Rallye s’annonce comme un vrai dossier de Place
Quiconque s’avise de décrire la structure actionnariale du groupe Naouri est obligé d’avouer que, dans son cas, le mot « opacité » est un euphémisme.
Pour l’avoir dit, le fonds activiste Muddy Waters a encouru les foudres d’une partie de l’establishment français des affaires, prompt à décrier les « courts termistes » de son espèce. Le régulateur lui-même s’en est ému.
Et il est vrai que ses techniques de communication jointes à des ventes massives à découvert ne font pas dans la dentelle ; mais il n’en est pas moins vrai qu’il avait le premier vu et dit la vérité sur le surendettement insoutenable des holdings de contrôle de Casino. En vrai corsaire des marchés, son coup d’œil et ses méthodes sont les deux faces d’une même monnaie.
Maintenant que Rallye a été mis en sauvegarde, l’ensemble des créanciers de la cascade auront, dans les mois qui viennent, tout le loisir de la passer au peigne fin. Gageons que l’ambiance sera tendue.
D’abord l’enjeu est élevé, près de 3 milliards d’euros, ce qui fait de cette restructuration la plus lourde à ce jour pour une entreprise cotée ; ensuite, il mettra aux prises des structures très différentes, des fonds de toutes natures, vautours ou pas, aux banques les plus en vue de la Place ; enfin parce que de la négociation dépendra l’avenir de Casino, un distributeur majeur et très gros employeur privé.
Nul besoin dès lors de jouer les oiseaux de mauvais augure pour considérer, d’ores et déjà, qu’il s’agit d’un dossier de Place et qu’il fera date.
Sa taille suffit à le mettre au premier rang des soucis des banques impliquées, voire de Bercy qui n’a nul besoin de voir un distributeur majeur fragilisé.
Elle s’impose surtout en tête de l’agenda de l’AMF : Rallye et Casino n’ont jamais brillé par la transparence de leur communication financière, qui reflète en quelque sorte l’enchevêtrement de leur structure de contrôle.
Les derniers jours n’ont pas dérogé à cette pratique ancienne : c’est mercredi seulement, la veille de la mise en sauvegarde, que le dividende de Rallye a été payé ; et c’est très récemment aussi qu’un tirage de 200 millions d’euros sur le prêt bancaire non garanti de 500 millions accordé en septembre dernier a été effectué !
Le groupe Rallye devra rapidement faire la lumière sur l’opportunité de ce double mouvement, pour que le « cas Rallye » ne se transforme pas en « affaire Naouri », ce qui en compliquerait singulièrement le dénouement.
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