Alexei Grinbaum : «ChatGPT est une révolution de l’ampleur du smartphone et du moteur de recherche»
Lors du dîner organisé par L’Agefi à l’occasion du Forum de la Gestion Privée, Alexei Grinbaum a partagé ses vues sur le développement des intelligences artificielles (IA) dites conversationnelles, dévoilées au grand public avec le lancement de l’outil ChatGPT par la société américaine OpenAI.
A la fois scientifique et philosophe, le directeur de recherche au CEA-Saclay voit dans ces IA une vraie révolution susceptible d’affecter de nombreux secteurs, de l’éducation au droit en passant par la finance. Et fait la démonstration en direct de la créativité de ces outils, capables d'écrire en quelques secondes un sonnet dans le style de Racine sur la vie d’un gestionnaire de fortune !
Il rappelle néanmoins que ces robots «qui produisent sur nous l’impression d’être des machines pensantes (…) n’ont en fait aucune logique, aucune connaissance de vérité. La machine ne pense pas. Elle ne fait que compléter des tokens».
Dans ces conditions, ces «intelligences artificielles» ont des limites selon Alexei Grinbaum. Par exemple, elles n’intègrent pas d’évaluation de la vérité ce qui peut les pousser à donner de mauvais conseils.
Réglementer, pas interdire
Leur potentiel n’en reste pas moins impressionnant et donne parfois «quelques frissons» estime le spécialiste notamment lorsqu’elles ont des comportements dits «émergents», qui n’étaient pas prévus par leurs concepteurs.
Pour ces raisons, des freins sont mis et seront mis à leur développement. De la part de leurs concepteurs qui déploient des mécanismes de contrôles mais aussi de la part des régulateurs. A ce sujet, Alexei Grinbaum considère cependant que l’Italie a fait «un faux pas incroyable» en les interdisant. «C’est comme si on interdisait les calculatrices».
Interrogé sur l’opportunité pour l’Union européenne de mettre en place des réglementations sur l’intelligence artificielle, il remarque que les normes imaginées par le Vieux Continent concernant le numérique ont ensuite tendance à se diffuser dans le monde. Il ne voit donc pas l’initiative d’un mauvais œil, à condition qu’elles intègrent des mesures permettant de continuer à tester ces solutions. «Le fait de réglementer pousse à réfléchir un peu plus, ce qui n’est pas si mal», estime le chercheur.
Alexei Grinbaum est directeur de recherche au CEA-Saclay et président du comité opérationnel d’éthique du numérique du CEA. Spécialiste de la théorie de l’information quantique, il s’intéresse depuis une vingtaine d’année aux questions éthiques en lien avec les nanotechnologies, l’intelligence artificielle, la robotique.
Plus d'articles du même thème
-
CGP : comment bien communiquer sur les réseaux sociaux ?
Quelles erreurs éviter quand on est un novice de la communication ? Les réponses de Paul Hag de Com des CGP. -
Latina Finance aide les groupes à piloter leurs finances en Amérique latine
La société de conseil dirigée par Florent Michel multiplie ses missions en transformation digitale. -
Edouard Herbo (Keepers et Club MFO) : «La digitalisation permet de prendre les bonnes décisions»
Intervenant dans le cadre du Forum de la Gestion Privée, organisé par L’Agefi le 11 avril, Edouard Herbo, co-fondateur du family office Keepers et président du Club MFO, a livré son analyse sur les enjeux liés à la digitalisation dans la gestion de patrimoine.
- LCL détaille les promesses de son plan stratégique sans parvenir à emballer
- Chez Ardian, une succession au long cours qui n’ose pas dire son nom
- Avec BMW, Airbus et EDF, Mistral AI se déploie dans l’ingénierie industrielle
- Le corpus réglementaire de lutte contre le blanchiment change le paradigme des institutions financières
- TotalEnergies pourrait doublement profiter de la guerre au Moyen-Orient
Contenu de nos partenaires
-
BasculeImmigration : le grand tour de vis européen
Le Parlement européen et les Vingt-Sept se sont mis d’accord sur un texte ouvrant la voie aux centres de rétention à l’étranger et à un allongement des périodes maximales de rétention -
Ne nous fâchons pasL'harmonie Trump-Netanyahu à l'épreuve de la guerre en Iran
Depuis le début de la guerre en Iran, Donald Trump et Benjamin Netanyahu affichent une alliance sans faille. Mais les ambitions contraires des deux dirigeants, l'impopularité croissante d'Israël et la personnalité du Premier ministre fragilisent cette relation spéciale -
EditoBruxelles serre la vis, Paris tergiverse : le grand vertige migratoire
Les (nombreux) prétendants à l’Elysée avancent à tâtons, méfiants, prudents. Trop de coups à prendre.
A un an de la présidentielle, beaucoup d’intentions (lorsqu’il y en a), sans oser en dire trop...