Les chantiers industriels d’EDF imposent une perfusion publique permanente
Jean-Bernard Lévy a signé un premier exploit : soutenu par la présidence de la République, le PDG d’EDF est le premier dirigeant du groupe public à enchainer deux mandats de suite… depuis Marcel Boiteux dans les années 80.
Mais si son premier mandat n’a pas été de tout repos, entre le sauvetage d’Areva, le lancement d’Hinkley Point et les coûteux retards de l’EPR de Flamanville, le second s’annonce encore plus périlleux.
Car si le calendrier confirmé fin 2018 par Emmanuel Macron est tenu, Jean-Bernard Lévy deviendra le premier PDG d’EDF à fermer un réacteur nucléaire en France. Un traumatisme pour le producteur d’électricité né avec le nucléaire civil et autour duquel s’est façonné le puissant corps social du groupe.
Prévu pour 2020, la fermeture de deux réacteurs de Fessenheim sera suivie d’une troisième fermeture en 2027 et d’une quatrième en 2028. Au total 12 réacteurs devront avoir cessé de fonctionner en 2035, soit un quart du parc actuel d’EDF.
Personne ne sait aujourd’hui avec précision combien coûtera ce programme d’extinction. Démonter un réacteur est tout aussi complexe que de le construire. Cela implique également une gestion coûteuse des déchets et des équipements radioactifs.
EDF a calculé que la fermeture de ses 58 réacteurs coûterait 75 milliards d’euros. Or, aujourd’hui les provisions constituées par le groupe, de l’ordre de 50 milliards d’euros, sont loin de couvrir un tel montant. Surtout, vu les dérapages observés sur tous les chantiers nucléaires, il est probable que ce montant de 75 milliards soit en réalité sous-évalué.
La mission de Jean-Bernard Lévy s’annonce d’autant plus complexe qu’EDF reste sous une forte pression financière, malgré les 4 milliards d’euros réinjectés par les actionnaires en 2017, dont 3 milliards apportés par l’Etat. Le paiement à l’Etat du dividende en actions pour encore deux années montre d’ailleurs à quel point EDF ne peut toujours pas se passer de son actionnaire public.
La réorganisation annoncée d’EDF, dont les modalités pratiques sont encore très floues, ne résoudra pas à elle seule l’équation financière du groupe. Elle aura simplement le mérite de ne plus faire supporter ce risque industriel et financier aux actionnaires privés, et notamment aux nombreux petits porteurs qui avaient participé à la privatisation de 2005. La charge reviendra aux seuls contribuables.
Plus d'articles du même thème
-
Christian de Kerangal (IEIF) «Le secteur immobilier a trop peu investi dans la R&D»
La recherche et développement (R&D) ne représente qu'aux environs de 0,9% du chiffre d’affaires des promoteurs et constructeurs a pointé Christian de Kerangal, directeur général de l’IEIF (Institut de l'Epargne Immobilière et Foncière), lors du Forum Immobilier et Finance, organisé par L’Agefi le 8 octobre 2026. Un budget qu’il estime pourtant essentiel pour construire et «produire la ville» de façon moins coûteuse dans un contexte de crise de l’industrie. -
Charlotte Gourdais (Carac) : «Nous allons profiter du momentum de la hausse des taux pour saisir certaines opportunités»
L'immobilier, sous forme directe ou indirecte, représente près de 13% des actifs du groupe Carac, mais l'heure est à l'arbitrage. Charlotte Gourdais, responsable immobilier du groupe, a partagé ses convictions lors du Forum Immobilier et Finance, organisé par L'Agefi le 8 octobre. -
Pierre-Yves Guice (Paris La Défense) : «L'offre de bureau est surdimensionnée à l'échelle du Grand Paris»
Le quartier de la Défense se redessine pour maintenir son rôle de moteur économique. Le directeur général de Paris La Défense s'est exprimé à l'occasion du Forum Immobilier et Finance, organisé par L'Agefi le 8 octobre. -
Stanislas Barthelemi (Adan) : «Il y a une diversification des acteurs dans l’écosystème des crypto»
A l’occasion de la première édition de Bank Acceleration, Stanislas Barthelemi, président de l’Adan, a fait le point sur les évolutions en cours au sein de l’écosystème des professionnels des actifs numériques. Il souligne notamment une diversification à la fois dans la typologie des acteurs, avec l’arrivée des banques traditionnelles, mais aussi dans les univers d’investissement ciblés. -
Bertrand Hassani (Quant AI Lab) : «Le futur de la banque, c’est la connexion de tous les systèmes d’information»
Interviewé à l’occasion de l’événement Bank Acceleration, qui s’est tenu le 6 octobre, au Palais Brongniart, Bertrand Hassani, directeur général de Quant AI Lab, a évoqué les avantages d'une IA distribuée pour répondre notamment aux besoins du secteur bancaire. -
Maya Atig (FBF) : «Il faut accepter de l’investissement long»
A l’occasion de l’événement Bank Acceleration organisé par L’Agefi le 6 octobre dernier au Palais Brongniart à Paris, nous avons reçu sur notre plateau TV, Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française, afin d’évoquer les limites de la réglementation, mais aussi les enjeux liés à la souveraineté des données bancaires et à la rétention des talents dans la tech notamment.
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Les OAT décrochent après les troubles en France
- Banquiers et assureurs activent les mesures d’urgence post-mouvements sociaux
Contenu de nos partenaires
-
EruptifEmmanuel Macron et Sébastien Lecornu face aux crises : comment trouver la sortie ?
Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu doivent répondre aux revendications des lycéens et des syndicats alors que les violences peuvent à nouveau enflammer la France -
CitadelleA Orléans, le récit de « civilité » de Marine Le Pen et du RN à l’épreuve des tensions
Marine Le Pen a placé son lancement de campagne sous le signe de la « civilité », promettant concorde et apaisement. Mais les incidents se sont multipliés à Orléans -
EditoY a-t-il encore une place pour le camp des raisonnables ?
L'ignoble attentat raciste de Trappes a donné un tragique prolongement aux haines qui prospèrent dans une France polarisée et à bout de nerfs.