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André Lévy-Lang, l’homme qui voulait que la science serve le monde
André Lévy-Lang nous a quittés le 8 août 2026, à l'âge de 88 ans. Avec lui disparaît une figure singulière de la finance française, un homme qui aura su conjuguer l’exigence intellectuelle la plus haute et une profonde humanité, la rigueur du scientifique et la vision du bâtisseur. Banquier d’exception, penseur du risque, passeur infatigable entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise, il laisse une empreinte durable sur le paysage économique et académique français.
D’Alexandrie à Paribas
Né le 26 novembre 1937 à Alexandrie, André Lévy-Lang s’impose très tôt par la seule force de son intelligence et de sa détermination. Elève de l'École polytechnique (promotion 1956), il obtient un doctorat en business administration de l’Université Stanford en 1966, une trajectoire rare qui forge en lui un regard international et pluridisciplinaire. Après le Commissariat à l'énergie atomique puis le groupe Schlumberger (1962-1974), il entre chez Paribas, dont il gravit tous les échelons pour en devenir président du directoire en 1990. Il conduit cet établissement, l’un des fleurons de la finance française, avec vision et autorité, jusqu'à la fusion avec la BNP en 1999 donnant naissance à BNP Paribas.
Professeur émérite à Paris-Dauphine, vice-président de Rothschild & Co, président de l’IFRI, il fut aussi un auteur engagé : L’Argent, la Finance et le Risque (2006), Il faut maîtriser la Finance (2012), La Révolution de la finance : acte II (2019) témoignent d’une conviction profonde : la finance doit être comprise, maîtrisée et mise au service du bien commun.
Président fondateur de l’Institut Louis Bachelier
C’est sans doute dans la création et la présidence de l’Institut Louis Bachelier qu’André Lévy-Lang a accompli l’une des œuvres les plus singulières et les plus durables de sa vie. Il en a porté l’ambition, accompagné le développement et défendu avec une conviction intacte cette idée qui lui était chère : faire dialoguer la recherche académique avec le monde économique et financier pour mieux comprendre les transformations de notre société et éclairer les décisions de demain.
Ce pari intellectuel n'était pas évident. Les deux mondes se regardaient souvent de loin, avec méfiance ou incompréhension. André Lévy-Lang, lui, était viscéralement convaincu que ce pont était non seulement possible mais nécessaire, porteur d’innovation, de progrès et d’une meilleure compréhension des risques qui traversent nos économies. Il avait lui-même incarné toute sa vie cette double appartenance : l’homme de terrain formé à la physique et aux mathématiques, le praticien nourri par la théorie. Sous sa présidence, l’ILB est devenu l’un des centres de référence en finance quantitative et en économie appliquée en Europe, fédérant chercheurs d’excellence, partenaires académiques et acteurs majeurs du secteur financier.
Sa présidence ne fut jamais symbolique. André s’impliquait personnellement, avec une énergie et une rigueur remarquables. Il présidait nos comités avec une bienveillance qui forçait le respect de tous. Ses questions étaient toujours précises, sa capacité à aller à l’essentiel déconcertante. Jamais donneur de leçons, toujours curieux, il écoutait autant qu’il parlait.
Lorsque Jean-Michel Beacco, Directeur général de l’ILB, nous a quittés prématurément, André a fait face avec une générosité et un sens des responsabilités exemplaires. Il a repris avec énergie et détermination la direction opérationnelle de l’Institut, assurant sa continuité dans les moments les plus difficiles. Ce geste dit beaucoup de l’homme qu’il était : discret sur ses qualités, présent lorsque cela comptait vraiment.
Une confiance, un héritage
Au cours de cette dernière année, j’ai eu le privilège de gouverner l’Institut à ses côtés. Nos échanges hebdomadaires m’ont permis de mesurer la profondeur de sa vision et la force de son engagement. Il m’avait accordé sa confiance en me proposant de prendre la direction générale de l’ILB à un moment particulièrement douloureux pour l’Institut, après la disparition de Jean-Michel Beacco.
« En te confiant les clés de l’ILB, je te confie son avenir, m’avait-il dit. Et je sais que nous partageons l’essentiel : ténacité, amour de la science et volonté d’agir pour le bien commun. » Ces paroles résonnent aujourd’hui avec une force nouvelle. Je mesure toute la responsabilité que représentait cette confiance et son désir de voir le projet qu’il avait contribué à bâtir perdurer et se renouveler.
C’est cette même passion pour la science et ces mêmes valeurs qui nous unissaient et qui guideront mon action à la tête de l’Institut. André m’a appris que diriger, c’est d’abord écouter ; que l’exigence intellectuelle doit s’accompagner d’humanité ; que la vraie force réside dans la capacité à créer des ponts.
Continuer
La disparition d’André Lévy-Lang est une épreuve profonde pour toute la communauté de l’Institut Louis Bachelier. Nous perdons une figure majeure de notre histoire. Mais son héritage intellectuel et humain reste intact, et avec lui l’ambition de poursuivre et de faire grandir son projet.
La meilleure manière de lui rendre hommage sera de continuer. Continuer à faire vivre les idées et la recherche scientifique, à créer des passerelles entre science et société, à ouvrir de nouveaux chemins, et à porter avec exigence et ambition le projet auquel André a tant donné.
André Lévy-Lang voyait toujours plus loin que les autres. Avec une équipe singulière et exceptionnelle qu’il avait contribué à constituer, nous allons poursuivre cette histoire avec la pleine conscience de ce que nous lui devons.
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