L’automobile peine à voir la sortie de crise
Bien que le millésime 2020 ait été désastreux, le rebond de l’industrie automobile a fait long feu l’an dernier en Europe. Selon les statistiques publiées mardi par l’Association des constructeurs européens d’automobiles (Acea), les immatriculations de voitures neuves ont chuté de 22,8% sur un an en décembre à 795.295 unités dans l’Union européenne, leur sixième repli mensuel d’affilée. Sur l’ensemble de l’année 2021, elles ont baissé de 2,4% à un peu plus de 9,9 millions de véhicules, un niveau historiquement bas «malgré une base de comparaison exceptionnellement faible en 2020», année où ce marché avait plongé de près d’un quart en raison de la pandémie, a souligné l’Acea. Le volume total de voitures neuves immatriculées l’an dernier est ainsi ressorti «inférieur de 3,3 millions d’unités à celui de 2019».
Derrière la Lithuanie (-22%) et la Belgique (-11,2%), l’Allemagne a été le pays le plus fortement touché de l’Union européenne avec un plongeon annuel de 10,1% des immatriculations neuves, tandis que d’autres pays comme l’Italie (+5,5%), l’Espagne (+1%) et la France (+0,5%) ont enregistré une légère augmentation. Ce sont d’ailleurs la Croatie et la Grèce, deux autres pays du sud de la région, qui ont affiché la meilleure performance annuelle avec une hausse respective de 24,7% et 24,6% de leurs ventes automobiles.
Percée de certains constructeurs asiatiques
La faiblesse du marché allemand s’est traduite par une moindre compétitivité des deux grands groupes automobiles généralistes Volkswagenet Daimler, dont les immatriculations neuves dans l’UE ont baissé de respectivement 4,8% et 12,4% l’an dernier. BMW s’en est mieux tiré avec une progression annuelle de 1,5%. Stellantis est resté dans la moyenne du marché européen (-2,1%), alors que le groupe Renault a de son côté subi une baisse bien plus importante (-10,2%). Certains concurrents asiatiques sont en revanche parvenus à accroître leur part de marché dans la région, comme en témoigne le bond de 18,4% des ventes du sud-coréen Hyundai ou la hausse de 9,1% de celles du japonais Toyota.
Ce dernier a déclaré mardi qu’il s’attendait à manquer son objectif de production mondiale de 9 millions de véhicules pour son exercice clos le 31 mars 2022 en raison de la pénurie de semi-conducteurs qui continue de ralentir sa production. Le premier constructeur mondial a ajouté qu’il produirait globalement 700.000 voitures en février, davantage que l’an dernier, mais ce volume reflète un écart négatif de 150.000 unités par rapport à son estimation initiale pour le mois prochain. Pour atteindre son objectif annuel, établi en septembre, Toyotadevrait produire un million de véhicules sur le seul mois de mars, un pari jugé «très difficile à gagner dans les conditions actuelles», a commenté Kazunari Kumakura, responsable des achats du groupe.
Toyota est pénalisé par la Chine
«Nous allons continuer à échanger avec toutes les sociétés concernées afin d’envisager le cas échéant l’utilisation de produits de substitution en prévision d’une poursuite de la pénurie de pièces détachées», a expliqué Toyota. La tolérance zéro de Pékin envers les contaminations au Covid-19 a conduit le groupe à arrêter la production de son usine chinoise de Tianjin la semaine dernière. Il a de surcroît prévu de suspendre sa production dans huit usines japonaises pendant près de deux semaines en février.
Si les difficultés d’approvisionnement constitueront encore le principal goulet d’étranglement du secteur durant les prochains mois, la production de véhicules électriquesdevrait toujours défier la tendance globale avec une croissance de près de 60% à 10,5 millions d’unités attendue en 2022. «La pandémie mondiale ainsi que la vague du variant Omicron en Europe continueront de peser sur le comportement d’achat des consommateurs», estime Peter Fuss, associé chez EY à Francfort. Certains constructeurs présents sur les segments haut de gamme du marché semblent mieux placés pour tirer parti de la bonne tenue des prix de vente qui découle d’une demande non satisfaite.
«Il y a une inadéquation évidente entre l’activité des constructeurs et la demande sous-jacente», relèvent les analystes de LMC Automotive. Leurs homologues de Berenberg jugent que la pénurie de composants électroniques dans l’automobile s’atténuera progressivement et qu’elle pourrait être résolue à la fin du premier semestre, même si les capacités de production resteront limitées. «Nous ne pensons pas que la pénurie de semi-conducteurs se prolongera en 2023», ajoute l’intermédiaire financier.
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