec BBVA pour la conservation d’actifs. Pour l’instant, son offre institutionnelle à destination des banques européennes est suspendue à l’obtention de son agrément MiCA. Binance a annoncé en janvier avoir déposé une demande d’agrément en Grèce, et est dans l’attente.
Frileuses sur la communication
De nombreux acteurs crypto affirment travaillent avec les banques. Mais les annonces publiques restent rares. « La capacité à pouvoir communiquer sur les partenariats que l’on fait avec les banques pèse de plus en plus dans la balance lors des négociations : les banques travaillent avec nous car elles savent que l’on est en avance technologiquement, mais elles sont encore frileuses à le dire », estime un acteur crypto, qui commercialise une brique technologique en marque blanche auprès des acteurs bancaires, pour le trading de cryptoactifs et l'émission de stablecoins.
A lire aussi: L'épineuse question du rendement des stablecoins
Le marketing offensif des acteurs crypto, que ce soit dans les stations de métro parisiennes, ou même sur les stands de la Paris Blockchain Week peut rendre frileuses les banques. « Ce sont deux mondes qui doivent converger, et en termes de marketing, de compliance, il existe encore un écart », ajoute-t-il.
« Il existe deux segments aujourd’hui dans le secteur bancaire européen : les banques qui ont été pionnières, comme la Société Générale ou BBVA, et le second segment, les banques qui ont laissé passer le train et doivent maintenant lancer leurs produits rapidement », affirme de son côté Cassie Craddock, managing director UK & Europe chez Ripple. La fintech propose également une solution technologique pour les paiements en cryptoactifs, de la conservation et de l’émission de stablecoins.
Cependant, il arrive que les offres se croisent et se fassent concurrence. Comme Bitpanda, qui propose du trading crypto destiné au retail et également une brique technologique à destination des banques sur ce même segment. « En réalité, les utilisateurs de Bitpanda sont un public bien plus restreint que la grande majorité des personnes qui ont un compte bancaire. C’est pourquoi il faut proposer des actifs numériques et des cryptomonnaies là où le client se trouve déjà », estime Lukas Enzersdorfer-Konrad, le CEO de Bitpanda.
Plus d'articles du même thème
-
Un marché des AT1 en surchauffe permet aux banques de bloquer leurs spreads pour 10 ans
NatWest et Santander ont émis des obligations subordonnées Additional Tier 1 (AT1) remboursables par anticipation seulement après 10 ans, au lieu des 5 ans habituels. Pour les banques, cela repousse les échéances de leur refinancement. Pour les investisseurs, les risques de dépréciation et de non-remboursement à date de «call» augmentent. -
Le fonds américain JC Flowers signe son retour en France avec Monte Paschi
La société d’investissement spécialisée dans les services financiers rachète les activités de la banque italienne dans l’Hexagone. -
Strategy rompt avec sa politique de ne jamais vendre et chute en Bourse
L'entreprise de Michael Saylor s'est séparée de 32 bitcoins pour 2,5 millions de dollars entre le 26 et le 31 mai. Un revirement peu goûté par les investisseurs. Mardi, le titre chute de plus de 7 %.
ETF à la Une
WisdomTree commercialise WDIG pour investir dans les métaux stratégiques clés
- LCL détaille les promesses de son plan stratégique sans parvenir à emballer
- Chez Ardian, une succession au long cours qui n’ose pas dire son nom
- Avec BMW, Airbus et EDF, Mistral AI se déploie dans l’ingénierie industrielle
- Le corpus réglementaire de lutte contre le blanchiment change le paradigme des institutions financières
- TotalEnergies pourrait doublement profiter de la guerre au Moyen-Orient
Contenu de nos partenaires
-
Chevauchée des WalkyriesLes hélicos français s’adaptent aux nouvelles guerres, voici comment
Les hélicoptères sont apparus comme des proies faciles en Ukraine. La révolution des drones leur ouvre un nouveau champ des possibles, pour taper plus loin et plus fort -
Commande de 114 Rafale : le méga-contrat avec l'Inde franchit une nouvelle étape
Fin mai, l'Inde a formellement transmis à la France sa lettre de demande pour l'acquisition de 114 avions de combat Rafale. Ce contrat, estimé à 33 milliards d'euros, est historique pour Dassault -
Question 8Revenus : à 55 ans, comment préparer sa retraite ?
A 55 ans, il reste généralement entre cinq et dix ans de travail avant la retraite. C’est le bon moment pour faire un bilan et prendre les mesures éventuelles nécessaires