Getlink aiguise l’appétit de ses principaux actionnaires
Bataille pour le tunnel sous la Manche ? Quelques jours après qu’Eiffage a indiqué être monté à 29,4% du capital et 29,5% des droits de vote de Getlink, le groupe de concessions autoroutières et aéroportuaires Mundy’s (ex-Atlantia) a annoncé mardi qu’il allait augmenter sa propre participation au sein de l’ex-Eurotunnel.
Ces grandes manœuvres ne laissent pas les investisseurs indifférents. L’ex-Eurotunnel progresse mardi à la Bourse de Paris. Vers 10h, le titre Getlink gagnait 4,7%, à 18,79 euros.
Actuellement deuxième actionnaire de Getlink avec 15,5% du capital, Mundys a annoncé mardi qu’il comptait porter sa participation à 25%, en plusieurs étapes. Dans un premier temps, le groupe contrôlé par la famille Benetton entend racheter 3,5% des titres en circulation via des contrats à terme souscrits avec un intermédiaire financier. Il envisage de prendre ensuite jusqu'à 6% supplémentaires, sous réserve de l’obtention d’autorisations réglementaires au Royaume-Uni.
Ces opérations porteraient la participation totale à 25% du capital et 29,9% des droits de vote, a précisé l’opérateur italien d’infrastructures autoroutières et aéroportuaires, qui entend par ailleurs poursuivre ses achats «en fonction des conditions de marché».
Cette annonce intervient moins d’une semaine après qu’Eiffage a annoncé avoir porté sa participation dans Getlink à 29,4% du capital et 29,5% des droits de vote de l’opérateur.
«Ces annonces concomitantes soulignent l’attrait spéculatif du dossier», note un analyste parisien. «Les deux actionnaires étaient déjà en concurrence en octobre pour le rachat d’un bloc de 7,11% du capital de Getlink, et c’est Eiffage qui avait remporté l’enchère. Aujourd’hui le groupe italien semble prêt à payer plus cher pour revenir à la hauteur d’Eiffage et s’assurer sinon le contrôle de la société, au moins un partage des bénéfices futurs», ajoute-t-il.
A lire aussi : Getlink prévoit une forte hausse des usagers du tunnel sous la Manche
Participation stratégique
«Les Italiens ont été vexés de la montée d’Eiffage au capital», décrypte un bon connaisseur du dossier. La semaine dernière, le groupe français de concessions et de BTP Eiffage a annoncé l’acquisition de 1,74% du capital de Getlink, ce qui a porté sa participation à 29,4% des actions et 29,5% des droits de vote de l’opérateur.
Eiffage et Atlantia (devenu Mundys) étaient tous deux entrés au capital d’Eurotunnel en 2018. Eiffage est devenu le premier actionnaire du groupe en 2022 via le rachat des parts du fonds TCI, et a continué à augmenter sa participation depuis. Mundys n’a pas augmenté sa participation depuis 2018, mais a affirmé à plusieurs reprises que cette dernière était «stratégique».
Mundys «croit fermement» au potentiel du marché français où elle est présente depuis plus de dix ans dans le secteur des infrastructures, a réaffirmé le groupe italien mardi.
Pour autant, les deux groupes veillent pour l’heure à rester en dessous du seuil de 30% qui déclencherait une offre publique d’achat (OPA). Eiffage avait indiqué en octobre qu’il n’entendait pas déposer de projet d’OPA sur Getlink, une déclaration qui lie le groupe pour six mois.
Le calendrier semble d’ailleurs figé d’ici à l’an prochain. Eiffage est lié jusqu’en avril 2027 par une clause qui l’oblige à dédommager Adia s’il achète des titres au-dessus de 17,70 euros.
A lire aussi : Moins de béton, plus d’aviation : Vinci, un profil en constante transformation
L’appétit pour les infra
Les grandes manœuvres au capital de Getlink s’inscrivent dans la perspective de la remise à plat des concessions autoroutières en France, dont ses deux principaux actionnaires sont des acteurs importants.
Mundys, via sa filiale Abertis, possède le réseau autoroutier Sanef, qui couvre le nord et l’est de la France. Son contrat de concession est le premier à arriver à échéance, à la fin 2031. Eiffage de son côté possède les réseaux APRR et Area dont les concessions expirent en novembre 2035 et en septembre 2036, respectivement.
«La remise à plat des contrats de concessions autoroutières fait peser un risque sur les cash-flow futurs des groupes comme Vinci, Eiffage et Abertis. Même si l’Etat décidait de recontracter avec les mêmes opérateurs, les conditions seraient beaucoup moins avantageuses que lors de la privatisation des autoroutes dans les années 2000», affirme Pascal Quiry, professeur à HEC et co-auteur du Vernimmen.
«Ces groupes cherchent à compenser la perte de revenus futurs. Dans ce cadre Getlink peut apparaître comme une cible intéressante, avec des cash-flow stables et une forte visibilité, la concession du tunnel sous la Manche courant jusqu’en 2085», ajoute-t-il. L'économiste ne prévoit pas pour autant une bataille d’actionnaires entre Eiffage et Mundys, mais plutôt un accord à l’amiable qui verrait l’un des deux céder sa participation dans Getlink en échange d’autres actifs dans le secteur des infrastructures.
Compte tenu des cash flow importants qui continueront à affluer ces cinq prochaines années de leurs concessions autoroutières, «il n’y a pas d’urgence à agir», ajoute Pascal Quiry.
Un porte-parole d’Eiffage n'était pas joignable mardi pour réagir à ces informations. Contactée, une porte-parole de Getlink n’a pas souhaité faire de commentaires.
Plus d'articles du même thème
-
Ofi Invest prend le contrôle de Syncicap AM
Selon des informations de News Asset Pro, Ofi Invest a racheté la participation de Degroof Petercam Asset Management dans Syncicap Asset Management. Le pôle de gestion d’actifs d’Aéma Groupe prend ainsi le contrôle total de la société de gestion hongkongaise. L’information a été confirmée à L’Agefi par une porte-parole d’Ofi Invest. -
Le patron d’Azimut plaide pour un grand pôle italien de la gestion d'actifs
En pleine consolidation bancaire italienne, Pietro Giuliani regarde déjà vers l'étape suivante : celle où, une fois redessinés les équilibres de la banque, il faudra s’attaquer au dossier de la gestion d’actifs. Dans deux entretiens, l’un à La Stampa et l’autre à Milano Finanza, le président-fondateur d’Azimut met en avant le même sujet : la nécessité de défendre et de renforcer une filière italienne de l'épargne, en évitant que le savoir-faire, la clientèle et les capacités de gestion ne finissent progressivement entre les mains d’acteurs étrangers. -
Les acquisitions américaines s'intensifient dans la gestion d'actifs européenne
Les acquisitions de gestionnaires d’actifs et de fortune européens par des groupes américains ont dépassé 14 milliards de dollars depuis le début de l’année, selon Dealogic, soit leur plus haut niveau sur une période équivalente depuis au moins 1995, date de début de cette série de données, rapporte le Financial Times. Les acheteurs américains cette année incluent des sociétés de gestion concurrentes, des assureurs et des fonds de private equity.
ETF à la Une
Vanguard sort trois fonds Ucits actions mondiales
- Crédit Agricole Assurances accélère sa diversification et mise sur l’affinitaire
- BNP Paribas déplore les manquements de la justice américaine dans le litige sur son rôle au Soudan
- Un super El Niño mettra à l’épreuve les marchés agricoles et énergétiques mondiaux
- Scott Bessent se porte au secours des Treasuries
- Les émissions d’obligations d'entreprises reprennent de plus belle
Contenu de nos partenaires
-
Bien cordialementA Cannes, David Lisnard réunit la galaxie libérale et tend la main à sa droite
Crédité de 2% d'intentions de vote dans les sondages, David Lisnard multiplie les passerelles avec Reconquête, le mouvement d’Éric Zemmour -
OrageGuerre du ciel : le bras de fer de Zelensky avec Poutine
Le président ukrainien, contesté frontalement par son ancien ministre de la Défense, doit composer avec le manque cruel d’intercepteurs contre les missiles balistiques russes -
Le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko visé par une enquête pour détournement de fonds publics
Deux plaintes avaient été déposées contre l’élu, accusé d’avoir cumulé illégalement son emploi à la RATP avec ses fonctions d’adjoint au maire pendant vingt ans