En banque, le recrutement dédié à la blockchain reste marginal

Les banques déploient des effectifs mesurés pour développer leurs offres de cryptoactifs. Elles favorisent les formations internes et peinent à attirer des acteurs crypto.
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Alors que toutes les banques françaises se lancent sur la blockchain, via les stablecoins, ces jetons adossés à des valeurs traditionnelles, ou les fonds monétaires tokenisés, le recrutement sur ces sujets reste pour le moment limité.

« Pour l’instant, les équipes déployées sont surtout des salariés en interne qui connaissent très bien la finance et qui ont des connaissances personnelles complémentaires sur la blockchain et les crypto actifs », explique Théo Planel, business developer crypto assets chez Oddo BHF, qui a lancé son stablecoin mi-octobre 2025.

Autrement dit, généralement des banquiers qui ont cru au bitcoin à ses premières heures. Les projets innovation liés à la blockchain en banque sont par ailleurs souvent portés par des initiés. A titre d’exemple, la pionnière Delubac a commencé à s’intéresser à ces sujets, après l’arrivée de Joël-Alexis Bialkiewicz au poste de directeur associé, qui a commencé le minage de bitcoin à titre personnel dès 2011.

« Il va y avoir de l’entrée »

Peu de chiffres sur les recrutements en blockchain sont communiqués. Une poignée d’offres en cabinets de conseil et en banques existent aujourd’hui, à destination d’ingénieurs ou d’experts. «Les recrutements ne sont pas massifs, mais cela avance doucement. Visa, Mastercard, BPCE et Crédit Agricole CIB se lancent : il va y avoir de l’entrée. Cela commence à être pertinent de faire de la formation dans le domaine plutôt que de faire appel seulement à ceux qui sont intéressés », explique Hervé Alexandre, directeur de la Chaire Fintech à l’Université Paris-Dauphine.

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Lui propose un certificat blockchain à destination des professionnels depuis 2022 : une quinzaine de consultants, d’experts-comptables et d’avocats sont formés par an. Il réalise également des cours au sein du master Finance et des formations au sein des banques. «Souvent dans les banques, il y a une dizaine de personnes au sein d’une équipe d’innovation. Elles avancent à fond et sont expertes du sujet. En dehors de leur groupe, en revanche, un vrai travail de formation et de conviction reste à faire» , estime-t-il.

Deux tiers des collaborateurs issus de l’interne

Pour lancer son offre de trading crypto destinée aux particuliers, via sa filiale Hexarq, BPCE a fait appel à « plusieurs dizaines de collaborateurs et à des prestataires externes spécifiquement dédiés à la construction de la plateforme ». En termes de répartition, deux tiers du personnel déployé sur l’offre sont issus de l’interne.

BPCE a pu bénéficier de l’expertise de certains de ses salariés. En 2021, Natixis a notamment travaillé sur le « projet Jura » pour tester une monnaie numérique destinée aux échanges transfrontaliers. « Nous rentrons désormais dans une phase de « run » avec une équipe plus réduite que pendant la phase de construction mais qui grossira au rythme du développement d’Hexarq et de ses activités », précise un porte-parole à L’Agefi.

Pas question cependant de former l’ensemble des banquiers du groupe aux sujets crypto : ils devront rediriger leurs clients vers le site internet d’Hexarq en cas de questions. Ils ne peuvent pas donner des conseils d’investissement, car « d’un point de vue réglementaire, Hexarq dispose de l’agrément MiCA et non les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne ».

Des talents libérés post-MiCA

BPCE estime par ailleurs que « des profils de très bon niveau devraient se retrouver sur le marché à partir de cet été ou de la rentrée prochaine, si le marché se consolide comme certains l’anticipent ». Une manière prudente de dire qu’avec l’arrivée de l’échéance MiCA au 30 juin prochain, les fintechs qui n’auront pas reçu leur agrément à temps devront mettre la clé sous la porte et ainsi laisser partir leurs talents. Cependant, encore faudra-t-il les attirer en banque.

Des profils de très bon niveau devraient se retrouver sur le marché à partir de cet été ou de la rentrée

«Passer de la tech à la banque peut ne pas être extrêmement attrayant. Si l’on est dans des structures assez agiles, cela peut faire extrêmement peur de se retrouver dans des établissements beaucoup plus gros, avec plus de hiérarchie, et donc plus de procédures et de lenteur», relève Faustine Fleuret, directrice des affaires juridiques à Morpho, une licorne de la finance décentralisée, et ancienne présidente de l’Adan, le lobby des cryptomonnaies.

Difficile d’attirer les acteurs crypto en banque

«Les jeunes recrues veulent aussi une localisation avantageuse et de la flexibilité sur le télétravail», précise-t-elle. Selon une étude de Pantera Capital, une société de gestion, le secteur de la blockchain reste majoritairement en « full remote » : 82 % des personnes interrogées travaillaient entièrement à distance en 2024. « Il est quasi impossible de recruter des acteurs qui viennent de l'écosystème crypto, parce que la proposition employeur est moindre à leurs yeux », confirme un dirigeant d’un groupe bancaire.

En revanche, au sein des banques, les filiales crypto attirent. « Au sein du groupe BPCE, beaucoup de jeunes salariés souhaitent rejoindre Hexarq. Ils considèrent que c’est la banque de demain » , glisse un porte-parole du groupe. Les connaissances étant plus de l’ordre de la culture générale que techniques.

Des ponts existent tout de même entre finance traditionnelle et finance décentralisée (DeFi). La filiale de la Société Générale, SG Forge, pionnière dans les stablecoins, qui comptait 21 salariés en décembre 2024 a recruté par exemple Stéphanie Cabossioras, l’ancienne directrice France de Binance. « Ce n’est plus un phénomène rare ; l’industrie crypto et DeFi cherche des forces vives dans la finance traditionnelle et les banques cherchent à recruter des profils crypto », ajoute Faustine Fleuret. Une manière de montée en compétences pour l’un sur la crédibilité et la conformité, et pour l’autre sur l’expertise technologique.

2026, l’année des consultants blockchain

« Il existe une poignée de personnes qui savent de quoi elles parlent sur la blockchain. Et cela se voit : 2026 est en train de devenir l’année des consultants. KPMG, Accenture… Tout le monde se les arrache chez les grands acteurs bancaires », observe de son côté Clarisse Hagege, cofondatrice de DFNS, une start-up qui a développé une solution de sécurisation de cryptomonnaies à destination des institutionnels.

Si 2026 est l’année des consultants, la grande bataille autour du recrutement entre les banques n’a pas encore lieu : « même si les bons profils sont rares, il n’y a pas non plus énormément de besoins en volume », conclut Hexarq.

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