En adoptant Copilot, la Société Générale pourrait faire école
En matière d’IA, la Société Générale change de tactique, mais pas de stratégie. La banque française a décidé d’abandonner SoGPT, l’outil d’intelligence artificielle développé en interne, pour utiliser une solution dite «sur étagère», avec Copilot, selon l’agence Bloomberg. La banque française avait déployé son outil maison qui servait d’assistant interne pour ses équipes, pour rédiger des mails et des comptes-rendus, résumer des documents et gagner en rapidité.
SoGPT, c’est donc fini. Ce grand modèle de langage (LLM) maison est depuis décembre dernier progressivement désinstallé, au profit de Copilot, l’agent IA proposé par Microsoft dans sa suite bureautique, qui sera accessible à la majorité des salariés de la banque dans les prochaines semaines. La Société Générale n’a pas démenti, mais se refuse à tout commentaire.
La décision s’expliquerait par l’insatisfaction des utilisateurs de SoGPT, avance Bloomberg. L’écart se creusait entre des solutions externes sans cesse plus performantes et un SoGPT jugé trop lent à évoluer. L’éventualité que certains parviennent à recourir à des outils externes ne pouvait sans doute pas être écartée, avec le risque d’exposer des données sensibles.
A chacun ses propres LLM maison ?
La Société Générale n’est pas la seule à avoir voulu développer ses propres solutions d’IA. Nombre de banques françaises et étrangères ont communiqué sur leurs projets de développement d’assistants conversationnels internes et de LLM et sur les bienfaits de cette approche. BNP Paribas et BPCE ont communiqué sur le sujet.
Dans un environnement régulé où les données tant commerciales que prudentielles sont sensibles, le recours à des outils standards proposés sur le marché serait une impossibilité. Et pourtant, la Société Générale change de camp. «La question de la confidentialité des données en faveur d’un outil maison ne tient pas à partir du moment où les éditeurs garantissent que leurs solutions conservent les données en local et n’alimentent pas le système général», juge Xavier Gardiès, associé senior transformation financière et technologique chez Talan.
Passer du «make» au «buy» est inévitable
Ce changement de tactique - passer du «make» au «buy» - serait d’ailleurs envisagé par les plus éminents des concurrents de la banque. «C’est une évolution naturelle : l’entreprise met en œuvre elle-même une innovation pour se l’approprier et comme il est impossible de suivre le rythme d’évolution des modèles externes, la bascule devient un choix pertinent», poursuit-il.
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Le déploiement de l’IA générative dans les entreprises commence par le développement d’un LLM interne et sécurisé qui constitue une première étape et participe à la démocratisation de l’innovation. Abandonner le projet n’est pas pour autant un échec. «Au début, les interrogations sur la capacité des LLM à faire correctement les choses étaient très fortes. En développant leurs outils, les banques comprennent le fonctionnement, et appréhendent mieux les risques liés», explique Xavier Gardiès. Le mouvement vers les solutions IA de marché ne fait que commencer.
«Le gros sujet n’est pas l’intégration de l’IA dans les tâches bureautiques, mais au cœur des processus métiers. Il n’y a aucune chance qu’un outil interne soit intégré à tous les logiciels utilisés dans une entreprise, et ce sont d’ailleurs les éditeurs eux-mêmes qui vont progressivement intégrer de l’IA dans leurs propres logiciels. Oracle propose déjà de telles fonctionnalités dans les logiciels de comptabilité et de consolidation », précise Xavier Gardiès. Les développements maison resteront pertinents, mais pour des cas d’usage critiques ou ultra spécialisés.
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