Standard Chartered brise le tabou des effets de l’IA sur l’emploi
Toutes y pensent et s’y préparent activement, mais Standard Chartered est la première à énoncer les choses directement. En amont d’une réunion investisseurs, StanChart annonce par communiqué qu’elle va réduire ses effectifs de plus de 15 % d’ici 2030 dans les fonctions centrales grâce à la rationalisation des processus et au recours à l’IA. La banque comptait plus de 52.000 employés dans lesdits services administratifs et corporate fin 2025. La banque n’est pas la première à annoncer des coupes claires dans ses effectifs. Elle n’est pas non plus la première à dire que l’IA va lui permettre de devenir plus rentable. Elle est la première à dire qu’elle va se séparer d’escadrons de collaborateurs dont l’IA va faire le travail.
Capital humain et capital financier
«Il ne s’agit pas de réduire les coûts, mais de remplacer du capital humain à faible valeur ajoutée par du capital financier et de l’investissement», explique doctement Bill Winters, directeur général de StanChart. Les personnes concernées, notamment dans les fonctions gestion des risques et conformité, recevront un «préavis clair et suffisant» et à l’avance, promet aussi Bill Winters. Ces suppressions d’emplois doivent permettre d’augmenter le revenu par employé d’environ 20% d’ici 2028 et d’abaisser son coefficient d’exploitation de 4 points, le ramenant à 57% en 2028. Grâce à cette restructuration, le rendement sur les fonds propres tangibles sera d’au moins 15% en 2028 et de 18% en 2030.
Cela fait plusieurs mois que les banques communiquent sur les bienfaits de l’IA, expliquant en quoi elle va changer la donne sur les revenus, en permettant d’avoir des collaborateurs de front office augmentés. En fin d’année dernière, Bank of America a ainsi détaillé devant les investisseurs comment elle comptait industrialiser la prospection en gestion de fortune, évoquant un gisement interne de 11 millions de clients sur ce segment pour le seul marché américain. Les banques françaises sont nombreuses à avoir expliqué que l’IA pouvait booster les possibilités de leurs commerciaux, tant dans le retail que sur les marchés.
Un secret de Polichinelle
Du côté des coûts et de l’emploi, une étude de Morgan Stanley publiée fin 2025 évoquait 200.000 emplois bancaires, environ 10% des effectifs totaux, menacés en Europe à l’horizon de 2030. Mais aucune banque n’a jusqu’ici évoqué les risques de suppressions de postes comme conséquence du recours à l’IA.
En mars, Bloomberg évoquait le projet chez HSBC de supprimer jusqu’à 20 000 postes dans les middle et back-offices, à la faveur d’un recours plus intensif à l’IA, mais rien n’a été confirmé. D’autres banques, notamment des françaises, promettent des économies sur les troupes, mais jamais l’IA n’est présentée comme l’explication. A l’occasion de la présentation des résultats annuels, Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, a ainsi indiqué que les effectifs mondiaux, d’environ 180.000 personnes aujourd’hui, «diminueraient de 10%» d’ici à 2030. Sans faire mention de départs, et encore moins de «capital humain» remplacé par du «capital financier» et des investissements en IA.
Une chaîne de montage humaine à automatiser
A la Société Générale, la réorganisation des activités en France suppose la suppression de 1.800 postes d’ici fin 2027 et fait état de réductions significatives dans les risques et la conformité, des métiers unanimement désignés comme des domaines où la systématicité des contrôles ouvre un boulevard à l’IA. Pour autant, l’IA n’est pas évoquée comme une cause des coupes. C’est pourtant un secret de Polichinelle, et David Solomon, le président de Goldman Sachs, a récemment décrit certaines opérations bancaires comme une «chaîne de montage humaine» mûre pour l’automatisation – rendue possible par le recours à l’IA.
La première banque à annoncer la couleur sur l’IA et l’emploi sera donc européenne, puisque le siège de StanChart est à Londres. Mais c’est aussi un groupe où trois salariés sur quatre sont en Asie, plus d’un sur cinq en Afrique et au Moyen-Orient, et seulement 5% en Europe. En fonction des cadres réglementaires locaux, notamment sur l’emploi, la parole est plus libre. D’autant que ce discours offensif peut rassurer les investisseurs et leur faire oublier que StanChart est aussi très exposée au conflit au Moyen-Orient.
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