Un rachat de Chiquita réduirait à néant la stratégie du groupe américain
L’américain Chiquita vient de passer du statut de prédateur à celui de proie. L’importateur de bananes, sur le point de fusionner avec son homologue irlandais Fyffes, a confirmé hier soir avoir reçu une offre de rachat non sollicitée en numéraire de la part du fabricant de jus de fruits Cutrale associé au fonds d’investissement Safra, dont les actifs sous gestion dépassent 150 milliards d’euros.
Ces deux entreprises brésiliennes avaient auparavant annoncé qu’elles proposaient 13 dollars par action Chiquita, ce qui représente une prime de 29% par rapport au cours de clôture de vendredi dernier. Elles soulignent que leur proposition n’est soumise à aucune condition de financement. Ce prix, qui valorise Chiquita 610,5 millions de dollars (456 millions d’euros), «fait ressortir un niveau de prime étonnamment élevé», commente David Holohan, analyste chez Merrion Capital à Dublin. En s’emparant de Chiquita, Cutrale prendrait également pied sur le marché nord-américain des plats préparés et sur celui des surgelés, qui pèsent respectivement 29 et 36 milliards de dollars.
Le titre a terminé la séance d’hier à 13,10 dollars à New York, le marché semblant croire à une possible surenchère. Chiquita, dont le siège social est situé à Charlotte en Caroline du Nord, a déclaré que son conseil d’administration allait examiner avec soin cette offre avec le concours de ses conseillers juridiques et financiers, en demandant à ses actionnaires de ne rien décider dans l’intervalle. Ceci remet en cause son rapprochement avec le distributeur irlandais de fruits exotiques Fyffes, qui visait à créer le leader mondial de la banane dans le cadre d’une opération en actions de 526 millions de dollars.
Le groupe élargi prévoyait de transférer à cette occasion son domicile fiscal en Irlande pour tirer parti d’un taux d’imposition sur les sociétés plus favorable. Mais cette pratique pourrait être mise à mal par un projet de loi du Sénat américain qui aurait un effet rétroactif sur certaines transactions non finalisées. Cutrale et Safra ont d’ailleurs indiqué que leur proposition de rachat «ne comportait pas de risque d’exécution ni d’incertitude inhérents à la transaction avec Fyffes», dont le cours de Bourse a perdu 14% hier à Dublin. Ils estiment en conséquence être en mesure de mener à bien le rachat de Chiquita «avant la fin de l’année».
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