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Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées
- Myriame Honnay estime que les banques vont se moderniser en adoptant les dépôts tokenisés plutôt que de disparaître.
- Selon une étude d’EY-Parthenon, 86 % des grands groupes veulent passer par leur banque pour utiliser des stablecoins.
- À l’horizon de cinq ans, ces dépôts bancaires tokenisés devraient dominer les flux financiers institutionnels.
Après le vote de la commission Econ sur l’euro numérique, le débat européen continue de se tromper de cible. Depuis dix-huit mois, il oppose ceux qui annoncent la fin des banques face aux stablecoins à ceux qui n’y voient qu’une mode passagère. Ces deux lectures passent à côté de la véritable transformation : la tokenisation des banques.
L'étude EY-Parthenon de juin 2025, conduite auprès de 350 décideurs financiers d’entreprises et d’institutions, livre un constat qui devrait être au centre des discussions. Les trésoriers sont prêts à utiliser les stablecoins pour leurs paiements internationaux. Mais à une condition partagée à travers toutes les catégories d’entreprises, et qui culmine à 86% pour les plus grands groupes : passer par leur banque, leur tiers de confiance historique. Les institutions financières elles-mêmes ne s’y trompent pas : 79% d’entre elles prévoient de s’appuyer sur un partenaire tiers spécialisé pour bâtir l’infrastructure correspondante. Les entreprises attendent désormais des paiements internationaux la même simplicité que leurs usages numériques : instantanéité, transparence et disponibilité permanente. Elles souhaitent que leur banque fournisse ces nouveaux rails, sans changer d’interlocuteur ni de processus.
Il existe un signal de marché clair. La demande existe, elle est mûre. Mais elle ne désintermédiera pas les banques. Elle les obligera à proposer ces nouveaux rails, dans leur propre environnement de relation, avec leurs propres standards de sécurité.
Les acteurs historiques portent la transformation
Le second élément du débat est l’engagement des grandes infrastructures historiques dans cette transformation. L’organisme de compensation américain DTCC déploie ses travaux sur les actifs tokenisés. Swift construit son ledger interbancaire. Visa accélère sur Visa Direct et les rails on-chain. Plusieurs grandes banques internationales ont engagé des programmes structurés sur le tokenised deposit. Ce mouvement n’a rien de défensif. Il traduit la reconnaissance que la blockchain est devenue, sous l’effet conjugué de cadres réglementaires pleinement applicables tels que le règlement MiCA en Europe ou le Genius Act américain, une infrastructure légitime, auditable, intégrable dans une architecture bancaire. La modernisation est technologique et réglementaire, elle n’est pas existentielle.
A horizon cinq ans, l’infrastructure dominante des flux institutionnels devrait être le tokenised deposit.
Pourquoi le tokenised deposit, pas le stablecoin public
C’est ici que se joue la distinction structurante. Pour les paiements institutionnels transfrontaliers, le stablecoin public n’est pas une fin en soi, mais un instrument de transition, déjà opérationnel à grande échelle. En 2025, les transferts en stablecoins ont atteint 28 000 milliards de dollars en données ajustées, dépassant les volumes cumulés de Visa et Mastercard. Mais à horizon cinq ans, l’infrastructure dominante des flux institutionnels devrait être le tokenised deposit.
Un tokenised deposit est un dépôt bancaire tokenisé. Il conserve son cadre juridique et prudentiel — protection des déposants, supervision bancaire, inscription au bilan de la banque émettrice — tout en offrant les avantages du règlement on-chain : exécution en temps réel, atomicité, programmabilité et disponibilité continue.
La différence avec un stablecoin public est fondamentale. Un stablecoin est une créance sur un émetteur privé. Circle et Tether, tous deux américains et adossés au dollar, concentrent à eux seuls plus de 85 % du marché. Un tokenised deposit, lui, reste un dépôt bancaire. Pour la BCE, les banques, leurs auditeurs et leurs régulateurs, cette distinction est déterminante.
Une transformation déjà engagée par les institutions européennes
Cette grille de lecture éclaire le mouvement à l’oeuvre. Les grandes institutions européennes ont engagé leur transformation : la Banque centrale européenne avance sur le projet d’euro numérique, dont le cadre vient d'être validé par la commission Econ du Parlement européen le 23 juin 2026, avec un déploiement visé en 2029. Plusieurs banques européennes ont, en parallèle, ouvert des chantiers sur les stablecoins régulés et les dépôts bancaires tokenisés, démontrant que ces deux instruments ne sont ni concurrents ni exclusifs, mais répondent à des cas d’usage distincts du paysage financier de demain.
La souveraineté monétaire européenne se construira sur un éventail d’instruments complémentaires, tous ancrés dans le cadre réglementaire européen. Pour les banques, cette transformation est une opportunité majeure. Elles ne seront pas seulement utilisatrices de la finance tokenisée, elles en seront émettrices et bénéficieront de cette nouvelle économie désintermédiée.
Le moment d’apprendre est maintenant
La compétence d’orchestration des flux tokenisés sera, dans dix ans, aussi stratégique que la gestion de la liquidité l’est aujourd’hui.
Cette compétence ne se décrète pas. Elle se construit, pilote après pilote, intégration après intégration. Celles qui auront investi tôt dans cette courbe d’apprentissage seront celles qui supporteront les nouveaux rails de paiement internationaux par lesquels les 290.000 milliards de dollars de flux internationaux annuels transiteront en 2030.
Les banques ne disparaîtront pas. Elles se tokeniseront. Il en va de leur souveraineté.
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