La Fed de Dallas tire la sonnette d’alarme sur les dépôts tokenisés

Selon la Fed de Dallas, les dépôts sur la blockchain pourraient être moins stables que les dépôts traditionnels et être plus sensibles aux taux. Dans le scénario envisagé, cela aurait un impact négatif sur le coût du crédit pour les consommateurs et les entreprises.
L’heure de la tokenisation des fonds a sonné (blockchain, crypto, data, NFT, réseaux)
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  • La Fed de Dallas alerte sur les risques des dépôts tokenisés sur la blockchain pour la stabilité financière.
  • Leur transférabilité instantanée et leur sensibilité aux taux pourraient les rendre moins stables que les dépôts à vue classiques et in fine renchérir le coût du crédit.
  • A terme, cette technologie risquerait d’accroître la demande des banques pour les actifs liquides.

L’impact d’une adoption à grande échelle de l’euro numérique sur les dépôts bancaires a fait couler beaucoup d’encre. Celui des dépôts bancaires tokenisés sur le modèle des banques, moins. La Federal Reserve Bank of Dallas (Fed) est l’une des premières institutions à avoir publié une étude sur le sujet fin août, révélant plusieurs risques potentiels pour le modèle bancaire traditionnel.

Les dépôts tokenisés sont des dépôts bancaires émis directement sur la blockchain. A ne pas confondre avec les stablecoins, qui sont des jetons représentant une devise traditionnelle, émis majoritairement par des acteurs privés non bancaires, en contrepartie d’actifs détenus en réserve.

Impact sur le coût du crédit

Pour que l’adoption se développe significativement, les jetons de dépôt devraient circuler au-delà de l'établissement émetteur initial, note l'étude. Les institutions bancaires étudient d’ailleurs différents modèles de mise en œuvre, notamment des consortiums et des associations, qui permettraient une utilisation plus large.

La Fed de Dallas s’inquiète de différents risques en lien avec cette nouvelle forme de monnaie. «Etant donné la nature instantanée et en temps réel des transferts de dépôts tokenisés, leur adoption à grande échelle risquerait d’accroître la volatilité des soldes de dépôts et l’incertitude quant aux sorties de fonds potentielles dans le cadre normal des activités», précise l'étude.

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Si les dépôts deviennent instantanément transférables, programmables et potentiellement plus sensibles aux taux d’intérêt, ils pourraient être moins stables que les dépôts traditionnels et avoir une durée de vie moyenne plus courte.

A terme, cela pourrait réduire la duration du passif bancaire. Les banques pourraient s’efforcer de maintenir la composition de leurs prêts quasiment inchangée en modifiant leurs engagements par d’autres moyens. «Cela impliquerait probablement un recours accru à l'émission de titres de créance à terme ; à la marge, la rentabilité de telles activités de prêt financées par la dette de gros serait similaire à celle des établissements financiers non bancaires et aurait donc vraisemblablement un impact négatif sur le coût du crédit pour les consommateurs et les entreprises», explore l'étude.

Augmentation de la demande pour les actifs liquides

Les économistes finissent par comparer l’essor potentiel des dépôts tokenisés au système de paiement instantané. Au Brésil, Pix, qui permet des virements interbancaires 24h/24 et 7j/7, en temps réel et sans frais pour les particuliers, a connu une croissance fulgurante : au premier trimestre, 200 millions d’utilisateurs étaient actifs avec un volume mensuel de transactions avoisinant les 650 milliards de dollars.

Une étude en 2025, couvrant les premières années de la mise en œuvre, a démontré qu’une utilisation plus intensive de Pix par les clients accroît la demande d’actifs liquides des banques, notamment d’obligations d’Etat, et réduit l’intermédiation de crédit.

Examiner les conséquences potentielles

L'étude de la Fed de Dallas conclut en notant que les acteurs du marché et les décideurs politiques doivent «examiner attentivement les conséquences potentielles sur les systèmes de paiement actuels, la transmission et la mise en œuvre de la politique monétaire, les effets asymétriques potentiels selon la taille et le type des banques, ainsi que le rôle de la banque centrale en tant que prêteur en dernier ressort dans un monde fortement tokenisé».

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Pour le moment, les dépôts tokenisés n’en sont qu'à leurs débuts : des consortiums bancaires viennent de se lancer aux Etats-Unis, JPMorgan est aux prémices avec le JPM Coin. Le projet Agorá, une initiative conjointe de la Banque des règlements internationaux et de l’Institut de la finance internationale, explore également le potentiel d’un registre unifié fusionnant la monnaie de banque centrale tokenisée et les dépôts bancaires commerciaux, en tant que mécanisme de transactions interdevises.

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