L’industrie cimentière entame un jeu de dominos à l’issue incertaine
La fusion annoncée entre Lafarge et Holcim aura des répercussions importantes sur toute l’industrie cimentière. La nouvelle entité, dont le chiffre d’affaires avoisinerait 31,7 milliards d’euros en 2014 sur la base du périmètre actuel, devrait être amenée à céder 4,5 milliards de chiffre d’affaires, correspondant à un excédent brut d’exploitation (Ebitda) compris entre 700 millions et 1 milliard (10 à 15% de l’Ebitda combiné).
Les principaux actifs concernés dans le ciment sont situés aux Philippines, au Maroc, en France et au Canada, selon les analystes de la Société Générale. Mais c’est au Royaume-Uni que la perte de revenus (1,4 milliard d’euros) serait la plus importante avec des désinvestissements dans les granulats, l’asphalte et le béton prêt à l’emploi.
Ces opérations étant motivées par des contraintes réglementaires, le prix de cession pourrait être revu à la baisse, «à moins que l’actif soit si attrayant qu’il provoque une concurrence intense entre les repreneurs potentiels au moment de la soumission», relève Credit Suisse. Sur la base d’un multiple d’Ebitda sectoriel de 8 fois, la valorisation des actifs cédés oscillerait entre 5,6 et 8 milliards d’euros. Ce montant est proche de la capacité d’endettement maximale des principaux concurrents de Lafarge et Holcim, équivalente à 6,8 milliards en retenant un effet de levier normalisé à 3,5 fois l’Ebitda (cf. tableau ci-dessous), hors augmentation de capital des acquéreurs potentiels. Certains d’entre eux, comme CRH ou Saint-Gobain, sont de surcroît eux-mêmes engagés dans une stratégie de recentrage.
Si des fonds de private equity ou des groupes chinois sont susceptibles d’être intéressés par certains actifs, le rapprochement entre Lafarge et Holcim, censé être bouclé mi-2015, pourrait néanmoins être retardé par un processus de cession plus ardu que prévu. En effet, les différentes autorités antitrust «empêcheront la nouvelle entité de vendre des actifs à des intervenants disposant d’une présence déjà forte sur certains marchés», afin d’éviter tout risque de position dominante.
Ces désinvestissements pourraient enfin remettre en cause l’objectif de 1,2 milliard d’euros d’économies de coûts sur 3 ans prévue par l’entité fusionnée, soit 3,8% de son chiffre d’affaires. Un objectif que les analystes de Credit Suisse estiment élevé par rapport au niveau de synergies visé lors de transactions comparables réalisées dans ce secteur.
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