Protéger le capital des groupes français ne doit pas signifier les « bunkériser »
Progressivement, la France renforce ses défenses contre le capital indésirable. La cause est populaire et vaut d’être défendue ; à condition que la protection des entreprises ne se trompe pas de cible. Ce sont les maraudeurs et les prédateurs opportunistes qu’il faut décourager, et non les autres actionnaires, activistes inclus.
BPIFrance prévoit de lever, selon une information exclusive de notre site Instit Invest, « un fonds de 10 milliards d’euros pour investir dans les grandes entreprises françaises et assurer leur ancrage en France ». Même si le projet mérite des précisions, sur les règles de gestion applicables au fonds et l’identité des souscripteurs, français et étrangers, publics et privés, son principe ne fait que reprendre une vieille tradition, celle de pilier du capitalisme français qui fut longtemps celle de la Caisse des dépôts, dont BPIFrance est filiale.
Tout au plus peut-on remarquer que 10 milliards, c’est peu pour défendre les joyaux du CAC40. Mais le nombre de groupes déjà contrôlé dans ce lot est tel que l’enveloppe n’est pas négligeable ; elle pourrait même s’avérer suffisante dans bien des cas pour décourager les prédateurs de passage en quête d’une plus-value rapide. De ce point de vue, l’initiative est bienvenue.
Mais il faut souligner qu’elle vient renforcer un arsenal déjà très solide. Depuis 2005, la France n’a cessé de limiter les investissements étrangers touchant à un champ « stratégique » en expansion constante. L’Union européenne lui a emboîté le pas, et récemment, Paris a encore étendu, dans la loi Pacte, les entraves à de nouveaux secteurs, où les investissements seront soumis à l’aval de Bercy.
Plus préoccupant encore pour la liberté d’investir sont les réflexions en cours, à Bercy comme au sein de certaines instances de Place, sur les moyens de contrer l’actionnariat activiste. Celui-ci reste stigmatisé pour son supposé « court termisme », en dépit de son caractère très différent du maraudeur en quête d’une proie facile.
L’activiste est celui qui croit déceler une faiblesse dans le marché et tente d’en tirer profit. Sauf recours à des moyens déloyaux, que le droit prohibe d’ailleurs déjà, ce style d’investissement est sain dans son principe. Loin d’être toujours gagnant, il présente surtout l’avantage d’interdire les abus de l’entre-soi managérial ou actionnarial qui ne vaut pas mieux que l’entre soi administratif qui irrite tant les « gilets jaunes ».
Bien des scandales, y compris les plus récents touchant les plus grands groupes européens et français, auraient pu être évités si un activiste puissant et déterminé avait mis son nez à temps dans leurs affaires. Il importe que ceux qui pensent encadrer ou limiter leur rôle n’oublient pas cette vérité dans leur réflexion.
Plus d'articles du même thème
-
PARTENARIAT« La santé mentale va devenir un facteur de différenciation entre les entreprises et aussi un critère d’investissement »
Entretien entre Denis Panel, CEO de Sycomore AM, et Christophe André, psychiatre et auteur. -
Olivier Bertin, Caisse d’épargne Île-de-France : « La gestion des risques existait avant Trump »
Olivier Bertin, le responsable du département trésorerie-investissements de la Caisse d’épargne Île-de-France, était l’invité de l’Institutional Day organisé par L’Agefi en juin dernier et a répondu à nos questions sur le thème de la gestion des risques. -
Wim Vermeir (AG Assurances - Ageas) : «Le marché est porteur mais nous restons neutre dans notre allocation stratégique»
Depuis l’élection de Trump, l’instabilité géopolitique et économique semble être devenue la nouvelle norme. Wim Vermeir, le directeur des investissements d’AG Assurance – Ageas, invité lors de l’Institutional Day organisé par L’Agefi le 30 juin dernier, explique comment la gestion des risques s’adapte à ce nouveau contexte. -
Céline Boué (Korege) : « La cartographie des risques nous permet de naviguer comme avec une carte de navigation »
Dans un environnement instable, la gestion des risques consiste à distinguer le bon risque du mauvais risque, avec un point d’attention particulier pour les risques majeurs, explique Céline Boué, la directrice des investissements de Korege (Groupe Matmut) à L'Agefi à l'occasion de l'événement Instit Day. -
PARTENARIAT« Réindustrialiser nécessite de bien orienter les investissements vers les éléments clés des chaînes de valeur »
Interview vidéo avec Eric de Tessières, Group Chief Sustainability Officer d’Edmond de Rothschild
- L’IA irrigue la croissance des entreprises du CAC 40
- Boeing obtient enfin un précieux sésame sur le 737 Max
- Xavier Niel entre au capital d'Edenred
- Citadel vole au secours d'un concurrent mis au tapis par la correction de la tech
- Tous les métiers ont tiré la croissance du Crédit Agricole au deuxième trimestre
Contenu de nos partenaires
-
« Une menace hybride professionnelle » : un drone explosif découvert à l’aéroport de Leipzig
Une menace interceptée à temps. Mardi 4 août, en fin de journée, un drone chargé d’explosifs a été découvert à l’aéroport de Leipzig/Halle, dans l’est de l’Allemagne. Une enquête antiterroriste a été ouverte. -
Entre Novo Nordisk et Eli Lilly, la folle bataille des médicaments amincissants
Les résultats trimestriels des deux laboratoires sont dopés par les ventes phénoménales de leurs médicaments à base de molécule GLP-1 pour traiter le diabète de type 2 et l'obésité. Ils ne comptent pas s’arrêter là -
Global Britain« Charia light » : pourquoi les riches du Golfe se tournent vers Londres
Tiraillés entre traditions coraniques et pragmatisme occidental, les milliardaires du Proche-Orient investissent Londres pour sécuriser leurs héritages ou régler leurs divorces