Atos, le naufrage de gouvernance
Meet the new boss, same as the old boss. Comme dans la chanson des Who, Won’t get fooled again, les 107.000 salariés d’Atos ont un nouveau patron. Pareil qu’en 2022. Et qu’en 2021. Souhaitons au nouvel arrivant, Yves Bernaert, une longévité supérieure à celle de ses prédécesseurs. Depuis le départ de l’emblématique Thierry Breton il y a quatre ans, le groupe français de services informatiques a collectionné une demi-douzaine de directeurs généraux, intérimaires compris. A l’étage du dessous, la valse des cadres se poursuit à un rythme étourdissant. Le patron des activités big data et cybersécurité vient de quitter le navire, suivi par l’un des membres du triumvirat installé lors de l’été 2022 à la tête de l’entreprise. Les deux autres sont fragilisés, visés par la plainte d’un actionnaire minoritaire devant le Parquet national financier.
Il reste tout de même un îlot de stabilité chez Atos, son président Bertrand Meunier. Au conseil depuis quinze ans, l’ancien du fonds PAI a convaincu fin juin ses actionnaires réunis en assemblée générale de repousser les frondeurs qui réclamaient sa tête. A peine un mois plus tard, le groupe publiait des résultats catastrophiques, vendait pour une bouchée de pain ses activités d’infogérance à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, et annonçait une augmentation de capital très dilutive. Les conditions dans lesquelles ces décisions ont été prises et communiquées au marché sont peu dignes d’un ancien fleuron du CAC 40. Et la démission ce mercredi d’une administratrice indépendante au bout d’une année de mandat en dit long sur l’incapacité du conseil d’Atos à être un contre-pouvoir.
A lire aussi : Atos chamboule encore son état-major
L’entreprise a beau jeu de dénoncer des critiques systématiques qui profiteraient aux vendeurs à découvert. Ce discours a déjà servi avec le succès que l’on sait dans un autre dossier brûlant, Casino. Or, il y a longtemps que les actionnaires de long terme ont tiré un trait sur la valeur Atos, en perte de 95% en trois ans. Même le gérant Sycomore, qui avait fait campagne contre Bertrand Meunier au printemps, a préféré céder ses titres cet été. Au train où se dégradent les comptes, ce sont plutôt les spécialistes de la dette d’entreprise en difficulté qui risquent bientôt de se pencher sur le dossier.
Comme chez Casino, ce naufrage financier et industriel est d’abord celui d’une gouvernance d’un autre temps. Et une ligne au passif de la place financière française, où la responsabilité des administrateurs et présidents non exécutifs, garants de l’intérêt social, n’est quasiment jamais engagée.
Plus d'articles du même thème
-
La réforme de la facturation électronique a bel et bien eu lieu
Outre la mise en conformité avec la directive européenne ViDA sur la TVA, l’objectif de la réforme à terme est de simplifier la vie des entreprises. Un projet ambitieux qui n'a pas été sans quelques déboires, tandis que l'administration n'a eu de cesse de chercher à rassurer les intéressés. -
Hugging Face et Pasqal ravivent les regrets de la French Tech
Le rachat par Nvidia de la plateforme open source d'IA, officialisé le 3 septembre, et l'introduction en Bourse de Pasqal, aux Etats-Unis, illustrent à nouveau le retard de l'Europe vis-à-vis des Etats-Unis en matière de financement de l'innovation. -
La réforme de la facturation électronique fait sa rentrée
Malgré des demandes de report, la réforme de la facturation électronique entre en vigueur comme prévu ce mardi 1er septembre. A partir d'aujourd'hui, des millions d'entreprises vont devoir recevoir et/ou émettre leurs factures sous forme électronique.
ETF à la Une
Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Banques françaises : ce que le coefficient d'exploitation ne mesure pas
- Le pétrole bondit de plus de 3% après l’attaque américaine contre l’île de Larak
- Swift accorde un répit aux banques sur les adresses structurées
- Generali France rejoint le club des assurbanques
- John Ternus relève le défi de s’imposer à la tête d’Apple
Contenu de nos partenaires
-
Couteau dans le dosVolkswagen : pourquoi les salariés ont soutenu la suppression de 50 000 postes supplémentaires
Le principal syndicat du groupe automobile estime que l'accord laisse la porte ouverte à une poursuite d'activités ou une reprise des quatre usines menacées outre-Rhin -
La roue tourneDette américaine : le signal du fonds souverain norvégien à Donald Trump
Les investisseurs étrangers invoquent toutes sortes de raisons pour justifier une baisse de leur exposition à la dette publique américaine -
Le gouvernement américain a soumis une cinquantaine de hauts responsables militaires au détecteur de mensonges
L’administration Trump a mené une enquête avec des tests polygraphiques auprès de hauts gradés de l’Etat-major interarmées. Celle-ci fait suite à des révélations des médias concernant l’épuisement des stocks américains de munitions, en pleine guerre contre l’Iran