Wall Street commence à évaluer le coût d’une élection de Joe Biden
Alors que les chances de victoire du candidat démocrate Joe Biden à l’élection de novembre paraissaient bien minces début mars, les sondages le donnent désormais gagnant devant le président sortant, Donald Trump, qui a toujours plus de mal à démontrer sa bonne gestion de la crise, tant sur les plans sanitaire que social ou économique. Pire, les prévisions voient désormais le Sénat repasser démocrate, un «Dem Sweep» qui lui donnerait, avec la Chambre des représentants qui devrait rester de son côté, encore plus de marges de manœuvre.
Du coup, les financiers commencent à estimer le coût fiscal d’une telle élection, que le programme de campagne de Joe Biden affiche à 3.400 milliards de dollars sur dix ans pour financer de nouveaux programmes dans les infrastructures, la transition écologique, l’éducation et la santé. Un rude coup serait porté aux marchés financiers au travers des taxes sur le capital (plus-values et revenus du capital), dont la hausse serait de 800 milliards sur dix ans. S’ajouteraient, sur une même période, au moins 730 milliards via une hausse de l’impôt sur les sociétés de 21% à 28% (au lieu de 35% avant Donald Trump), plus 340 milliards liés à une taxation à 21% des profits réalisés à l’étranger.
Ces perspectives sont vues d’un très mauvais œil à Wall Street car cela pourrait coûter plus de 10% de bénéfices aux entreprises. «Si elle est adoptée, une telle réforme fiscale pourrait réduire nos prévisions de bénéfices 2021 de 170 à 150 dollars/action sur le S&P 500», estime David Koston, stratégiste chez Goldman Sachs . Les secteurs qui avaient le plus bénéficié des cadeaux fiscaux de l’actuel locataire de la Maison Blanche - grandes entreprises industrielles, banques et assurances - seraient les grands perdants, d’autant plus que l’équipe démocrate projette de relever certaines taxes spécifiques au secteur financier.
Certains aboutissent à une augmentation de 400 milliards par an, à comparer aux 3.500 milliards de recettes fédérales en 2019, donc essentiellement supportée par les entreprises, les investisseurs et les ménages aisés - les revenus au-dessus de 400.000 dollars devraient également être plus taxés. Le secteur pétrolier pourrait aussi perdre le bénéfice des exemptions offertes par l’administration Trump.
Côté dépenses, la hausse atteindrait 600 milliards par an (sur 4.400 milliards en 2019). «La santé, l'éducation et la retraite représenteraient 70% du total ; le solde se partageant donc entre les infrastructures et l’environnement», note Hervé Goulletquer, stratégiste de LBPAM. Selon la société de recherche Cornerstone Macro, les secteurs des infrastructures et de l’environnement engrangeraient ainsi 180 milliards de nouvelles commandes annuelles. Par ailleurs, Joe Biden souhaiterait inciter fiscalement les petites entreprises à souscrire des plans de retraite pour leurs salariés (seulement 14% en détiennent), ce qui représenterait une manne pour les gestionnaires de fonds.
Au-delà des incertitudes politiques qui peuvent encore faire basculer l’élection de novembre, «un Joe Biden ainsi élu n’enclencherait pas forcément tout de suite les hausses d’impôts, car il faudrait que la situation économique le permette, rappelle Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac. Surtout, d’ici là, les entreprises et notamment les PME pourraient repousser leurs ‘investissements de relance’ par crainte d’être davantage fiscalisées, ce qui pourrait ralentir la reprise attendue au quatrième trimestre, malgré un effet de base important.»
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