Dépôts tokenisés : pourquoi les entreprises doivent s’y préparer dès maintenant

Dans cette tribune, Ouannessa Aissaoui, head of global payment solutions France chez HSBC, explique que face aux lourdeurs des circuits bancaires traditionnels, la blockchain et le règlement européen MiCA ouvrent la voie à une gestion continue et automatisée de la trésorerie des entreprises.
Head of Global Payment Solutions France chez HSBC
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 -  HSBC

Pour beaucoup d’entreprises internationales, la gestion de la trésorerie reste contrainte par des cut-offs (l’heure limite au-delà de laquelle un paiement n’est plus traité le jour même) et par des circuits de paiement encore dépendants des banques intermédiaires et des processus partiellement manuels.

Dans un environnement multi-devises et multi-fuseaux horaires, les entreprises ont de fait une liquidité en transit. Les délais de règlement peuvent ainsi être rallongés, parfois jusqu’au jour ouvré suivant, et entraîner des coûts additionnels. Cet écart entre le rythme de l’activité et celui des flux financiers devient un enjeu de pilotage : comment accélérer et automatiser la gestion de la liquidité, tout en restant dans un cadre régulé et sans créer une trésorerie parallèle ?

Moderniser l’infrastructure sans sortir du cadre régulé

Les attentes ont évolué : l’immédiateté et la transparence sont désormais essentielles, avec un besoin de confirmation en temps réel. Les entreprises doivent pouvoir déplacer la liquidité entre marchés et financer plus vite certains besoins afin de sécuriser des paiements critiques. C’est dans ce contexte que la trésorerie bascule d’un fonctionnement périodique, calé sur les horaires bancaires, à un modèle plus continu.

Cette évolution suppose toutefois de disposer d’infrastructures capables de fonctionner de manière plus robuste. Plusieurs tendances convergent en ce sens, notamment l’adoption de standards comme ISO 20022, qui facilite la transmission de données de paiement structurées et enrichies. Les attentes always-on et l’agenda du G7 sur les paiements transfrontaliers accompagnent également cette transformation. Dans ce contexte, la blockchain et l’IA accélèrent le processus et l’exécution dans un environnement sécurisé et contrôlé.

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En Europe, MiCA (Markets in Crypto-Assets) — règlement de l’Union Européenne sur l’émission et les services sur crypto-actifs — clarifie le cadre et réduit la fragmentation. Il renforce également les exigences de contrôle, de gouvernance et améliore la résilience (notamment en matière de lutte contre la criminalité financière, d’application des sanctions et de prévention de la fraude).

Un dépôt tokenisé est un dépôt bancaire classique, représenté sous forme de jetons numériques sur une infrastructure de type blockchain. Il ne s’agit pas de créer une nouvelle monnaie, mais de donner au dépôt une forme numérique transférable, plus facile à tracer et plus propice à l’automatisation, tout en restant dans le système bancaire régulé. L’objectif est donc de moderniser la circulation du cash.

La tokenisation reste à un stade initial mais ces nouveaux moyens de paiement devraient représenter environ 4 % du volume mondial des paiements d’ici 2030, selon le World Payments Report 2026 de Capgemini. D’où l’intérêt de privilégier d’emblée des usages régulés et immédiatement utiles, comme les dépôts tokenisés.

Toutes les monnaies digitales ne se valent pas, il convient de les distinguer - stablecoins privés, dépôts tokenisés émis par des banques, monnaies numériques de banque centrale, ou dépôts classiques sur des systèmes plus rapides – car elles répondent à des logiques et à des profils de risque différents. Pour les entreprises, la question est simple : quels flux gagneraient réellement à être traités plus vite et sur une durée plus étendue pour réduire les frictions ?

Vers des flux plus continus et plus automatisés

L’intérêt des dépôts tokenisés est d’abord opérationnel : ils permettent des mouvements de fonds plus continus (potentiellement 24/7), tout en améliorant la visibilité. Ils réduisent aussi les frictions et permettent d’activer des capacités de programmabilité.

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Cette approche s’inscrit dans un cadre régulé, avec des exigences de contrôle
comparables à celles de la banque traditionnelle (connaissance client – KYC, lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme – LCB-FT, filtrage des sanctions, prévention de la fraude). Pour autant, le temps réel n’est pas un bienfait automatique, tous les flux ne justifient pas le même niveau d’instantanéité : l’enjeu est de cibler ceux pour lesquels la valeur créée dépasse le coût additionnel de mise en place.

La capacité à programmer prend tout son sens à l’international, moteur de croissance pour les entreprises puisque 87 % des organisations en France disent vouloir augmenter leurs échanges transfrontaliers ou leurs investissements dans les cinq prochaines années. Cela nécessite de gérer plusieurs devises et juridictions, parfois réparties sur différents fuseaux horaires.

Concrètement, cette logique ouvre des cas d’usage immédiats pour les directions de trésorerie : automatiser des transferts sur seuils et rendre le financement intra-groupe plus dynamique en alignant mieux les flux sur les besoins. Elle permet également de soutenir des activités dont les encaissements continuent hors heures ouvrées. Par exemple, si un seuil est atteint en soirée en Asie, un transfert peut être déclenché vers une autre entité, sans attendre un cut-off local. Le e-commerce l’illustre bien également : avec des rails classiques, mobiliser les fonds hors des heures ouvrées peut être difficile.

Reste une question : comment intégrer ces capacités au quotidien, sans complexifier ni dégrader le niveau de contrôle ?

L’interopérabilité au service d’un cadre maîtrisé

L’adoption ne partira pas de zéro, les entreprises disposent déjà d’outils structurants tels que des progiciels de gestion (ERP) et systèmes de gestion de trésorerie (TMS), auxquels s’ajoutent des usines de paiement et des contrôles établis. Elles attendent donc une intégration industrialisable fondée sur des standards de données et de connectivité, ainsi que sur une documentation claire. Les interfaces de programmation applicatives (API) permettent ensuite d’automatiser davantage le traitement des flux, de leur initiation à leur rapprochement.

Le fonctionnement 24/7 doit aussi être apprécié au regard de la gouvernance : une trésorerie plus continue implique d’adapter l’organisation, les garde-fous et la gestion des exceptions, tout en maîtrisant le coût de la liquidité nécessaire pour opérer en continu.

Enfin, le passage à l’échelle dépendra de l’interopérabilité : tant que les modèles restent cantonnés à des infrastructures propres à chaque acteur, les bénéfices — notamment transfrontaliers — seront limités.

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