Polytechnique forme les professionnels à la blockchain
Beaucoup parlent de la blockchain, mais peu la comprennent vraiment. Ce constat, ce sont d’abord les institutions financières qui l’ont dressé, lorsqu’elles ont voulu se développer plus avant sur ces nouvelles infrastructures de marchés numériques.
Banques et sociétés de gestion, par exemple, ont aujourd’hui besoin de personnes qui maîtrisent davantage que les bases de la blockchain. C’est l’une des raisons qui a poussé l’Ecole Polytechnique Executive Education à proposer une nouvelle formation sur la blockchain et la finance décentralisée (Defi) destinée à ces professionnels : « Blockchain Advanced Program - Finance décentralisée (DeFi) ». Cette formation est co-dirigée par Daniel Augot et Julien Prat, enseignants-chercheurs à l’Ecole polytechnique et porteurs de la Chaire «Blockchain & B2B».
A l’origine, la formation avait été conçue pour répondre aux besoins de Forge, la filiale crypto de la Société Générale, et former ses nouveaux collaborateurs, parfois issus de mobilité interne. Après deux sessions regroupant plusieurs dizaines de personnes de la banque, ce cursus certifiant de 12 jours en présentiel, dont la prochaine session démarre l’automne prochain, est depuis avril 2023 ouvert à tous les professionnels. «Ceux-ci doivent tout de même justifier d’une expérience de plusieurs années dans le secteur financier», précise Samuel Vinet, directeur marketing et commercial de l’Ecole Polytechnique Executive Education. Ce cycle est donc destiné aux décideurs dans le secteur de la banque ou des assurances, aux analystes ou ingénieurs financiers, traders, gérants de portefeuille d’actifs, développeurs informatiques ou encore des fonctions plus juridiques, comme les responsables conformités ou les juristes spécialisés.
Dépasser les discours standards
«Pour dépasser les discours standards, il faut connaître quelques concepts de cryptographie, parfois peu intuitifs, ce qui permet de beaucoup mieux comprendre comment la blockchain fonctionne», explique à L’Agefi Daniel Augot. Cette formation n’a pas vocation à faire de tous les participants des développeurs, mais «la formation est assez intense», précise le professeur. «Une fois que nous avons aidé les participants à passer quelques obstacles, ils peuvent plus facilement continuer à se former seuls sur le sujet», continue-t-il.
Le cycle proposé par Polytechnique doit ainsi permettre aux participants de concevoir et de comprendre les smart contrats, ces programmes censés être irrévocables, et permettant à des informations de circuler sur la blockchain. «Cette formation vise, par exemple, à aider les participants à bien comprendre les difficultés propres aux blockchains dans la conception même des smart contracts», note Daniel Augot. Si le bitcoin ou l’ethereum apparaissent très fiables, ce n’est pas toujours le cas pour d’autres blockchains.
Pas de parti pris
L’une des forces de cette formation, outre sa marque, tient à sa neutralité vis-à-vis de la blockchain. La crypto est vue de manière froide, avec ses avantages, mais aussi ses risques. On peut, par exemple, y apprendre que les smart contracts, par un mécanisme d’appel à d’autres protocoles, peuvent évoluer dans le temps, contrairement à ce qu’il est couramment admis. De la même manière, les formateurs n’hésitent pas non plus à décrire les mécanismes permettant aux nœuds validateurs sur ethereum de gagner davantage de revenus que par le simple minage. La méthode employée ? Se livrer à des opérations dites de MEV (pour maximal extractable value), lesquelles s’apparentent à du «front running» — le fait pour une plateforme d’utiliser des informations privilégiées pour se placer entre l’acheteur et le vendeur d’un titre.
Au mois d’octobre dernier, Thierry Rayna, lui aussi professeur à l’Ecole Polytechnique déclarait dans une vidéo à L’Agefi que le degré de maturité des professionnels sur les technologies blockchain était «assez mauvais». Mais il n’y a pas de fatalité, la maturité s’acquiert.
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