Le partage, une valeur en hausse
Les salariés sont les grands laissés-pour-compte de la création de valeur dans les entreprises détenues par des fonds. Ce n’est pas un responsable syndical qui l’affirme, mais Dominique Gaillard, le président de France Invest et porte-voix du capital-investissement, dans notre grand Entretien de cette semaine (lire page 6). Que la profession se saisisse de cet épineux dossier, à condition de ne pas en faire porter le poids sur le seul contribuable, n’est pas seulement faire œuvre de justice sociale, c’est aussi, à terme, une question de légitimité.
Si nos concitoyens ne devaient retenir aujourd’hui qu’une seule conséquence de la crise financière, ce serait le creusement des inégalités. Celui-ci occupe tous les jours le débat public, qu’il fonde des initiatives législatives modérées, comme les velléités d’accroître la transparence sur les écarts de rémunérations au sein des entreprises dans le cadre de la loi Pacte, ou qu’il nourrisse l’essor des mouvements dits populistes. Le partage de la valeur ajoutée dans les entreprises non financières est certes resté à peu près inchangé en France ces dix dernières années, à la différence de nos voisins, mais cette réalité est occultée par une statistique bien plus frappante et largement commentée, celle de la concentration croissante de la richesse mondiale entre les mains du fameux « 1 % » de la population. Ce déséquilibre doit tout autant aux performances de marchés financiers et immobiliers nageant dans les liquidités des banques centrales, qu’à la prime au leader dont aucun secteur d’activité ne s’exonère plus. Aux yeux des opinions publiques, ces multiples causes se résument trop souvent à un seul mot, la rente ; et celle-ci porte irrémédiablement atteinte à ce qui devrait constituer l’un des fondements d’un capitalisme sain, l’adéquation entre l’espérance de rendement et la prise de risque. La décennie écoulée a malheureusement montré la faillite du système. Si les banques et leurs actionnaires ont été lourdement mis à l’amende pour le prix des folies qu’ils avaient largement alimentées, d’autres secteurs, comme les agences de notation, sont passés entre les gouttes. Les Dick Fuld et autres Fred Goodwin, premiers responsables des naufrages de Lehman Brothers et RBS, sont assurés, eux, de couler une retraite paisible et dorée.
Nul ne fera grief à des fonds de s’enrichir – et avec eux leurs dirigeants et leurs clients – pour avoir financé des start-up devenues fers de lance de la mutation numérique ou pour avoir aidé, dans le cadre d’un rachat à effet de levier, une entreprise française à devenir un ténor européen. Mais l’univers du LBO renoue aussi, ces jours-ci, avec ses habituels démons : plus-values faciles et rotation rapide des portefeuilles grâce à l’abondance d’une dette à prix d’ami. Cette logique purement financière trouvera sa sanction au prochain retournement de cycle, mais au-delà, toute l’industrie sera sommée de démontrer, une fois de plus, son utilité sociale. Mieux vaut donc prévenir que guérir.
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