La prime exceptionnelle du DG de Suez fait tousser
Les rémunérations constituent le sujet sensible lors des assemblées générales. A l’approche de celle de Suez le 14 mai, des actionnaires s’interrogent sur la prime exceptionnelle de 1,48 million d’euros attribuée en 2018 à Jean-Louis Chaussade, le directeur général du groupe de traitement de l’eau et des déchets, pour avoir conclu l’acquisition de GE Water, alors que depuis l’annonce de cette opération en mars 2017 l’action Suez a baissé de 10%. Dans le même temps, celle de son concurrent Veolia a gagné 31%.
«Cette rémunération exceptionnelle nous surprend alors que l’intégration de GE Water n’est pas directement pilotée par Jean-Louis Chaussade. Elle serait plus acceptable si elle était versée aux managers en charge directe de la mise en œuvre des synergies», explique par exemple Joseph Oughourlian, fondateur d’Amber Capital, actionnaire de Suez.
L’enchaînement des événements ajoute aux interrogations. Cette prime a été décidée par le conseil d’administration de Suez du 28 février 2018, soit un mois après l’avertissement sur résultats du 24 janvier qui avait provoqué une chute de 16,77% du cours de l’action en une séance et entraîné l’ouverture d’une enquête de l’AMF. Jean-Louis Chaussade avait alors annoncé renoncer à sa rémunération variable à long terme au titre de 2018.
A ce stade, à regarder les chiffres, l’acquisition de GE Water n’est pas un réel succès. Le chantier des synergies a été mis en route mais une intégration fiscale moins favorable que prévu a pesé sur les résultats 2018, ce qui a conduit à une dégradation du consensus en début d’année. «GE Water a été payée relativement cher, à près de 12 fois l’Ebitda, dont une grande partie en actions, alors que Suez ne capitalise que 7 fois l’Ebitda», peste un autre actionnaire.
Suez rappelle que cette prime «est une première depuis la mise en bourse de la société» en 2008 et qu’elle a été approuvée à 94% par l’AG 2018 dans le cadre du say on pay ex-ante. «Le montant versé dépendra du niveau d’atteinte de conditions de performance (liées principalement au chiffre d’affaires, à l’Ebitda et au cash-flow opérationnel) et sera déterminé au cours du 1er semestre 2019, pour un éventuel versement en 2020», ajoute le groupe.
Conformément à la loi, la rémunération au titre de 2018 de Jean-Louis Chaussade fera l’objet d’une résolution lors de l’AG du 14 mai 2019 (say on pay ex-post). Les cabinets de conseil en vote (proxy advisors) n’ont pas encore rendu leurs recommandations.
Jean-Louis Chaussade étant appelé à devenir président de Suez après l’AG, à la place de Gérard Mestrallet, la politique de rémunération sera ajustée. Jean-Louis Chaussade bénéficiera d’une rémunération fixe annuelle de 250.000 euros. Une modification qui vise à rétablir la situation, alors que Gérard Mestrallet avait renoncé à toute rémunération fixe depuis 2014 en raison de ses fonctions exécutives chez Engie, l’actionnaire de contrôle de Suez.
«Le conseil s’est appuyé sur une étude d’un consultant externe qui a montré que la politique de rémunération, inchangée depuis 2014 et basée uniquement sur le versement de jetons de présence, était largement en dessous des pratiques observées dans des sociétés comparables ayant fait le choix de la dissociation des fonctions», explique Suez, ajoutant que la rémunération fixe de 250.000 euros «se rapproche des pratiques de marché, tout en restant en dessous de la médiane observée».
La nouvelle politique de rémunération du nouveau directeur général de Suez, Bertrand Camus, est quant à elle calquée sur celle de son prédécesseur pour le fixe (750.000 euros annuels, montant inchangé depuis 2009) et présente quelques ajustements pour les parties variables annuelle et pluriannuelle.
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