Le nouveau chahut chez Atos rebat les cartes
La situation était devenue intenable. Bertrand Meunier, le président du conseil d’administration du groupe Atos, a annoncé sa démission, a indiqué le groupe de services informatiques dans un communiqué, publié lundi 16 octobre au matin, avant l’ouverture de Bourse.
Il sera remplacé par Jean-Pierre Mustier, l’un des membres du conseil d’administration d’Atos, par ailleurs ancien directeur général de la banque italienne Unicredit. La nomination de ce dernier en tant que président non-exécutif avec effet immédiat a été approuvée «à l’unanimité» par le conseil d’administration, lors de sa réunion du 14 octobre, précise le communiqué. Le groupe annonce aussi la nomination de Laurent Collet Billon en tant que vice-président non exécutif. Il était jusque-là administrateur indépendant au sein du conseil d’administration du groupe depuis mai 2023.
Bertrand Meunier, cité dans le communiqué, ne précise pas les raisons de son départ, ni ses projets futurs. C’est «sa décision personnelle», a indiqué le nouveau directeur général du groupe, Yves Bernaert, lors d’une conférence téléphonique avec la presse lundi matin, sans plus de commentaires.
Résolution contre Bertrand Meunier
Président d’Atos depuis novembre 2019, Bertrand Meunier était fortement contesté par des actionnaires minoritaires depuis cet été. Une résolution déposée par Sycomore AM, lors d’une assemblée générale mouvementée, fin juin, qui demandait son départ, avait obtenu 34% des voix. Sycomore s’était retiré du capital fin juillet en réaction à l’ampleur des pertes annoncées par Atos, qui avait alors annoncé un flux de trésorerie négatif de près d’un milliard d’euros.
Puis des actionnaires minoritaires avaient exprimé leurs fortes réserves face au projet de cession à Daniel Kretinsky des activités d’infogérance de la société, réunies dans la filiale Tech Foundations, annoncée début août. L’homme d’affaires tchèque doit racheter, dans ce cadre, Tech Foundations, sa branche historique d’infogérance en difficulté, et prendre 7,5% du capital d’Eviden, la future entité qui inclura notamment les activités de cybersécurité. Selon eux, cette opération est financièrement trop favorable à l’homme d’affaires tchèque.
Début août, cette annonce de négociations exclusives avec Daniel Kretinsly avait aussi suscité l’émoi des politiques. Un groupe de 82 députés et sénateurs sous l’étiquette Les Républicains (LR) publiait une tribune dans Le Figaro daté du 3 août, appelant à maintenir Atos «sous le giron français», en particulier pour les très sensibles activités de cybersécurité et de calculateurs.
Fin septembre, deux fonds représentant des actionnaires minoritaires, Alix AM, puis Ciam, ont porté plainte devant le Parquet national financier (PNF). Alix AM contre deux dirigeants d’Atos, Nourdine Bihmane et Diane Galbe, pour «corruption active et passive» - pour l’heure, on ne sait si cette plainte est recevable. Et le second contre Bertrand Meunier et contre X pour «diffusion d’informations trompeuses».
En outre, l’Union des actionnaires d’Atos constructifs (Udaac), une association regroupant des actionnaires minoritaires, créée cet été, avait adressé une lettre à l’Autorité des marchés financiers (AMF), rendue publique, demandait à la société de clarifier plusieurs points de son plan de cession, et rappelait à l’AMF la possibilité d’exercer son «pouvoir d’injonction».
A l’annonce du départ de Bertrand Meunier, Ciam a exprimé sa satisfaction, mais maintient ses deux plaintes, estimant notamment que le projet de cessions d’actifs à Daniel Krestinsky ne génère pas assez de valeur pour les actionnaires. L’Udaac, pour sa part, a pris acte de la démission de Bertrand Meunier, dans une déclaration transmise à L’Agefi, et indique suspendre l’envoi de son assignation. Mais elle estime que le dirigeant «devra, le moment venu, rendre des comptes aux autorités publiques et à ses anciens actionnaires».
Cession de Tech Foundations décalée à 2024
Le groupe indique en outre, dans un communiqué distinct, poursuivre ses négociations exclusives en vue de la vente de sa branche Tech Foundations au groupe EPEI de Daniel Kretinsky. Cette opération «constitue la voie la plus réalisable pour la réalisation de la séparation de Tech Foundations et d’Eviden et pour améliorer le profil de risque du Groupe Atos», affirme le groupe.
Pourtant, le calendrier de cette opération a été revu. Initialement annoncée pour aboutir d’ici à la fin de l’année, elle aura finalement lieu au deuxième trimestre 2024 - en raison «du temps prévu pour l’approbation réglementaire», indique Atos.
«Le test annuel de dépréciation des actifs («impairment test») que le groupe effectue en fin d’exercice pourrait conduire cette année à la comptabilisation d’une dépréciation significative découlant, parmi d’autres facteurs, de l’opération actuellement envisagée portant sur Tech Foundations, ainsi que du prix de l’action d’Atos, s’il devait rester aux niveaux actuels», a en outre prévenu Atos.
Dans le cadre de cette opération, 7,6 milliards d’euros de garantie, inscrits dans les engagements hors bilan et qui sont liés à Tech Foundations, «seront transférés à l’acheteur», précise le groupe.
Mais ce plan de cessions à Daniel Kretinsky, encore en phase de négociations exclusives, est-il toujours certain ? Si ce dernier ne s’est pas exprimé à ce sujet lundi, la tonalité reste à la poursuite du plan initial. «Les dirigeants d’Atos ont bien précisé que le plan est maintenu, et que le report est dû au décalage de la tenue de l’assemblée générale des actionnaires», précise à L’Agefi une source proche de l’homme d’affaires. «A ma connaissance, cela ne remet pas en cause le projet».
Le groupe Atos est «prêt à revoir certains paramètres » de l’opération, pour «simplifier cette transaction», a précisé Yves Bernaert à la presse lundi matin. Il n’a pas souhaité apporter plus de précisions, y compris sur l’acquisition attendue de 7,5% d’Eviden par Daniel Kretinsky. L’assemblée générale des actionnaires visant à approuver cette opération sera organisée au préalable, à priori début 2024, et sera précédée d’une journée investisseurs, dont la date n’est pas connue.
Au vu de sa dette arrivant à échéance en 2025, «si l’opération avec EPEI n’a pas lieu, le groupe devra accéder aux marchés de capitaux (dettes et actions) et/ou envisager la vente d’actifs supplémentaires», précise Atos dans son communiqué. La perspective d’un tel scénario, qui serait particulièrement dilutif, a alimenté la volatilité sur l’action Atos. Après une ouverture en hausse de plus de 20%, l’action a effacé ses gains une grande partie de la séance, avant de terminer sur une note positive (+5,8% à 5,16 euros).
A lire aussi : Atos, le naufrage de gouvernance
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