Schneider Electric rachète l’américain PTC pour 20 milliards d’euros
L’action Schneider Electric perd près de 10% lundi après que l’équipementier électrique a annoncé le rachat de l'éditeur américain de logiciels d’ingénierie PTC pour une valeur d’entreprise de 23,7 milliards de dollars, soit environ 21,1 milliards d’euros.
La transaction, entièrement en cash, est soutenue par le conseil d’administration de PTC et devrait être finalisée d’ici au troisième trimestre 2027, sous réserve de la réalisation des conditions suspensives, a précisé Schneider Electric dans un communiqué.
Elle constituerait le plus gros rachat de l’histoire du groupe français, loin devant celui du britannique Aveva en 2023 pour près de 11 milliards d’euros et plus récemment du norvégien Cognite pour 2,9 milliards d’euros.
2,4 milliards d’euros de ventes
Les actionnaires de PTC recevront 205 dollars par action en numéraire, représentant une prime de 42,3% par rapport au dernier cours de clôture de PTC et une prime de 46,1% par rapport au cours moyen pondéré par les volumes des 30 jours de bourse précédant l’annonce.
A la mi-journée, le titre Schneider Electric chutait de 9,9% sur un marché parisien en baisse de 1,1%. Celui de PTC montait de 35% dans les échanges de préouverture à Wall Street.
«Dans l’ensemble, [ce rachat] s’inscrit dans la stratégie de Schneider Electric mais le marché pourrait s’inquiéter de la capacité de l’entreprise à intégrer cette acquisition et à réduire son endettement après la conclusion de l’opération», commentent les analystes d’AlphaValue.
PTC est un des leaders mondiaux de la conception de produits industriels complexes, de l’ingénierie et de la gestion des données.
Ses logiciels sont utilisés par plus de 30.000 clients dans le monde notamment dans les secteurs des machines industrielles, l’automobile, l’aérospatiale, l'électronique et les dispositifs médicaux. En 2025, il a réalisé un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros et une marge d’EBITA ajusté d’environ 40%. Il est coté au Nasdaq.
Levée de capital à venir
Pour financer cette acquisition Schneider Electric prévoit une augmentation de capital de 5 à 6 milliards d’euros sous la forme d’un placement accéléré (Accelerated Bookbuild Offering ou «ABO»), ainsi que de la nouvelle dette pour un montant global de 16 à 17 milliards d’euros.
«Schneider a manifesté à plusieurs reprises son intérêt pour les actifs liés aux logiciels d’ingénierie ; en 2024, l’entreprise avait notamment approché Bentley Systems dans le cadre de négociations qui n’ont pas abouti», rappelle JPMorgan. La diversité du portefeuille de PTC et son expertise technique en font une cible d’acquisition intéressante, bien que complexe, et le prix d’acquisition, à 20 fois le résultat d’exploitation attendu pour 2027 avant synergies, n’est pas excessif, ajoute le bureau d’analystes.
Un secteur sous pression de l’IA
La transaction est entièrement garantie par une facilité relais de 22 milliards d’euros fournie par Morgan Stanley et la Société Générale. Elle sera ensuite financée par le biais d’une émission d’actions via, a priori, un placement accéléré de 5-6 milliards d’euros et par une émission de dettes comprise entre 16 et 17 milliards d’euros.
Jefferies juge également l’opération «pertinente sur le plan stratégique» mais rappelle les craintes qui entourent le secteur des logiciels, en raison des risques de «disruption» liés à l’IA. Ces craintes ont pesé sur le cours de PTC, en baisse de 25% depuis un an.
Dans son communiqué, Schneider Electric insiste justement sur sa capacité à créer, grâce à ce rachat et à celui de Cognite annoncé en juin dernier, «une plateforme de logiciels industriels et d’intelligence artificielle de premier plan, d’envergure, ouverte et interopérable, générant des résultats opérationnels pour les clients sur l’ensemble des systèmes de conception, de contrôle, de données et d’intelligence».
«L’acquisition de PTC représente une étape importante dans notre ambition de devenir le leader de la nouvelle ère de l’Intelligence Énergétique et Industrielle. Ensemble, nous créons un des portefeuilles les plus complets et qualitatifs du marché dans les logiciels industriels et l’IA, reliant les mondes physique et digital», a ajouté Oliver Blume, le directeur général de Schneider Electric.
La transaction sera immédiatement relutive sur le bénéfice par action ajusté, avant prix d’allocation, selon le groupe. Schneider prévoit en outre de réaliser dans les trois ans suivant sa finalisation environ 250 millions d’euros de synergies de coûts et 800 millions d’euros de synergies de revenus.
L’intégration de PTC ferait passer le chiffre d’affaires du groupe français dans les logiciels et les services aux entreprises à 24% du total, contre moins de 20% aujourd’hui, et lui permettrait de rivaliser avec les principaux acteurs européens du secteur comme Siemens et Dassault Systèmes.
A lire aussi : Schneider Electric veut racheter le spécialiste de la domotique Shelly Group
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